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Sur invitation de l’association Jeunesse pour le Mali (A.J.M), dirigée par Moussa Mara, l’émission très prisée de RFI, Appel sur l’actualité, animée par Juan Gomez, s’est transportée à Bamako le samedi 22 avril pour un spécial qui avait comme invité de marque le président de la République, Amadou Toumani Touré. Ce dernier a été fortement interpellé par les jeunes à propos de l’école et du chômage qui frappe cette couche importante de la société.

D’entrée de jeu, les jeunes ont fait savoir au président réélu qu’ils ont beaucoup contribué à sa réélection à travers une forte mobilisation dans toutes les régions du Mali.

Cependant, ils sont actuellement découragés parce qu’ils ne voient pas de bonnes perspectives. Aussi, ont-ils dénoncé l’absence d’un ministre jeune au sein de l’attelage gouvernemental, dirigé par Modibo Sidibé.

De plus, ils ont déploré le fait que le département des Sports et de la Jeunesse ne s’occupe que du sport-roi, le football. C’est pourquoi, ils ont souhaité que ce département soit scindé en deux.

En réponse à ces récriminations, le chef de l’Etat, en tenue décontractée, a usé de son humour habituel pour dire aux jeunes que s’il avait demandé à leur structure de lui envoyer deux noms pour la formation du gouvernement, ils auraient mis une année entière avant de se comprendre.

Une manière de relever les ambitions démesurées de certains jeunes et surtout d’expliquer que la jeunesse malienne n’est ni unie ni homogène. Néanmoins, ATT a promis de prendre en compte cette préoccupation, si elle s’avère bien. C’est dire que la rentrée d’un ou de plusieurs jeunes au sein du gouvernement n’est pas pour demain.

Le président de la République a également été fortement interpellé sur l’école. Nombreux sont les jeunes qui ont dénoncé le système actuel, caractérisé par «l’absence d’école» pour un pays qui entend booster son développement.

Un jeune s’est lamenté en ces termes : «Monsieur le président, j’ai mon bac en poche, je suis orienté à la Faculté des Sciences juridiques et politiques (FSJP). La rentrée scolaire est effective depuis octobre 2007 mais je suis toujours à la maison en train d’attendre. Faites quelque chose pour nous, Monsieur le président».

En réaction à cette interpellation, ATT a d’abord déclaré que «c’est à cause des jeunes que j’ai accepté de prendre tous les risques. Le 26 mars 1991 personne n’est allé me chercher. Le pays brûlait et lorsque je venais aux affaires, il n’y avait que 300 millions de FCFA au trésor public. Mon objectif est de permettre à 100% des enfants d’aller à l’école. L’Etat fait de son mieux et affecte 30% de son budget à l’éducation. C’est vrai que depuis octobre 2007, il n’y a pas eu de composition au niveau de l’enseignement secondaire et beaucoup de Facultés n’ont pas démarré les cours. En réalité, depuis 20 ans, il n’y a pas d’école. L’université a ouvert ses portes en 1996 sur l’existant. On a mis la charrue avant les bœufs. Je n’étais pas là mais j’assume cette responsabilité et cherche à apporter des corrections. C’est ainsi que nous avons doté l’université de 70 bus, construit des salles des classes et des amphithéâtres. Dans quelques jours, nous allons inaugurer deux Facultés : la FSJP et la FSEG».

En outre, ATT a pointé un doigt accusateur sur le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) qui «a tué l’école en Afrique. La politique du PAS a été un échec. Elle n’a apporté aucun fruit. C’était une camisole de force».

Enfin, ATT s’est vu bombardé de questions relatives à l’emploi des jeunes. Ses interlocuteurs se sont montrés très inquiets face au chômage et au manque d’initiative du pouvoir pour endiguer ce phénomène. «Faites sortir les dossiers, les projets viables, je vais m’engager et toutes les banques maliennes qui nous appartiennent vont nous accompagner dans la recherche de financement. J’ai créé l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (APEJ) et l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) pour vous aider à sortir du cercle vicieux et vous permettre d’avoir de l’expérience et la formation continue. D’ici 2012, je créerai 50 000 emplois publics et parapublics» a promis le locataire de Koulouba.

Par ailleurs, il a été interrogé sur le sens de «Bè Bi Ba Bolo» et il a répondu par un proverbe rwandais : «Lorsque tu demandes à la mémoire d’aller te chercher du bois mort, il te ramènera le fagot qui lui plat». Et ATT d’ajouter que : «beaucoup de gens, comme la mémoire, apportent le fagot qui leur plaît».

Chahana TAKIOU

27 mars 2008.