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Voilà plusieurs jours que l’affaire dite “du Vérificateur Général” ne fait qu’alimenter des débats et des rumeurs aussi futiles qu’inutiles, pour peu que l’on jette un regard rétrospectif sur l’histoire sociale, politique et culturelle du Mali.

Aussi, le moins que l’on puisse déplorer, c’est que cette affaire a sérieusement entamé l’honneur et la crédibilité de tout un pays. Deux concepts nobles pour les ancêtres, et auxquels, en général, le citoyen malien tient pourtant par dessus tout. Aussi, il ne s’agit plus aujourd’hui de situer de quelconques responsabilités, encore moins de savoir qui a tort ou raison. Mais il s’agit plutôt de “recoller les morceaux”, c’est-à-dire réparer les dégâts, ou du moins, de les limiter. Car, comme dirait l’autre, le mal est déjà fait.

Une querelle qui nuit à l’honneur du pays

Le mal est fait en ce sens que c’est la démocratie malienne qui en prend aujourd’hui un sacré coup. Une démocratie pour laquelle tant de Maliens ont pourtant souffert dans leur chair et dans leur âme, pour laquelle tant de citoyens se sont sacrifiés avec tout ce qu’ils ont de plus cher.

Sans parler des grandes mutations sociopolitiques, ni des changements de mentalités que ce vent du renouveau démocratique a provoqués dans le pays Cette démocratie malienne, qui a suscité l’envie, l’estime et l’admiration, tant dans la sous-région qu’à l’extérieur, serait-elle alors née… pour rien?…

Par ailleurs, que penseraient, du peuple malien (Etat, autorités, société civile…) ses pays amis, coopérants, collaborateurs, partenaires techniques et financiers (entre autres), face à cette grave mésentente qui, depuis longtemps, couve au sein de deux institutions aussi vitales, voire capitales que la Justice et le Bureau du Vérificateur Général (BVG)? Que penserait même le pays ami (le Canada) dont l’exemple a inspiré l’Etat malien, dans sa volonté de créer le BVG?

Et quand on pense qu’à cause de la création d’institution, comme le BVG et d’espaces tel que l’Espace d’Interpellation Démocratique (EID), entre autres, plusieurs pays du monde nourrissent aujourd’hui un profond sentiment de respect et d’admiration envers le Mali, on ne peut que se désoler tristement de cette querelle entre agents de la justice et VG. Une querelle aussi révulsante que la majorité des Maliens n’ont pas hésité à la qualifier de “disgracieuse”, de “honteuse”

Bien sûr, le Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées, Chef Suprême de la Magistrature et initiateur du Bureau du Vérificateur Général ne pouvait, en aucune façon, rester indifférent face à cette mésentente entre deux “grands” à laquelle beaucoup de citoyens ont tôt fait d’attribuer bien des qualificatifs : “guerre de clans”, “querelles de clochers”, “disputes d’intérêts ”, et tutti quanti…

Extrait de la réaction d’ATT

…Au delà du gouvernement et de l’Assemblée nationale, son budget (NDLR : celui du VG) est le plus important. Donc, je pense que j’ai décidé de faire quelque chose, je le fais. On n’a pas besoin de se cacher quoi que ce soit pour dire autre. Je veux et je souhaite que nos frères s’entendent, qu’ils se parlent, qu’ils se comprennent. Nous ne pouvons pas nous laisser exposer, exposer notre pays, créer un doute qui n’existe pas ! Qu’est-ce qu’on dit aujourd’hui? Peut-être qu’il y a des gens qui n’ont pas intérêt à ce que le Vérificateur Général travaille. Pourquoi? Dans ce cas, je n’aurais plus à créer le Bureau du Vérificateur Général. Certains disent : Ah oui, peut-être qu’on règle des comptes. Des comptes à qui? Il n’y a rien ! “.


Et ATT, de ramener l’affaire dans son vrai contexte :
“Il faut remettre ce problème dans ce qui s’est passé. C’est quoi? Il y a une querelle entre des employés et un employeur, c’est tout. Donc, je voudrais vraiment leur dire : ressaisissez-vous ! Je voudrais leur dire : sortons des doutes !

Je voudrais leur dire : évitons les spéculations inutiles et fausses ; et ramenons le problème pour ce qu’il est, c’est-à-dire l’employé et l’employeur qui doivent trouver une solution. S’ils doivent passer par la justice ou ailleurs, c’est leur choix. Mais notre pays ne peut, nous ne pouvons pas être mis en doute sur notre volonté ! Nous ne pouvons pas être salis pour rien ! Et nous ne pouvons pas laisser des informations, sinon des interventions tendancieuses et méchantes, pour rien !…”.

Obéir à la loi ou…

Le Président de la République, Amadou Toumani Touré, a enfin livré ses impressions par rapport à l’imbroglio judiciaire qui oppose le Vérificateur Général Sidi Sosso Diarra à certains de ses collaborateurs. Pour rappel, le premier a traîné en justice suite à une plainte des seconds pour “réquisition des forces publiques contre l’exécution d’une décision de justice”.

Une infraction prévue et punie par l’article 64 du Code Pénal. Cette procédure judiciaire aura vu le Véfificateur Général Sidi inculpé et mis sous mandat de dépôt. Et n’eut été l’implication du Président ATT, il serait peut-être écroué à la Maison Centrale d’Arrêt.

Dans cette affaire, chacun y est allé de ses commentaires. Et la procédure judiciaire enclenchée par M. Daniel Amagoin Tessougué et ses camarades, interdits d’accès au BVG, continue son cours. Mais en attendant, le Chef de l’Etat s’est vu contraint de rompre le silence autour de cette affaire pour dire ses quatre vérités aux protagonistes.

En effet, ces quelques phrases du Chef de l’Etat semblent tout dire : “…La question à trancher était de définir la situation administrative de certains des membres de BVG. Ainsi, il y avait une option à faire : être soit en disponibilité, soit en détachement. A ce sujet, j’avais personnellement pris un décret mettant certains en disponibilité. Non content de ma décision, les concernés ont attaqué mon décret devant la Cour Suprême qui a invalidé le décret. J’étais mal à l’aise face à la situation. Cependant, je n’avais pas d’autre choix, car je respecte la loi et la justice de mon pays” .

C’est dire que le Vérificateur Sidi Sosso Diarra est aujourd’hui astreint de se plier à la décision de la Cour Suprême, car l’invalidation du décret présidentiel par cette institution prouve, si besoin en était, que les adversaires du Végal ont raison.

Par ailleurs, du moment où le Président de la République et Premier magistrat du pays s’est plié à la décision de la Cour Suprême, Sidi Sosso Diarra n’a d’autre choix que de faire la même chose. Car le contraire l’exposerait, d’autant plus que le ton du Président ATT en appelle à l’entente.

Il n’est donc plus exclu, au cas où le problème perdurait, que le Vérificateur Général soit révoqué par le Président de la République, qui en a le plein pouvoir. Cela est d’autant plus pertinent que l’amalgame n’est pas permis entre “Je soutiendrai ce Bureau (NDLR : le BVG) contre vents et marées ! ” du Chef de l’Etat et un éventuel soutien présidentiel au Vérificateur Général qui n’est pas le BVG.

M. SiIdi Sosso Diarra n’a visiblement pas assez de marge de manoeuvre dans une affaire qui est loin d’être politico judiciaire, comme l’ont laissé entendre ses conseils, mais plutôt un problème entre un employeur et ses employés. Et dans le fond, le tribunal a tranché en faveur des employés. Une seule option s’offre donc au Végal : se plier à l’injonction de la loi. A moins de… plier bagages?…

Oumar DIAWARA et Adama S. DIALLO

10 Avril 2009