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Le chef de l’État a fait de ces principes cardinaux sa ligne de conduite pour que les Maliens puissent, ensemble, jeter les bases d’un nouveau contrat social entre l’État et les citoyens. La rencontre d’hier avec la classe politique participe de cette démarche

En conviant hier les responsables de partis de politiques au palais de Koulouba, le président de la Transition a d’abord voulu réaffirmer les principes cardinaux de sa ligne de conduite que sont l’équité, l’inclusivité et le consensus. Ensuite, le colonel Assimi Goïta les a invités solennellement à participer aux Assises nationales de la refondation (ANR) qui tenteront de cerner les dysfonctionnements de notre architecture politico-institutionnelle et proposer des solutions.

L’exercice impose une démarche permettant de prendre en compte toutes les opinions, singulièrement celles des acteurs politiques. Nombre d’entre eux ont été reçus en audience, ces dernières semaines, par le chef de l’État qui a décidé de prendre la main pour forger le consensus nécessaire à la réussite du processus de refondation. La rencontre d’hier est donc un pas de plus vers l’inclusivité, souhaitée par les acteurs politiques et érigée en principe sacro-saint par le président de la Transition.

Plusieurs leaders de partis et de regroupements politiques, y compris ceux du Cadre d’échange des partis politiques pour une transition réussie, étaient présents à cette rencontre censée impulser une dynamique nouvelle dans la matérialisation des changements nécessaires à l’émergence du Mali nouveau. Leur présence en grand nombre a été interprétée par le président Goïta comme une preuve d’engagement pour la cause nationale, «cause qui ne peut être mieux défendue que par la conjonction des efforts de toutes les parties prenantes».

C’est aussi le signe d’une conscience aigüe que notre pays ne sortira de cette impasse que quand ses fils et ses filles se mettront ensemble. «Il est impérieux de réaliser une union sacrée de tous les Maliens, quel que soit le bord politique ou religieux auquel ils appartiennent», a clamé haut et fort le chef de l’État qui compte tout mettre en oeuvre pour y parvenir. Il a engagé tous ceux qui l’accompagnent à en faire autant.

UNE VICTOIRE POUR LA DÉMOCRATIE- Le colonel Assimi Goïta a invité, de façon solennelle, «tous les acteurs politiques sans exclusive», à participer aux Assises nationales de la refondation «afin que les Maliens puissent, ensemble, jeter les bases d’un nouveau contrat social entre l’État et les citoyens ». Et, a-t-il poursuivi, «tout en étant une des conditions de la réussite de cet évènement, cette participation massive de la classe politique dans son ensemble constituera une victoire pour la démocratie malienne».

Ces ANR seront l’occasion d’engager, sur la base de discussions franches, l’indispensable œuvre de refondation de notre pays qui se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Il faudra identifier les écueils qui ont jusque-là corseté notre pratique démocratique et dégradé notre système de gouvernance, y compris la gouvernance du secteur de la sécurité.

L’ambition de corriger les dysfonctionnements révélés par la pratique institutionnelle et démocratique dans notre pays n’est pas nouvelle. Les ANR se veulent un tremplin pour repenser les propositions de réformes faites lors de précédentes rencontres. Selon le président de la Transition, elles devront contribuer à capitaliser les conclusions, recommandations et résolutions des différentes rencontres comme la Conférence d’entente nationale, le Dialogue national inclusif et les Journées de concertation nationale sur la Transition.

Également, s’agira-t-il de mettre à jour les préoccupations des populations en leur «proposant un nouveau contrat national de stabilité sociale, politique, sécuritaire, économique». Il reviendra donc aux Maliens d’établir l’ordre de priorité des réformes globales à réaliser dans le cadre de la refondation de l’État et d’identifier les actions à caractère exécutoire avec un chronogramme précis. Enfin, a annoncé le chef de l’État, il sera mis en place un mécanisme de suivi-évaluation des recommandations retenues.

Réussir le challenge de la refondation n’est possible que si chaque Malien s’impose des sacrifices. Les défis sont nombreux et le «gouvernement ne saurait seul faire face», a concédé le chef de l’État qui a sollicité «l’accompagnement indispensable» de la classe politique pour les relever. D’ores et déjà, le colonel Assimi Goïta s’est dit sûr que des ANR, sortiront des propositions concrètes qui nous permettront d’avancer.

Auparavant, le ministre de la Refondation, chargé des Relations avec les institutions, Ibrahim Ikassa Maïga, a jugé utile de rappeler que « nous sommes dans une transition, parce qu’il y a une crise multidimensionnelle qui frappe notre pays depuis une dizaine d’années ».

Une crise qui ébranle l’État dans ses fondements, notamment sur les plans politico-institutionnel, sécuritaire, sociétal. Et, selon lui, les initiatives n’ont pas manqué pour apporter les solutions aux différentes difficultés constatées. Sauf que « ça nous a pas évité un délitement de l’État encore plus profond», a déploré le ministre pour indiquer la nécessité de s’engager dans un processus de refondation dont les contours seront fixés par l’ensemble des Maliens à l’occasion d’ANR. Il s’agira de capitaliser « tout ce que nous avons pu tenter jusque-là », a-t-il résumé.

Visiblement, cette rencontre a rassuré les acteurs politiques. Les responsables du Cadre d’échange des partis politiques pour une transition réussie au Mali, ont bien apprécié cette initiative du président de la Transition. «On fait de la politique pour servir son pays. Nous savons que notre pays a besoin de rassemblement, de cohésion et d’union» a déclaré Amadou Koïta qui a salué le «président de la Transition pour cette recherche d’inclusivité et de consensus». Le Cadre participera-t-il aux Assises ? L’espoir est permis.

Nous avons souhaité tout simplement que les TDR des ANR soient révisés, que les ANR soient dissociées du délai imparti qui a été acté lors des concertations nationales. Si cela est fait, je pense que nous sommes un pays de dialogue…», a estimé l’ancien ministre Koïta. En d’autres termes, les responsables du Cadre ne ferment pas la porte au dialogue et n’excluent pas une possible participation aux ANR. Du côté du parti Union pour la démocratie et la République (URD), l’on est formel : « Nous allons participer aux ANR », a confié le Pr Salikou Sanogo, rappelant que son parti, membre du M5-RFP, a toujours souhaité un tel dialogue.

Issa DEMBÉLÉ

Source: L’Essor