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En plus du renouvellement à 75% de l’équipe gouvernementale, tout porte à croire que le Chef de l’Etat tient à sortir par la grande porte, à l’orée de 2012, en terminant les réalisations qu’il a entamées au cours de son premier mandat, et en réussissant les différents objectifs qu’il s’est fixé pour son second quinquennat.

La fermeté dans la souplesse

Sur le plan politique, le concept du consensus a jusque là prévalu dans le choix des ministres des gouvernements successifs, depuis 2002. D’où la participation d’hommes politiques des différentes partis les plus représentatifs aux affaires du pouvoir : c’était aussi une manière de contenter, voire de respecter les acteurs politiques.

Malgré tout, aucun des trois Premiers ministres des gouvernements d’ATT -Ahmed Mohamed Ag Amani, Ousmane Issoufi Maïga, Modibo Sidibé – n’est issu du sérail politique : une autre manière, pour le Chef de l’Etat, de conserver le contrôle du gouvernail des différentes équipes ministérielles.

En somme, depuis 2002, toutes les grandes sensibilités politiques du pays ont pris part à la gestion des affaires de l’Etat, à travers ces différents gouvernements. Les différents remaniements ministériels opérés depuis cette date obéissaient à cette volonté d’ATT.

Mais la responsabilité des ministres étant placée sous le contrôle et l’assumation de l’Etat, le Président de la République, en tant qu’indépendant et apolitique, n’a fait que se soumettre à une logique toute naturelle : mettre à la tête des différents gouvernements des hommes dépourvus de toutes“odeur et saveur” politiques.

Néanmoins, depuis 2002, les relations entre l’Etat et les partis politiques ont été empreintes de dialogue, d’entente et d’une culture du consensus prônés et entretenus par ATT durant tout son premier mandat.

Ces prouesses sont dues à une“politique” toute rationnelle du Chef de l’Etat pour mieux temporiser et équilibrer les rapports entre l’Etat, la politique et la société : la fermeté dans la souplesse, autrement dit, “une main de fer dans un gant de velours”.

Des exigences du PDES

Cette même politique sous-tend aujourd’hui le choix des membres du nouveau Gouvernement, et son choix s’explique par le souci d’ATT de traduire en actes concrets ses promesses contenues dans le PDES. D’où le choix d’un Gouvernement presque entièrement composé d’hommes et de femmes nouveaux. Du reste, ATT à été on ne peut plus clair, dans le volet “Démocratie et gouvernance : le Renouveau de l’action publique” consacré à ce choix des ministres.

En effet, dans le PDES de Mars 2007, le Chef de l’Etat avait bien précisé : “… La foi dans le développement socio-économique du Mali sera donc le premier critère de choix des futurs responsables. Leur compétence et leur honnêteté seront également essentielles à nos yeux. Bien entendu, il sera difficile de placer des hommes et des femmes convaincus, compétents et intègres à tous les échelons du Mali. Alors, comment comptons-nous procéder? “Le poisson pourrit par la tête”, disent nos braves pêcheurs. La tête doit être bonne, c’est-à-dire que nous devons avoir un excellent Gouvernement. Celui de l’après- élection sera mixte et complémentaire : politique et technique. Il sera resserré, avec des compétences réparties autour de quelques grands pôles. L’équilibre sera établi de façon proportionnelle entre les forces politiques qui soutiennent notre action, mais tiendra compte de la conviction, de la compétence et de l’intégrité des hommes et des femmes proposés. Les postes qui requièrent des compétences techniques particulières iront à des professionnel (le)s de haut niveau qui répondent aux critères définis. Parce qu’il y a de plus en plus de Maliennes qui répondent à nos critères de choix, le Gouvernement fera une place importante aux femmes”.

Du coup, l’on comprend mieux cette spécificité inédite de la composition des membres du Gouvernement, qui répond fidèlement aux promesses du PDES. D’un, les partis politiques qui ont accompagné les actions d’ATT et son décidés à l’épauler ont été représentés dans le Gouvernement. De deux, il semble que pour la première fois, les femmes y ont été largement représentées. De trois, et fait spectaculaire, plus de la majorité des ministres sont neufs : 18 sur 26. Et de quatre, le maintien des 8 anciens ministres obéit à une logique réaliste.

Des raisons de leur maintien

La reconduction de ces ministres de Ousmane Issoufi Maïga pourrait s’expliquer par leurs performances ou fortes implications au sein de leurs départements respectifs. Celui de l’Elevage et de la Pêche, auparavant détenu par Oumar Ibrahim Touré, a connu, ces derniers temps, des innovations aussi porteuses que prometteuses.

De 2002 à 2005, les secteurs de l’Artisanat et du Tourisme ont complètement révolutionné les anciennes habitudes. Le nombre de touristes a plus que doublé, entraînant une éclosion fulgurante des structures hôtelières. Et bien des actions sont entreprises en faveur de la promotion artisanale et des acteurs du secteur, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ce qui explique le maintien de N’Diaye Ba au même ministère.

Quant au Général Kafougouna Koné, il a été un des acteurs incontournables des Accords d’Alger, sans parler de son implication active pour la résolution de conflits dans certains cercles ou villages : conflits terriens, frontaliers… Au ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités locales, ont doit aussi le calme et la relative transparence dans lesquels se sont déroulées les élections.

Ces dernières années, la diplomatie et la coopération malienne ont enregistré des résultats prodigieux, avec la signature d’accords“faramineux”, en terme financier : accords avec le Venezuela, la Chine, les Etats-Unis, entre autres, sans oublier le Millenium Challenge Account (MCA) qui garantit à l’Etat la couverture financière des grands axes du PDES. Ainsi s’explique le maitien de Moctar Ouane à son ancien département.

Natié Pléah s’est distingué partout où il a passé : du Gouvernorat du District au ministère de la Jeunesse et des Sports.

Idem pour le Général Sadio Gassama à la Sécurité intérieure et la Protection civile. Son implication a renforcé les capacités logistiques de ce secteur, grâce à des dons et accords avec des pays partenaires.

Concernant le maintien de Abou-Bakar Traoré et d’Ahmed Diane Séméga – l’un dans son département… tronqué, et l’autre, pour un autre département- bien des Maliens sont surpris parce qu’ils n’ont pas été convaincus de leurs performances. Le cas de Séméga est encore plus décrié que celui de Abou-Bakar. Ils sont finalement les deux seuls, parmi les anciens ministres maintenus, à prouver davantage leurs capacités, et donner ainsi raison à ATT de les avoir gardés.

Certains des nouveaux ministres étaient déjà connus bien avant leur nomination, par la brillante qualité de leur rendement au sein de leurs anciens postes. Ainsi, l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi (ANPE) s’est distinguée par quelques initiatives porteuses, depuis la prise en main de la structure par le 2e vice-président de l’Adéma et ancien maire du District, Ibrahima N’Diaye.

Quant à l’ancien président de la fédération malienne de basket-ball, Hamane Niang, sa nomination à la tête du département des Sports n’a surpris presque personne, au regard des fulgurantes performances enregistrées par cette discipline, grâce aux nouvelles initiatives du nouveau ministre.

D’autre part, la candidature de Mme Sidibé Aminata Diallo à l’élection présidentielle a été une première au Mali et dénote la maturité démocratique du pays. Aussi, beaucoup de Maliens s’attendaient à la promotion ministérielle de cette professeur d’université qui, du reste, se retrouve dans son élément en tant que chef de ce nouveau département de l’Education de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales.

Dans la même veine, tous les autres nouveaux promus disposent de compétences avérées au sein de leurs anciens domaines respectifs. Nonobstant les raisons du choix de cette nouvelle équipe, l’Etat et le peuple malien, le Chef de l’Etat en particulier, n’attendent plus qu’elle justifie l’espoir et la confiance placées en elle.

Oumar DIAWARA

08 octobre 2007.