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D’un revers de la main, le président de la République a balayé l’hypothèse d’un soutien libyen à la rébellion du Nord-Mali, ou ceux qu’il convient d’appeler « les insurgés » de Kidal. Car, à en croire ATT, ceux qui ont volé des armes dans les camps de Kidal ne sont pas représentatifs des populations touaregs, mais plutôt mus par des intérêts personnels. Des déclarations que le chef de l’Etat a faites, dans la salle des banquets de Koulouba, à l’occasion de la quatrième édition de la rencontre avec la presse, le 8 juin, à la faveur de la commémoration de son accession au pouvoir.

C’est un ATT détendu et très en verve, comme à l’accoutumée, qui a animé la traditionnelle conférence de presse marquant le quatrième anniversaire de son accession à la magistrature suprême. L’occasion était bonne pour lui de faire un pré-bilan succinct des actions qu’il a posées dans tous les secteurs de la vie nationale : désenclavement, éducation, salaires, santé, aménagements hydro-agricoles, exploitation minière…

Actualité oblige, ce sont les événements survenus au Nord qui ont suscité un vif intérêt. Apparemment bien au fait du dossier, le président a tout d’abord fait un exposé liminaire sur la question avant de répondre aux questions des journalistes. Il fera un rappel historique de la question touareg depuis la révolte de Firhoun contre le colonisateur français (il est considéré comme un héros de la résistance) jusqu’à la rébellion de 1990 en passant par la révolte des Adrar et des Ifogas.

Les frustrations issues de la répression du soulèvement survenu sous la première République et le grand dénuement créé au sein de la population nomade par la grande sécheresse de 1972 ne sont pas étrangers à la rébellion de 1990. ATT de rappeler les différentes péripéties qui ont abouti à la signature du Pacte National signé le 11 avril 1992 à Bamako grâce, en partie, aux efforts déployés notamment par l’Algérie. Environ 9 000 combattants issus des différents fronts de l’Azaouad furent démobilisés sur lesquels 2 000 furent intégrés dans les différents corps des forces armées et de sécurité.

Nombre de ceux qui n’ont pas été intégrés ont vu leurs projets financés dans le cadre deux programmes de réinsertion, en l’occurrence, le PAREM et le CAR-Nord pour une enveloppe globale de 6 105 000 000 FCFA.
A ce jour, l’Etat malien ne doit pas un FCFA à un intégré. Mais le hic, c’est que la quasi-totalité des projets ont échoué et 93% des fonts prêtés n’ont pas été remboursés, ce qui a fini par gripper la machine de financement. Il est vrai, a admis ATT, que Kidal, compte tenu de ses conditions géographiques est une zone difficile, la vie y est des plus rudes.

Naguère, à cause justement à cause de ces difficultés, Kidal était qualifiée comme la ville des trois B : bidon, brouette et baril. Mais, grâce à la réalisation d’une multitude de projets, Kidal, à en croire toujours ATT, a totalement changé de visage au point de devenir méconnaissable.

Les projets conçus pour la région de Kidal totalisent 2,4 milliards de FCFA. Ceux en cours de préparation et ceux qui connaissent un début d’exécution totalisent 37 milliards de FCFA.

Fagaga, qui en est à sa troisième désertion, avait mille et un autres moyens que de passer par l’usage des armes pour faire aboutir ses revendications. Le contexte démocratique du Mali s’y prête à souhait. Au demeurant, ATT a confié avoir rencontré Fagaga.

Un tête-à-tête qui lui a permis de réaliser que la fâcherie de l’intéressé est plutôt fondée sur une saute d’humeur et des considérations plutôt subjectives. Ce qui ne l’empêchera pas de regagner le maquis, suivi après par des jeunes Touaregs. Heureusement, a déclaré ATTT, tous les intégrés n’ont pas pris part à l’aventure de Fagga.

Les méharistes font partie de ceux-là. Sur quelques milliers d’intégrés, seuls 187 ont déserté, a précisé le président de la République. L’attaque de Kidal s’est soldée par quatre morts dont deux du côté des assaillants et deux du côté del’armée régulière. ATT de préciser que l’une des deux victimes du côté de l’armée gouvernementale est un Touareg.

ATT a également révélé qu’il a reçu le chef historique de la rébellion de 1990, Iyad Aghaly, le vendredi 19 mai au Palais de Koulouba. Un entretien qui avait été soldé par une promesse de Iyad Aghaly de se rendre dans les montagnes de l’Adrar des Ifogas. Mais quelle ne fut la surprise présidentielle quand ATT, cinq jours après avoir pris congé de Iyad, a appris, depuis Diéma, où il était en visite de terrain, les événements de Kidal.

Les insurgés de Kidal sont-ils soutenus par des pays étrangers, la Libye fortement soupçonnée ou même l’Algérie ? A cette question de journaliste, le président de la République a répondu, de façon catégorique, par la négative. Pour étayer cette thèse, ATT d’invoquer les différentes réalisations de la Libye au Mali, à l’image la télévision malienne, la Banque Commerciale du Sahel (BCS) la Banque de la CEN-SAD, la Cité administrative, le Centre Islamique d’Hamdallaye, entre autres.
Un pays qui plus est, a-t-il argué, se propose de réaliser d’autres investissements de taille, comme la construction d’une cimenterie. Elle est également intéressée par les phosphates de Tilemsi.

Le chef de l’Etat a également dédouané l’Algérie, un pays avec qui le Mali entretient les meilleures relations. Le Mali, a rappelé, le président de la République, a activement lutté aux côtés du pays de Chadli Benjedid dans sa lutte de libération nationale. Un geste que l’Algérie n’oubliera pas de si tôt.

Yaya SIDIBE

09 juin 2006.