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Alors qu’il affirme qu’il n’engagera jamais l’armée contre des Maliens (les rebelles du nord) ATT ne cesse de déclarer que l’attaque d’Abeibara par d’anciens éléments des unités spéciales ne restera pas impunie. « Celui qui attaque nos bases, on va attaquer sa base et cela se fera sans hésitation ni murmure », selon le chef suprême des armées.

Le président malien réfute l’existence de réfugiés maliens au Burkina Faso, alors que cela n’est qu’un secret de Polichinelle. ATT fuit le débat sur le déverrouillage constitutionnel qu’il affirme ne pas le concerner.

La question des réfugiés maliens au Burkina Faso a fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière. Alors que la presse internationale estime à environ 300 personnes les touareg qui ont fuit les combats entre l’armée malienne et la rébellion dans la partie nord du pays, un communiqué signé des maires de Tessalit, de Intilit et de Gossi a été déposé dans plusieurs rédactions pour démentir tout déplacement des populations de leur communes respectives.

Et pour ces maires de certaines communes de Gao, « ces populations n’ont aucun motif de s’inquiéter ni de se réfugier au Burkina Faso ».

Pendant ce temps, le ministre burkinabé des Affaires étrangères confirmait sur Rfi l’existence de touareg maliens réfugiés dans son pays. Pour autant cette sortie du ministre burkinabé n’a pas suffit pour aviser les autorités maliennes à prendre leur responsabilité face une situation que personne ne peut plus cacher.

Lors de sa rencontre traditionnelle du 8 juin avec la presse nationale et internationale dans la salle des banquets à Koulouba, hier, le président Amadou Toumani Touré a lui aussi méconnu les réfugiés maliens au Burkina Faso, suscitant cette question d’un confrère : ne reconnaissez-vous pas le statut de réfugiés à vos compatriotes qui ont fui les combats pour s’installer au Burkina Faso ?

La réponse de ATT n’a fait qu’en rajouter à la confusion : « le Mali ne dit pas ne pas reconnaître qu’il y a des réfugiés au Burkina, mais nous voulons savoir et comprendre. Vous, vous avez lu des dépêches et nous aussi, nous avons dépêché le ministre des Affaires étrangères dans un pays frère et ami qui est le Burkina. Entre ce pays et nous, on peut tout régler ensemble.

Effectivement, nous avons entendu à la radio, certains commentaires. Mais sur le plan officiel, nous n’avons pas été saisi pour avoir une lecture mieux élaborée. Qu’un Malien se réfugie, nous n’allons jamais ne pas reconnaître un Malien. Nous serons toujours prêts à reconnaître un Malien et aller le chercher, le rassurer et le faire revenir. Mais seulement, je pense que le Burkina est un pays frère et ce n’est pas la première fois que le Burkina accueille des réfugiés maliens… ».

Pour ATT, il y a une instrumentalisation et les réfugiés qu’il reconnaît quelques familles autour d’Abeibara et Boureissa « qui se sont mises entre les frontières du Mali et de l’Algérie et dont s’occupe le croissant rouge algérien ». Ce sur quoi ATT reste ferme est que l’armée malienne ne fera jamais d’exactions.


« L’attaque d’Abeibara ne sera pas pardonnée »

Avez-vous envie de faire payer l’attaque d’Abeibara ? Par quels moyens le gouvernement malien entend il se rendre justice, demande un journaliste ?

Sur sa stratégie face à la rébellion du nord, ATT est, on ne peut plus confus, marqué par la contradiction et incohérent. Il affirme tantôt qu’il s’agit là d’une question uniquement militaire et d’armes, qui se règle sur le terrain entre combattants, et dans lequel, il n’y a pas de place à la table, tantôt qu’il n’engagera jamais l’armée contre des Maliens (les rebelles du nord), parce que le Mali n’est pas rancunier.

Selon ATT : « Chaque fois que je pourrais donner une chance à la paix, je le ferai. Je suis convaincu que si on tentait aujourd’hui entre vous, un référendum sur ceux qui sont pour la guerre et ceux qui sont contre, les premiers vont gagner.

Mais ils n’ont pas raison… Je suis parfois même incompris. Mais je préfère cette incompréhension, ces critiques qui ne sont pas objectives parfois, que d’engager notre pays dans l’aventure. D’abord personne ne le comprendra, après tout ce que je fais. Deuxièmement, cela ne nous apportera rien. Et troisièmement, nous finiront par nous asseoir et parler ».

Mais, le président ATT et chef suprême des armées, déclare aussi que l’attaque d’Abeibara par d’anciens éléments des unités spéciales ne restera pas impunie. « Celui qui attaque nos bases, on va attaquer sa base et cela se fera sans hésitation ni murmure », déclare-t-il.

Le conférencier dégage toute responsabilité de l’armée dans l’assassinat du Commandant Barka et culpabilise Bahanga en revanche. « A partir des enquêtes, rien ne permet de dire que c’est l’armée. S’il y a quelqu’un qui l’a tué bien lui », a déclaré le président ATT.

Pour une solution de la rébellion l’accord d’Alger reste le seul cadre, en dehors duquel, tous les autres seront considérés comme des bandits et combattus comme tels, poursuit-il. Pour ATT, Bahanga a fait des attaques un fonds de commerce. Raison pour laquelle, il opte tantôt pour la médiation algérienne, tantôt choisit la libye.


ATT veut-il rester au pouvoir ?

S’agissant du débat sur le déverrouillage constitutionnel, pensez-vous qu’après ATT I, ATT II, il y aura ATT III, sans oublier qu’il y a eu un premier ATT qui était putschiste ? interroge un journaliste. « Je ne partage pas ce débat, je ne suis pas concerné. A la conférence nationale, je me suis battu pour l’alternance et je n’ai pas changé d’avis. Après ces épreuves j’aimerai avoir une autre vie », a-t-il déclaré.

Le président de la République, qui est à son dernier mandat s’en ira-t-il sans un nouveau code de la personne et de la famille resté longtemps une quête des femmes ? Le président a indiqué qu’il a manqué du soutien des femmes lorsqu’il a voulu faire voter le code tant revendiqué par elles. Cependant il a promis un code qui prendra en compte nos réalités et qui évoluera avec les générations.


B. Daou

09 Juin 2008