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«  Les crises actuelles confirment la nécessité de bâtir une nouvelle architecture financière mondiale »


Les 15 et 17 novembre, se sont tenues à Strasbourg, les troisièmes journées européennes de développement. Dans cette ville française, capitale du parlement européen, le Chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré a présenté une communication devant les participants, parmi lesquels, des Chefs d’Etat et de gouvernement, le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Devant cette assistance, ATT a fait le point des efforts du gouvernement malien dans le sens du développement, notamment à travers la décentralisation. Parlant de la crise économique actuelle, il dira qu’elle confirme la nécessité de bâtir une nouvelle architecture financière mondiale.

Dans ses premiers mots, le président de la République dira que ces Journées ont toujours constitué une plateforme de qualité pour débattre des grandes problématiques de la Coopération au Développement et lancer de nouvelles initiatives. Il a d’abord fait allusion au 13ème siècle pendant lequel notre pays s’était doté d’une Charte de Kourougan-Fouga à un moment où les dirigeants européens de l’époque prônaient déjà des idées très libérales.

Cela pour dire que la décentralisation n’es pas assez nouveau. C’est pourquoi, a-t-il, souligné, «  la décentralisation est perçue au Mali comme un facteur incomparable de cohésion sociale, de paix, de sécurité et de stabilité. Pour nous, la décentralisation est l’épine dorsale du processus de démocratisation.

Les approches originales de décentralisation, conçues et mises en œuvre par le Mali, s’appuient sur les facteurs suivants : le socle d’une volonté politique en harmonie avec la conviction que la décentralisation ne peut être réussie sans la déconcentration par étapes successives, en rapport avec les ressources humaines et financières disponibles, en vue d’une croissance forte et d’une meilleure redistribution des richesses ; l’élaboration et la mise en œuvre de réformes conséquentes en vue d’améliorer la gouvernance économique ; l’accompagnement financier et technique de l’Union Européenne et d’autres partenaires au développement« .

ATT s’est félicité du soutien de l’ensemble des partenaires qui ont aidé le Mali à procéder à la mise en place du Projet d’Appui à la Réforme Administrative (PARAD) et du Programme de Développement Institutionnel (PDI), tous deux destinés à l’amélioration de la gouvernance économique, pour une meilleure organisation de l’Etat et la modernisation de son administration en renforçant les capacités de celle-ci.

La décentralisation a été accompagnée par la création d’un instrument financier tout aussi original qu’adapté au cadre d’intervention comme l’Agence Nationale d’Investissement des Collectivités Territoriales (ANICT).

Les programmes de développement mis en œuvre par le truchement de l’ANICT ont permis en cinq ans de doter les Collectivités d’équipements répondant à leurs besoins. C’est ainsi que 3.500 projets ont été financés et réceptionnés par l’ANICT. Ces concours financiers ont favorisé des activités génératrices de revenus, la création de micro entreprises dans de nombreuses localités, rendant ainsi la décentralisation politiquement et économiquement irréversible.

En outre, le Mali a décidé d’expérimenter la possibilité d’atteindre les OMD en les localisant sur une échelle plus réduite avec un échantillon constitué de 166 communes les plus vulnérables aux crises alimentaires.Ces communes regroupent 2.855 villages. Cette initiative novatrice vise à relever le défi du retard accusé dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Pour ATT, l’Union Européenne a fait preuve de beaucoup de pragmatisme et d’imagination avec la formule d’appui budgétaire général comme sectoriel en adaptant ces concours aux circonstances complexes du terrain des Collectivités Territoriales.

 » Cette approche a, dans une large mesure, contribué au succès des actions de financement de l’ANICT, devenu aujourd’hui, un outil exemplaire au service du développement des Collectivités Territoriales, en assurant la fluidité des opérations, leur appropriation par les acteurs locaux et la sécurisation des fonds provenant des ressources d’aide, comme des ressources internes et en garantissant la sécurisation des fonds «  a-t-il souligné.

Avant de poursuivre en ces termes : « mais, toutes ces performances ne doivent pas occulter les problèmes liés à la fragilité des structures en place et des difficultés inhérentes aux transferts effectifs de ressources financières et des compétences en ressources humaines, ainsi qu’à l’indispensable création de ressources financières locales autonomes, par la génération d’activités économiques et d’une fiscalité locale « .

Les efforts déployés visent à combler l’insuffisance persistante en matière de ressources humaines et financières des Collectivités Territoriales et à mettre en place une fiscalité locale appropriée.

Dans les trois secteurs de déconcentration que sont l’Education, la Santé et l’Eau, c’est celui de l’Eau qui a enregistré le plus d’avancées à ce stade, permettant d’envisager l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

 » Il nous faut redoubler d’efforts dans les secteurs de l’Education et de la Santé. La principale leçon que nous tirons de notre expérience est d’abord que le processus de décentralisation nécessite véritablement des actions de longue haleine, qui ne peuvent se mettre en place que progressivement » a-t-il insisté.

Avant de terminer ATT a dit quelques mots sur les crises actuelles qui, assure -t-il,  » confirment la nécessité de bâtir une nouvelle architecture financière mondiale, en impliquant non seulement les pays émergents, mais aussi l’Afrique en vue d’un meilleur équilibre entre le monde industrialisé et le monde en développement . Une chose est sûre, c’est la fin de l’argent facile. Le capitalisme financier ultra spéculatif n’a plus droit de cité. Nous assistons à la revanche de l’économie réelle qui suppose un investissement productif ; et sur ce plan, nos pays ont des opportunités à saisir. L’Afrique offre la rentabilité la plus élevée au monde pour les investisseurs « .


Youssouf CAMARA

20 Novembre 2008