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Unanimement jugée libre et transparente, la consultation qui n’a pas mobilisé les foules puisque le taux de participation n’a pas dépassé 30% a donc consacré la victoire des partis de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP), dont les deux moteurs sont l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) et l’Union pour la République et la démocratie (URD).

Bien implantés sur l’ensemble du territoire, ces deux partis récoltent les fruits de leur soutien à ATT (ils n’avaient pas présenté de candidat contre lui lors de la présidentielle du mois d’avril). Avec 55 sièges, l’Adéma de l’ancien président Alpha Oumar Konaré reste la première force politique du pays, tandis que l’URD de Soumaïla Cissé, patron de la commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, rafle 35 sièges. Pas mal pour une première participation à un scrutin législatif…

Le Front pour la Démocratie et la République (FDR), la coalition d’opposition emmenée par le Rassemblement Pour le Mali (RPM) et ses alliés du Parti pour la Rénaissance nationale (PARENA), n’obtiendrait que 15 sièges. Déjà candidats malheureux à la présidentielle, ses leaders, l’ancien Premier ministre, Ibrahim Boubacar Keïta (RPM) et Tiébilé Dramé (Paréna), sont à l’évidence les grands perdants du scrutin.

Dans la circonscription de Nioro, au nord de Bamako, la liste de Dramé a été invalidée en raison d’irrégularités dans sa composition. Quant à IBK, son parti n’obtiendrait que 11 sièges. Il en détenait 45 dans l’Assemblée sortante, ce qui, en 2002, lui avait permis d’accéder au perchoir. Réélu député de Bamako grâce au soutien in extremis de la section locale de l’Adéma, IBK pourra-t-il conserver son poste?

En toute logique, la présidence de l’Assemblée devrait revenir à un membre de la majorité présidentielle. Dioncounda Traoré et Younoussi Touré, les présidents de l’Adéma et de l’URD, sont sur les rangs. ATT souhaitant accorder à l’opposition un nouveau statut, il n’est toutefois pas exclu qu’IBK soit maintenu en place.

En attendant l’ouverture de la session parlementaire, en octobre, la composition du futur gouvernement et, bien sûr, l’identité du Premier ministre agitent le landerneau politique. Le choix du chef de l’Etat pourrait se porter sur l’un des vainqueurs des législatives, à moins qu’ils ne jette son dévolu sur un membre de la société civile, comme il l’avait fait à deux reprises au cours de son premier mandat.

Ahmed Sow, directeur démissionnaire du Centre de développement des entreprises (CDE), une institution du groupe des Etats Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) et de l’Union européenne (UE), est l’une des personnalités pressentie. Même si sa gestion du CDE n’a pas toujours fait l’unanimité, il présente l’avantage d’être l’un des principaux auteurs du Programme de développement économique et social, le projet sur lequel ATT s’est fait élire.

Le nom de Modibo Sidibé, secrétaire général de la présidence depuis 2002, est lui aussi cité. Fin connaisseur des arcanes de la politique locale, ce contrôleur général de la police, homme de réseaux réputé discret et travailleur, n’est autre que le frère de l’ancien Premier ministre Mandé Sidibé, qui préside actuellement le conseil d’administration du groupe Ecobank.

Successivement ministre de la Santé et des Affaires étrangères sous la présidence Konaré, il incarne une certaine de continuité. Quant à Ousmane Issoufi Maïga, l’actuel Premier ministre, il n’a, de l’avis général, pas démérité, mais sa reconduction risquerait d’apparaître comme la preuve d’un certain immobilisme…

Quoi qu’il en soit, ATT devra s’appuyer sur des hommes neufs mais suffisamment expérimentés pour tenir les engagements pris pendant la campagne : modernisation et diversification de l’économie, assainissement de la justice, lutte contre la corruption et la délinquance financière, rénovation du système éducatif…

Il devra surtout éviter que la question de sa succession ne paralyse prématurément son action.

Mahamadou CAMARA | Source J.A du12 au 25 Août 2007

15 aout 2007