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Elu en 2002, le candidat indépendant Amadou Toumani Touré qui était considéré par bon nombre de Maliens comme le meilleur successeur d’Alpha Oumar Konaré a connu des hauts et des bas dans l’accomplissement de sa mission. Il a passé un premier quinquennat en tâtonnements, pilotage à vue, et hésitations. Des maux comme la délinquance financière, le népotisme, l’injustice sociale, le détournement des deniers publics, l’attribution d’exonérations exorbitantes à des opérateurs économiques, qui ont fini par prendre le pays en otage se sont accentués.

Face à la flambée des prix des denrées de première nécessité comme le riz, l’huile, la farine, le lait et d’autres produits essentiels comme le carburant, le président de la République, profitant de la tribune de la célébration de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, n’a trouvé mieux que de se déclarer incapable de résoudre les problèmes auxquels les Maliens sont confrontés.

« An Ndèsèra » (Nous n’en pouvons plus), a-t-il lancé en langue bamanan. Par ce mot, le président vient de jeter l’éponge. Il a démissionné car, le terme dans sa substance est un aveu d’impuissance et de capitulation.

Dans un langage accessible au commun des Maliens, ATT vient de dire au peuple qui l’a élu qu’il n’a plus de solutions aux innombrables défis qui se posent à la nation. Qu’il n’est plus le président de la demande sociale dont il se réclame tant.

« An dèsèra », (nous avons échoué), tentera-t-on de comprendre dans les assertions du chef de l’Etat qui fait comprendre en même temps, qu’il n’a pas été cohérent dans le choix des hommes pour traduire son Programme de développement économique et social (PDES) en actes concrets.

Il montre ses limites à sanctionner des sangsues de notre économie et les médiocres cadres qui aliènent les efforts de développement, qu’il n’est plus à mesure de décider au nom de la nation et pour la nation, qu’il ne peut pas mettre l’école sur les rails, qu’il n’est pas capable d’améliorer les conditions de vie des travailleurs, d’organiser au mieux notre administration.

« An dèsèra » est un aveu, un aveu pour dire que, le pays va droit au mur, que l’avenir est sombre, que le défi de vaincre le sous-développement est un leurre. Sinon dans un Etat organisé, le Chef d’Etat est un stratège, un meneur d’hommes, intègres et incorruptibles qui sait trier les meilleurs cadres capables de réfléchir et les utiliser pour l’intérêt supérieur de tous.

« An dèsèra » devient alors un aveu d’impuissance qu’il faut prendre au sérieux, puisqu’en d’autres termes, « an dèsèra » veut dire aussi : « choisissez un autre, moi je quitte et merci ».

ATT qui n’a plus confiance en ses propres capacités préfère s’en remettre aux femmes, nos mères, nos, épouses, sœurs et filles. Il ajoute : « ni aganan a bè fo bè ba babolo. An bè ba babolo ». Traduction : « quand ça chauffe, on dit que chacun est entre les mains de sa mère ».

Ce n’est pas vraiment dans une partie de plaisir qu’on lance de tels propos. Dans notre société, il est dit que les bienfaits d’une femme sont de meilleures protections pour sa progéniture.

C’est pourquoi dans des situations pénibles ou difficiles, le premier réflexe d’un individu est d’évoquer le nom de sa mère comme dernier rempart. ATT ne s’y est pas trompé.

Au lieu de s’apitoyer et laisser le navire Mali tanguer, ATT ferait mieux de nettoyer les écuries d’Augias. Il sait que l’incivisme et l’impunité ont pris le pas sur le patriotisme, l’autorité de l’Etat.

L’école et les partenaires sociaux sont ignorés ouvrant la voie à des mouvements d’humeur intempestifs qui ont fini par ternir l’image de notre pays.

Idrissa Sako

11 mars 2008.