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AMADOU TOUMANI TOURE SUR LES ANTENNES DE RFI
«En 1997 lorsque IBK était premier ministre, il n’y a pas eu pratiquement d’élections au Mali»

La série d’entretiens que RFI consacre aux candidats à l’élection présidentielle au Mali dans l’émission «Invité Afrique» de Christian Boisbouvier a pris fin vendredi le 13 avril 2007. Les deux derniers interviewés sont Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise et le président sortant Amadou Toumani Touré. Ce dernier a lancé une pierre dans le jardin de son opposant IBK en déclarant que: «IBK oublie parfois de nous rappeler qu’en 1997, il n’y a pas eu d’élection au Mali pratiquement et il était Premier ministre». Nous vous proposons ci-dessous les deux entretiens.


-Mr le Président bonjour, beaucoup de Maliens ont encore du mal à trouver de l’eau potable ou à mettre leurs enfants à l’école ; est ce que vous ne craignez pas un vote sanction le 29 avril prochain?


Je pense que c’est certainement exagéré s’il y a des points sur lesquels vraiment nous avons fait des progrès c’est surtout dans les domaines des secteurs sociaux. Le nombre des points que nous avons réalisés en 4 ans aujourd’hui nous avons plus de la moitié qui tourne autour de 65 % des Maliens de nos villages qui ont accès à l’eau potable d’une manière plus facile.


2- Vous avez construit des routes et des logements sociaux c’est vrai, mais vos adversaires vous reprochent d’avoir plus donné à vos parents et à vos amis qu’aux autres?


Pour qui me connaît je n’ai aucun membre de ma famille qui travaille dans le gouvernement. J’ai deux filles qui travaillent dans le secteur privé et d’autres. Je pense que mes adversaires sont bien obligés de trouver un langage pour justifier leur candidature.

3- Les cotonculteurs sont lourdement endettés qu’allez-vous faire pour eux?

Non ce n’est pas juste. Nous avons réussi non seulement à payer l’ensemble des factures et des dettes que la CMDT avait vis-à-vis des cotonculteurs mais aussi nous nous sommes permis de leur donner des subventions après résultats sur les bénéfices et je pense qu’aujourd’hui la CMDT est crédible parce que nous avons déjà bouclé les financements de la campagne 2007 -2008.


4- Que répondez-vous à Ibrahim Boubacar Keïta qui dit que le taux de croissance a baissé depuis l’époque où il était premier ministre ?


C’est lui qui le dit, aujourd’hui nous avons un taux de croissance de 5,1 % c’est le taux le plus élevé de la région depuis deux ans et nous avons l’objectif d’atteindre les 7 %.


5- Sur le plan politique, vos adversaires vous soupçonnent de vouloir frauder sur le nombre des cartes d’électeur et IBK dit que vous n’êtes pas un démocrate?


Le premier acte, l’existence du pluralisme politique au Mali je suis à la base.

6- Mais est ce qu’il n’y a pas de risque de fraude sur le nombre des cartes d’électeurs ?

Il y a quelque chose qu’il faut dire c’est lorsque Mr Ibrahim Boubacar Keïta était premier Ministre que nous avons eu ce fichier électoral, il n’a pas tranché. Il oublie parfois de nous rappeler qu’en 1997, il n’y a pas eu d’élection au Mali pratiquement et il était premier ministre.

7- Quand Nicolas Sarkozy est venu vous voir il y a un an à Bamako il vous a demandé de l’aider à rapatrier chez eux les Maliens sans papier. Que lui avez-vous répondu ?

8- Mr le Président les islamistes d’Al-Quaïda au Maghreb ont frappé au cœur d’Alger. Est-ce que l’Etat malien n’est pas démuni face à ces groupes de terroristes qui utilisent la frontière malienne comme sanctuaire ?

Nous ne pouvons que condamner toute forme de terrorisme surtout si cela arrive à un pays ami, frère et voisin. J’avoue que le Mali n’a pas a lui seul les moyens de pouvoir contrôler toute cette zone de 600 à 700 milles km2. Mais nous pensons que nous avons une concertation sous régionale qui lie le Mali, la Mauritanie et l’Algérie pour nous permettre de regrouper tous les renseignements que nous recevons et surtout également de nous mettre ensemble de temps en temps lorsque les actions s’élargissent pour combattre cette forme de terrorisme qui aujourd’hui crée des problèmes à l’ensemble du monde.

9- Alors vous parlez de la Mauritanie, il y a deux ans vous avez fermé les yeux sur une incursion de l’armée mauritanienne dans le Nord de votre pays à l’occasion d’une opération anti-terroriste est ce que ça ne pose pas un problème de souveraineté?

Je m’excuse, je n’ai pas fermé les yeux, j’ai plutôt ouvert les yeux lorsqu’ une garnison mauritanienne a été frappée en plein cœur et que ces soldats mauritaniens en nombre ont perdu la vie, nous n’acceptons pas qu’une bande traverse notre pays pour aller où que ça soit. Et lorsque nous avons une situation comme cela on ne va pas se cacher derrière la souveraineté, le Mali seul ne peut pas combattre et je pense que cela est réciproque. Quelqu’un ne peut pas venir faire quelque chose au Mali et aller se réfugier en Mauritanie l’inverse également nous ne l’admettons pas.


10- Mr le Président l’un de vos anciens amis politiques le candidat Tiebilé Dramé dit que vous auriez mieux fait de ne pas vous représenter pour ne par ternir votre image ?


Je pense que Tiebilé Dramé a peut être raison mais c’est son jugement tout a fait personnel. Après avoir fait 5 ans, mesuré des résultats extrêmement positifs dont vous-même vous avez parlé. Je me suis assis, j’ai réfléchi pendant quelques mois et je me suis rendu compte que c’était possible de faire des routes, des ponts de donner des anti-rétroviraux gratuitement, la césarienne gratuitement, faire en sorte que le paludisme soit soigné gratuitement, augmenter les soldes, mensualiser les pensions Et pour les 5 ans, le budget de l’éducation qui tourne autour de 28 à 29 % du budget national sera rapporté à 35 % et au niveau des services sociaux et de santé jusqu’à 20 %.

11- Si vous êtes mis en ballottage le 29 avril prochain est ce que vous serez déçu ?

C’est trop dire, ce sont les électeurs qui choisissent, je pense que je suis un démocrate, contrairement à ce que certains pensent et pas un démocrate de façade je suis un vrai démocrate je l’ai prouvé à travers mon parcours. J’apprécierai et j’analyserai la situation.

Transcrite par
Ramata Tembély


Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise: «ATT n’a qu’une coalition d’accompagnement derrière lui»

Votre candidature se résume à un concept « le Mogotiguiya » c’est quoi le Mogotiguiya ?

Ma candidature ne se résume pas seulement au mogotigiya. Mais elle est soutendue par le mogotiguiya qui est un concept profondément malien qui veut dire en bamanankan, langue nationale du Mali, la candidature soutenue par le peuple et essentiellement comprise par le peuple.

2- Que veut le peuple, que proposez-vous au peuple malien ?

Ce que nous proposons au peuple malien, c’est d’être collé à lui, au plus près de sa réalité. Mais également de prendre en charge ses préoccupations fondamentales.

3- Quelles sont vos priorités, l’agriculture ou industrialiser davantage le pays?

D’abord nos priorités, c’est de réorganiser l’agriculture afin qu’elle ne soit plus essentiellement fondée sur la cellule mais qu’elle soit celle du développement. Une activité capable de faire la promotion des produits de transformation, d’importation et d’industrialisation. C’est surtout cela, parce que à la chaîne, nous allons non seulement produire, transformer mais aussi vendre nos produits agricoles. Ce qui ferait de tous ces secteurs, des pourvoyeurs d’emplois.

4- Selon vous, sous ATT, le Mali s’est développé ?

Non, le Mali peut avoir connu une croissance mais le développement c’est autre chose. Le développement est un tout intégré. Cela part de la base jusqu’au sommet, à la satisfaction des besoins sociaux ou des besoins fondamentaux des hommes.

5- Vous reprochez quoi aux cinq ans de pouvoir de ATT ?

Concrètement, nous disons que nous n’avons pas senti qu’il y avait un véritable plan de développement soutenu par un groupe politique organisé comme parti politique ou comme un système de partis politiques qui soutiendrait une action économique.


6- Soyez clair, vous êtes en train de faire observer que le président ATT n’est pas passé par le canal historique pour arriver au pouvoir. Il n’a pas de parti politique propre à lui ?


Il peut ne pas avoir de parti politique propre à lui au départ parce que, la démocratie aurait pu être chez nous l’articulation entre les partis politiques et un homme d’Etat qu’est ATT. Mais seulement actuellement on voit des partis politiques qui sont partie prenante au pouvoir et des programmes de développement sont endossés par les seuls acteurs politiques qui entourent ATT. Nous, nous sommes des candidats politiques, responsables de partis politiques. Nous disons qu’il faut quelqu’un qui va ramener la démocratie sur ses pieds.


7- Descendons sur le terrain, pouvez-vous nous donner deux ou trois raisons qui peuvent inciter les militants à voter pour vous ?


Le Mali est un pays très grand à tradition agro- silvo -pastorale. Cependant, aujourd’hui, on s’interroge sur ce que l’agriculture du Mali produit. Est-ce que cette agriculture arrive à produire pour la satisfaction des besoins des populations? Non ! Est-ce qu’elle est capable de donner du travail aux jeunes. Non ! Est-ce que cette agriculture du Mali est capable de supporter une industrialisation sur la base de ses produits naturels? Nous disons encore non !


8 – Est-ce que Amadou Toumani Touré vous fait peur ?


Qu’est-ce que vous voulez dire par faire peur?


9- Il a une machine électorale !


Non, il n’a pas de machine électorale mais plutôt une coalition de partis politiques qui d’ailleurs ne ressemble pas du tout à notre coalition. Notre coalition est battante et gagnante. Et lui, il n’a qu’une coalition d’accompagnement. Faites-vous même la déduction.

Transcrite par Abdoul Karim Koné

16 avril 2007.