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ATT chez l’oncle Sam, Alice au pays des merveilles. Le président du pays le plus pauvre de la planète chez l’homme le plus puissant du monde. On peut multiplier les asymétries à l’infini en constatant simplement qu’entre les Etats-Unis et le Mali, il n’y a pas match.

Alors, s’il n’est pas parti, une fois de plus pour tendre la sébile, que peut dire l’héritier du trône de Sunjata au descendant des colons d’Amérique ? Déjà omnubilé à l’idée d’avoir été reçu dans le bureau ovale (un honneur qui n’est pas réservé au commun des mortels), le Malien ne pouvait que congratuler l’Américain pour ses largesses. Lui viennent surtout à l’esprit les pluies de dollars qui ont inondé le trésor public pour le compte du millénaire pour le développement. O, Amérique, mon amour !

Alphabétisation, éradication du paludisme, on en parle depuis Mathusalem. ATT ne pouvait offrir meilleur cadeau à son hôte qu’en s’engageant fermement dans la lutte contre le terrorisme, un vrai cauchemar pour l’Amérique. Fort bien, parce que le Mali est tout aussi concerné par ce problème avec les salafistes et le groupe d’Ibrahim Bahanga qui sévissent dans le septentrion. Mais des réalités concrètes, on est vite passé à la langue de bois lorsque le maître du monde affirme : « J’ai été touché par le souci qu’avait le président Touré des conditions de vie du citoyen moyen au Mali. Une des raisons pour lesquelles nous sommes associés au gouvernement malien a trait à sa volonté de lutter contre la corruption et d’améliorer le niveau d’instruction et la santé de la population ».

Ces propos sonnent faux à l’oreille du citoyen malien qui s’enfonce chaque jour dans la misère, dans un pays où la corruption est rampante, où l’école n’est plus à l’école et tuti quanti. L’Amérique ne peut fermer les yeux sur des réalités aussi tristes et Bush sait pertinemment que les Maliens sont pauvres mais que leurs dirigeants sont riches. Pourquoi donc flatter l’orgueil de leur chef ? Echange de bons procédés ou souci de ne pas embarrasser un hôte venu d’au-delà des océans ?

Cette complicité au sommet et cette condescendance du président américain sur les rives du Potomac et à l’ombre de la statue de la liberté se font au détriment des intérêts de leurs peuples. Même à moindre souci, l’Amérique a aussi ses problèmes (ATT n’en soufflera mot après son mutisme en France sur le test ADN). Ces maux ont pour nom terrorisme, hausse vertigineuse du prix du pétrole, catastrophes naturelles, faiblesse du dollar par rapport à l’euro, prolifération nucléaire.

C’est vrai qu’aux Etats-Unis, les Maliens ont moins de problème qu’en France. L’Amérique doit aussi repenser ses plaies plusieurs siècles après que les colons eurent chassé les Indiens de leurs terres dans le sillage de Christophe Colomb. Les peuples autochtones demandent aux visages pâles de respecter leur identité, leurs us et coutumes même en étant parqués dans des réserves. A défaut Sioux, Dakotas, Cheyennes, Navajos sont prêts à danser la danse du scalp.

C’est aussi de tout cela qu’il fallait parler. Ironie de l’histoire, au moment même où ATT quitte la Maison-Blanche, Bush s’apprêtait à entreprendre une tournée dans cinq pays africains. Il ne fera même pas en escale à Sénou. «Le Mali ? Connais pas», dixit George Bush.

Mamadou Lamine Doumbia

15 février 2008.