Partager

Le ciel a-t-il entendu le cri de cœur des millions de Maliennes et Maliens vivant dans la précarité et l’injustice économique criarde ? En tous les cas, l’aveu ou la confession du président de la République, Amadou Toumani Touré, est nettement parlant.

En l’absence de tout arbitre totalement impartial pour siffler juste, le chef de l’État s’est montré auto-satisfait de son bilan à la tête de l’Etat, et cela à quelques encablures de la fin de son deuxième et dernier mandat. Aussi bien dans sa traditionnelle émission « Baro« , ses échanges avec la presse dite « bambaraphone » sur l’état de la nation et la conférence de presse qui l’a suivie, devenue elle aussi traditionnelle, il s’est livré à une sorte de lyrisme du genre narcissique. Mais sans préjuger de quoique ce soit, entre nous, et très sincèrement, est-ce que ça va dans ce pays ? Je dirai tout simplement non.

On n’a pas besoin d’être « sorbonnien » ou « hardwarien » pour le savoir. Vraiment pitié tout simplement. Il suffit de faire un tour au bord des grandes artères qui desservent Bamako. Vous ne verrez que des camions et des minis bus remplis de bois et charbon pour approvisionner les ménages de la capitale.

Le même phénomène crève les yeux à l’entrée de toutes les grandes agglomérations de notre pays.
Les fagots de bois et de charbon ont ravi la vedette aux sacs de fruits et légumes, que commerçaient jadis les populations rurales avec celles des villes. Ce spectacle est le premier signe de la précarité dans nos campagnes.

Ce qui est synonyme de l’absence de tous projets ou programmes de développement rural dans notre pays. Tous les économistes le savent. Sans production et sans création de valeur ajoutée, pas de développement. Où en est-il avec la production du bois et charbon ? Qu’ATT nous le dise. Au cas, contraire on serait atteint de cécité intellectuelle.

Un petit rappel des faits peut aider les non initiés à mieux décrypter le problème. Il y a quelques années, le territoire malien, conformément à sa composition géographique, avait été reparti en zone de production agricole intégrée, un peu à l’image du système américain.

Le schéma répartissait le pays en quatre grandes zones agricoles : le Mali-Sud, qui comprenait la région de Sikasso et une partie de la région de Kayes et de Koulikoro, le Séno dans la région de Mopti, le Mali-Centre et le Sahel occidental. Le Septentrion et une partie de la région de Kayes étaient des zones exclusivement d’élevage. Dans chacune de ces zones, une politique agricole particulière y était mise en œuvre.

Le Mali-Sud était réservé au développement des filières agricoles de rente, notamment le coton et l’arachide. La production et la commercialisation du coton et de ses sous-produits étaient gérées par la Compagnie malienne de développement du textile (CMDT), cette entreprise fait encore la fierté de certains de nos leaders politiques, notamment le parrain de l’URD, pour y avoir fourbi ses premières armes en tant que cadre compétent de ce pays.

Quant à l’arachide, sa production et sa commercialisation étaient confiées à l’Office du développement intégré de la production arachidière et céréalière (Odipac). Outre l’encadrement, la CMDT et l’Odipac étaient également chargées de la formation (l’alphabétisation) des producteurs dans leur langue maternelle. Car, il est connu de tous qu’aucun pays ne peut se développer dans une langue étrangère. Si la première est encore dans l’agonie en attendant sa belle mort, l’Odipac est mort et enterré, il y a longtemps.

Mais le gouvernement d’Alpha Oumar Konaré avait compris, que cette zone de grande production ne pouvait être tenu au pilori sur le quai du développement, c’est le financement Odipac et bien d’autres qui sont arrêtés, alors en lieu et place de celui-ci, il a été demandé à la CMDT de prendre la place. Et, jusqu’à la grande crise de 2000, tout allait bien. En plus de ces installations, l’Huicoma, une filiale alors de la CMDT a repris l’ancienne usine de production d’huile de la Sépama. Elle était fermée depuis les années 1980.

Comme autre avantage de la spécificité malienne en matière de démarche de développement à l’époque : à la différence du modèle américain, le Mali avait développé à côté de ces deux produits de rente, les filières céréalières, notamment la culture du sorgho, du mil, du maïs, etc. L’objectif de cette politique était d’assurer au pays son autosuffisance alimentaire. Et, les choses avaient réellement commencé à se mettre en place pour un développement durable dans ces deux zones.

Cette observation était valable pour les autres zones citées . Jusqu’à une date récente, la zone du Séno approvisionnait le marché malien et sous-régional en sorgho. Mais depuis, faute d’encadrement conséquent, les producteurs se sont détournés de la terre et se livrent à une exploitation préjudiciable des ressources ligneuses de nos maigres forêts. Conséquence : c’est le désert qui ravage nos terres avec ses corollaires de famine et de misère.

La preuve, le Septentrion aujourd’hui vit une situation lamentable de sécheresse. Sans pâturage, les bêtes se meurent par milliers. Les populations nomades, qui n’ont de ressources que leur troupeau, assistent impuissantes au désastre. La conjugaison de ces facteurs a également poussé les populations sur le chemin de l’exil forcé. Bamako se remplit chaque jour de nouveaux arrivants.

Le Mali est, certes reconnu pour être un pays d’immigration et d’émigration, mais le mouvement migratoire actuel en dit long sur l’état de pauvreté dans nos campagnes. Il était extrêmement rare de voir une fille ou même un garçon sénoufo ou peul faire le ou la domestique à Bamako, maintenant cette situation crève les yeux.

Ce n’est nullement notre intention de vexer quelque ethnie que ce soit, mais en général, ce sont les jeunes filles en instance de mariage de la région de Ségou et un peu le Ouassoulou ou le Ganadugu dans la région de Sikasso, qui étaient fréquentes à Bamako.

Elles venaient pour la plupart chercher leur trousseau de mariage. Et, une fois que les premières pluies commencent à tomber, elles se précipitaient pour rentrer en famille. Mais, maintenant ceux ou celles qui ne sortaient pas de chez eux, parce qu’ils ou elles avaient suffisamment d’occupations dans leurs villages ou hameaux respectifs, commencent à sortir et le danger, c’est qu’ils ou elles ne veulent même plus retourner en famille.

En dépit de ce spectacle peu reluisant, Monsieur le président de tous les Maliens est auto-satisfait de son bilan. Nous n’avons pas la prétention de dire que tout est noir, mais de grâce, qu’il laisse la place aux observations. On lui reconnaît volontiers, qu’il a trouvé certes des trous dans les pieds de la démocratie malienne, mais son rôle était, et d’ailleurs c’est sa raison d’être, n’est pas président de la République qui le veut, de corriger ces quelques anomalies.

Mais, c’est justement là où il était attendu qu’il a lourdement pêché non pas par « novisme », mais express, parce que c’est très lucratif. C’est entre autres le champ économique et social.

Alassane Touré

Magnabougou

À suivre…

23 Juin 2010.