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Depuis la fin des élections générales, la scène politique malienne connaît une agitation peu coutumière, sinon sans précédent. En effet, ces derniers temps, les acteurs politiques se signalent de plus en plus par des discours peu habituels, donnant ainsi l’impression qu’ils veulent désormais se démarquer du Président de la République. Ce “retournement de vestes“ politique est perceptible à travers certains indices non trompeurs, d’autant plus que parmi ceux qui ont aujourd’hui tourné casaque figurent des cadres politiques qui avaient pourtant œuvré pour la victoire du Chef de l’État en Avril 2007.

Ainsi, ATT paraît aujourd’hui comme un homme seul, abandonné par ses alliés qui avaient formé autour de lui l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP). Pourquoi le brusque changement de la part desdits alliés ? L’heure de la rupture a-t-elle donc sonné?..

En effet, parmi ceux qui avaient soutenu le Chef de l’État pour son second mandat figurent de grosses pointures politiques comme l’Adema-PASJ et l’URD qui sont d’ailleurs au cœur du dispositif gouvernemental avec trois représentants pour chacun. Aussi, l’étonnement vient du fait que ce sont justement ces deux grandes forces politiques qui sont aujourd’hui en intense activité politique à l’allure d’une véritable campagne électorales pour 2012.

Quant aux autres partis politiques, ils se signalent beaucoup plus par un comportement de “l’autruche au cou enfoui dans le sable”, histoire de ne pas donner au Chef (de l’État) l’impression qu’ils ont également leur agenda et… leur plan politique : de leur entendement, ce comportement est une précaution aussi sage que payante, d’autant plus que le Chef de l’État pourrait se débarrasser d’eux dès qu’il sera au parfum (dès qu’il connaîtra) leurs véritables intentions.

Ceux qui sont dans cette situation ne sont d’ailleurs pas représentatifs de l’échiquier politique. Ce ne sont que des “partis satellites”, comme on se plaît à les surnommer sous nos cieux : ils n’ont pas de députés élus à l’Assemblée nationale ; ils n’ont souvent que deux ou trois conseillers ; et certains de leurs cadres “accompagnent” le Gouvernement ATT seulement pour, dit-on, “gagner leur part dans le partage des maigres ressources du pays”.

Aussi, certains citoyens, de fustiger qu’au Mali, on soutient le Président de la République pour “être dans le Gouvernement, avoir à manger ou obtenir une promotion quelque part dans les hautes sphères de l’Administration“.

Conscients donc de la maigreur de leur apport, ces “petites gens” préfèrent se contenter du peu qu’ils “récoltent“, à défaut de ne pouvoir convoiter une représentation diplomatique à l’extérieur.
ATT est donc devenu “celui qui case tout le monde dans nos Ambassades ou Consulats à l’étranger”, aux dires d’un autre citoyen.

Tout le monde, mais en dehors du Président des Ruchers, Dioncounda Traoré qui, par le passé, avait “lâché le morceau” de façon involontaire, peut-on dire.En effet, jusque-là, aucun cadre politique n’a osé dire au Chef de l’État, “qu’après ce mandat, il faut partir”.

On (toujours le cadre politique) préfère plutôt garder bouche cousue et à la dernière minute, tenter de s’en sortir par une déclaration fracassante. Dureste, qui ne connaît l’opportunisme dont peuvent faire preuve certains acteurs de la scène politique?…

Ce qui paraît bizarre, c’est lorsque les deux “mastodontes” politiques s’illustrent aujourd’hui par leur attitude timorée, surtout quand on pense que tous deux nourrissent des ambitions pour 2012. Mais aucun d’eux n’ose signifier ouvertement à ATT : “Après ce mandat, il faut partir“. Ce manque de courage politique fait d’eux des “moutons de Panurge”, ne voulant pas quitter le Gouvernement et de peur d’être “remercié” par le Président.

Mais bien qu’étant apolitique, le Chef de l’État est devenu le plus rusé, pour ne pas dire le plus intelligent des chefs de partis. En effet, qui aurait cru que le “soldat” ATT pouvait conduire des acteurs politiques aussi habiles que Me Montaga Tall, Choguel Kokalla Maïga, pour ne citer que ces deux personnalités politiques ?

Aujourd’hui, c’est comme tout le monde soupçonne ATT de vouloir briguer un troisième mandat, et ce, malgré ses déclarations du genre “J’ai besoin de retraite”, “Je veux aussi aller cultiver mon champ à Mopti”, “Un troisième mandat n’est pas dans mon agenda”... Ces déclarations et d’autres discours tenus dans le même sens ne suffisent-ils donc pas pour rassurer tous ceux qui sont en train de s’agiter ?

Le Mouvement Citoyen (MC) n’a pas dit son dernier mot, nous rétorquerait-on certainement.

Laya DIARRA

26 Avril 2010.