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Depuis le 28 février se tiennent à Bamako les assises de la cour d’appel qui seront closes demain. Pendant 20 jours donc, les criminels de tout acabit répondent de leurs actes devant les magistrats. Les affaires inscrites au rôle concernent des cas de vol qualifié et complicité, d’association de malfaiteurs, d’homicide volontaire ou involontaire, de viol etc….

Le lundi 10 mars, la salle d’audience Boubacar Sidibé de la cour d’appel était à son 11e jour d’audience. Le rôle affichait « Ministère Public contre Salif Coulibaly, Mahamane Maïga, Salia Coulibaly, Dramane Koné, Seydou Dao et Zoumana Mallé », tous accusés d’association de vol qualifié et complicité, et d’association de malfaiteurs. Ceux qui comparaissaient ce jour là avaient défrayé la chronique en 3e région, surtout dans la ville de Sikasso et de Koutiala, de 2002 à 2004. En effet, il n’était pas prudent de s’aventurer à une heure tardive de la nuit au risque de se voir agresser par des malfrats organisés et qui dictaient leur loi.


Bref rappel des faits

Courant 2004, Salif Coulibaly, une figure de proue du grand banditisme à Sikasso, condamné à cinq ans d’emprisonnement par le tribunal correctionnel de Sikasso pour des vols, s’évade de la prison agricole de Konseguela où il purgeait sa peine.

Il regagne aussitôt Sikasso où il entreprend rapidement de revenir sur sa profession de foi, le vol organisé. A cette fin il s’attache les services de Ousmane Traore, aussi connu pour ses antécédents judiciaires et d’un certain « Bozo » dont le nom ressort dans plusieurs agressions du même genre à Sikasso. Pour les besoins de la cause, tout un arsenal fut réuni dont un pistolet automatique de fabrication artisanale, des fils de fer et des bâtons.

Cette fois-ci, la cible choisie, ce sont les engins à deux roues. Pour leur première opération, il s’en prennent à Tidiane Traoré qui conduisait une mobylette « Ninja » sur laquelle il remorquait la demoiselle Mariétou Koné, dans la nuit du 23 août 2004, dans le quartier de Sanoubougou, à une heure tardive de la nuit. Surpris par ses agresseurs qui surgirent devant lui en lui braquant avec une torche, Tidiane reçut un coup de feu qui le blesse légèrement avant de se voir déposséder de son engin par Salif Coulibaly et Ousmane Traore.

Dans la nuit du 07 septembre 2004, nos deux compères firent encore une autre victime, cette fois sur la route de Lafiabougou. L’importuné, Cheick Oumar Coulibaly reçut un coup de bâton sur la nuque avant de se voir spolier de sa motocyclette. Les malfrats commettront encore plusieurs autres forfaits. Les engins ainsi saisis étaient acheminés systématiquement à Koutiala où ils étaient remis à Mahamane Maïga qui se chargeait de les écouler.

Au passage, soulignons que Mahamane Maïga a séjourné en prison avec ses pourvoyeurs pour des faits similaires.
Mahamane Maïga écoula deux des mobylettes issues de ces forfaits par l’intermédiaire des nommés Dramane Koné, Seydou Dao et Zoumana Mallé. Il vendit plusieurs autres engins dont notamment des Yamaha Dame et Yamaha 100 à Salia Coulibaly qui, bien que revendeur d’engins à deux roues, n’exigeait les pièces administratives.

Peines partagées

Grâce aux informations de la population, la force publique finit par mettre le grappin sur les malfrats. Deux d’entre eux, Salif Coulibaly et de Mahamane Maïga, ont été mis sous mandat de dépôt le 24 septembre 2005. Ils comparaissaient le 11 mars pour répondre de leurs actes devant l’auguste cour présidée par Zoumana Moussa Cissé, conseiller à la cour d’appel de Bamako, assisté de Mme Madeleine Maïga, également conseiller à la cour d’appel de Bamako et de N’Daou juge au siège en commune V.

Le greffe était assuré par Mme Sissoko Mouna Dianka et le banc du ministère public occupé par Mamadou Makan Sidibé, substitut au procureur de la commune II. Quatre assesseurs complétaient la cour.

Quant aux accusés, ils étaient défendus par deux grands Avocats, à savoir Maître Chouaïbou Karamoko Baby et Maître Mohamed Goïta.

Pendant plus d’une heure d’horloge, nos brillants avocats ont défendus les deux accusés en s’appesantissant sur le « casier judiciaire vierge » de Mahamane Maïga, et sur la situation sociale de Salif Coulibaly. En effet, ce dernier a perdu très tôt ses parents et a passé une enfance difficile et presque solitaire. Orphelin dès son jeune âge, Salif Coulibaly s’est débrouillé tout seul dans la vie, sans soutien familial. Confronté aux dures réalités de la vie, il fut donc obligé de s’adonner au vol. Maître Goïta implora donc la clémence de la cour, car selon lui,« la loi pénale n’est pas faite seulement pour réprimer, mais aussi pour donner la chance aux prévenus de s’insérer socialement ».

Après délibérations, la cour a retenu contre Salif Coulibaly les charges de vol qualifié avec association de malfaiteurs et estimé que, dans ces conditions, il ne pouvait en aucun cas bénéficier de circonstances atténuantes.

Quant à son compère, Mahamane Maïga, la cour n’a retenu contre lui que les charges de complicité de vol et a, par conséquent, lui a accordé de circonstances atténuantes.
La cour a alors condamné Salif Coulibaly à 8 ans de réclusion et Mahamane Maïga à 5 ans de réclusion.
Quant aux autres, à savoir : Salia Coulibaly, Dramane Koné, Seydou Dao et Zoumana Mallé, ils ont été condamnés par contumace à la peine de mort.

Klèzié

17 Mars 2008.