Partager

Le mouvement démocratique est cette organisation politique qui fut sans doute la plus grande, la plus puissante au Mali dont le richesse se mesurait à la diversité et à la qualité de ses composantes. Il a joué un rôle prépondérant dans la lutte pour l’avènement de la démocratie multipartite au Mali. Son histoire est très riche car, c’est par lui que s’est parachevée l’œuvre gigantesque et combien laborieuse d’une frange importante de la population pour l’ouverture démocratique au Mali. Si depuis les moments glorieux de cette lutte héroïque des divergences de vues et d’approches sont apparues, force est de constater que le fossé s’est élargi entre certaines de ses composantes.

Aujourd’hui, la classe politique, malgré près d’un quart de siècle de pratique démocratique, a du mal à se consolider. Il existe, en effet, des divergences d’intérêts notoires en son sein. Le processus démocratique malien a aussi cela de particulier que les notions d’alliances contre nature sont depuis longtemps tombées en désuétude. Ce fait est-il favorable à l’approfondissement de notre processus démocratique ou pas ?
La situation politique que nous vivons depuis un certain temps impose cette réflexion tant aux composantes mêmes de la classe politique qu’à la population générale.

LE MALAISE DE LA CLASSE POLITIQUE

Au Mali, il y a des partis politiques de diverses envergures par rapport à l’occupation par eux du terrain. Malgré ce fait, le constat général dressé est que les partis politiques, à quelques exceptions près, ont du mal à asseoir une culture de cohésion en leur sein. Toute chose qui est de nature à créer des instabilités entraînant le plus souvent des démissions de militants et cadres sur fond de divergences d’intérêts. Ainsi, on note fondamentalement celles nées des positionnements en vue de prendre part à l’action gouvernementale ou fondées sur les querelles de positionnement sur les listes électorales. Cela est surtout perceptible lorsqu’il est question d’élections de proximité, comme les législatives et les communales.

LES MECONTENTS SUR D’AUTRES LISTES

Ainsi, il est fréquent que les mécontents se positionnent sur des listes des indépendants ou d’autres partis. Alors, c’est la rupture avec le parti d’origine. Les partis politiques ne sont pas les seuls perdants. Certains, par excès de zèle, surrestimant leur force de mobilisation, apprennent à leurs dépens, par la suite qu’ils ont commis des erreurs politiques fatales. S’ils ne meurent pas politiquement, ils constatent en tout cas que popularité baisse consécutivement à celle de leur capacité de mobilisation habituelle. Nombre d’acteurs politiques pêchent ainsi. Au-delà de ce malaise au sein des partis, il y a la recomposition du paysage politique qui est un cycle infernal. En effet, après toutes les élections générales, la classe politique subit des mues.

COMMENT LA SITUATION SE PRESENTE-T-ELLE AUJOURD’HUI ?

Un constat s’impose tout de suite : les partenaires politiques d’hier ne parlent plus aujourd’hui le même langage. Toujours à l’origine des divergences d’intérêts. N’est-ce pas là l’explication du fait que les composantes du mouvement démocratique, déjà au lendemain du 26 Mars sont allées en rangs dispercés dans la gestion des affaires publiques. En effet, quand l’ADEMA était au pouvoir de 1992, date des premières élections démocratiques à 2002, il n’a pu réunir l’ensemble des composantes du mouvement démocratique. Le CNID Faso Yiriwa Ton n’a eu qu’une participation de courte durée à cette gestion. Il fut contraint de retirer ses représentants du gouvernement. Dès lors, ses leaders ont été dans l’opposition jusqu’à la fin du premier tour des élections présidentielles de 2002 où il évoluait dans le cadre du regroupement politique Espoir 2002 dont le président fut celui du Rassemblent Pour le Mali, Ibrahim Boubacar Keïta.

LE CNID, PARTI DE LA MOUVANCE PRESIDENTIELLE

Et depuis le soutien de la candidature d’ATT, candidat indépendant en 2002, le parti du Soleil Levant est de la mouvance présidentielle. Il se trouve dans cette mouvance avec l’ADEMA, parti qu’il avait pourtant tout le temps combattu. Cela paraît moins paradoxal que le fait de se retrouver dans le même regroupement politique Espoir 2002 que le RPM dont le président est IBK et le MPR dirigé par Choguel K. Maïga. Ils avaient les mêmes objectifs, les mêmes ambitions en 2002, réaliser l’alternance politique, comme le disent les politiciens, en chassant l’ADEMA du pouvoir. Ce sont ces mêmes objectifs qui les a amenés à soutenir au deuxième tour le candidat indépendant ATT contre celui de l’ADEMA Soumaïla Cissé aujourd’hui considéré comme un ténor de l’URD
après sa démission de l’ADEMA.

ATT EN BON TERME AVEC LES ACTEURS DU MOUVEMENT DEMOCRATIQUE

On ne peut affirmer qu’il y a une crise de confiance, une rupture entre le président ATT et les acteurs du mouvement démocratique. En effet, de 2002 à ce jour, le président de la République Amadou Toumani Touré a donné la preuve qu’il est un rassembleur, une personnalité qui a conservé de bonnes relations avec les acteurs politiques issus du mouvement démocratique, à quelques exceptions près.

Aujourd’hui encore, ils sont nombreux autour de lui. Cela n’est pas un fait du hasard car, s’il n’avait pas bien fait, il n’aurait pas bénéficié de la confiance renouvelée de nombreux acteurs politiques, mais aussi du plus grand nombre de représentants de la société civile.

Moussa SOW

23 mai 2007.