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Comment l’occupation est vécue au Nord du Mali? Quelles solutions de sortie de crise les populations sous occupation des différents groupes présents au Nord préconisent-elles? Telles sont les questions qui ont amené l’organisation pendant deux jours des Assises de l’occupation par la Coalition pour le Mali.
Donner la parole aux habitants des régions occupées du Nord du Mali; leur permettre de formuler leurs propres propositions de sortie de crise; débattre du rôle et de la place des religions dans notre pays; examiner la relation des populations de Gao, Kidal, Tombouctou et Mopti à l’Etat central et faire des forces vives du Septentrion malien des partenaires incontournables dans toute recherche de solutions aux crises du Nord du Mali. Ce sont les résultats attendus des travaux, organisés pour la première fois à une aussi large échelle.

La Coalition pour le Mali, qui signe ainsi sa troisième grande activité à Bamako, mais s’est aussi rendue sur le terrain et a produit ensuite un Rapport contenant plusieurs recommandations à l’attention du président de la République et du Gouvernement, estime que, «en démontrant qu’il est possible d’aller à Kidal, Gao et Tombouctou et de parler aux acteurs locaux, y compris aux forces vives locales et aux leaders des groupes armés, elle a ouvert le chemin d’un dialogue qui, s’il est inclusif et bien conduit, est susceptible de produire des résultats probants».

Ce dialogue inclusif, dont les présentes Assises sont l’un des temps forts, est ainsi mené suite à la volonté des «leaders de mouvements de jeunes et comités de crise qui ont proposé à la Coalition la tenue de forums pour discuter des réalités de l’occupation et esquisser des solutions de sortie de crise». Au premier plan, les témoignages sur le vécu quotidien des populations sous occupation, poignants comme l’on peut s’en douter. Car nul ne peut mieux qu’elles dire ce que c’est que d’être face au MUJAO, au MNLA, à Ansardine et à AQMI, avec son cortège de brimades, d’exactions et même, désormais, d’exécution.

Vivre l’application de la Charia au quotidien, c’est ne plus avoir droit à une quelconque distraction, vivre recluses pour les femmes de tout âge et veiller scrupuleusement à adapter son habillement lorsque l’on va en ville pour les hommes. C’est aussi ne plus pouvoir enseigner, à moins de transformer son école en médersa, ne plus pouvoir mener son petit commerce et ne plus pouvoir travailler dans une radio locales, celles-ci étant devenues des instruments de propagande pour les occupants et leur vision de la foi.

Grâce à l’ambassade royale des Pays Bas, qui a financé les Assises de l’occupation parce que, comme l’a joliment dit l’Ambassadeur «si le Mali a aujourd’hui perdu les 2/3 de son territoire, il n’a pas perdu les 2/3 de sa dignité», les dirigeants de la Coalition pour le Mali et les forces vives locales ont permis à l’assistance, nombreuse et de haute volée, de toucher du doigt les dures réalités de la vie actuelle au Nord du Mali.

Ils l’ont aussi amenée à s’interroger sur les solutions durables de sortie de crise. Négocier avec qui et quand? Faire ou ne pas faire la guerre? Quel est l’état des lieux de la résistance interne? Quelles réponses des cadres locaux de concertation? Comment réunifier le pays? Comment restaurer la cohésion nationale? Quel sera le visage du Mali qui émergera de la crise? Telles sont les questions brûlantes de l’heure, auxquelles, nous l’espérons, les travaux, qui prennent fin aujourd’hui, permettront d’apporter des débuts de réponses.

Ramata Diaouré

04 Octobre 2012