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Au nom de l’islam, des militants d’Ançar Eddine ont mis fin à la vie de deux jeunes Touaregs par lapidation à Aguelhok dans le Nord-est du pays. Des témoins racontent que les islamistes avaient placé le jeune homme et la jeune femme dans des puits différents, puis les avaient frappés à coups de pierres, alors que trois cents de leurs voisins assistaient à la scène en silence.

Le couple qui habitait le faubourg d’Ansongo a été condamné à mort par lapidation pour adultère (concubinage) par les islamistes qui règnent en seigneur dans le Septentrion malien. La jeune femme, selon des sources, attendait un bébé. Le couple a été lapidé uniquement sur la base d’aveux extorqués et n’a pas été défendu par un avocat lors de l’audience.

Que dit le droit face à la pratique ignoble des islamistes ? Professeur de droit à l’Université de sciences politiques et relations internationales (USPRI) de Bamako, le Dr. Assimi Diarra, tranche : « La lapidation viole les obligations légales internationales du Mali en vertu de plusieurs instruments relatifs aux droits humains ratifiés par notre pays ».

A ses dires, ceux-ci comprennent notamment la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, « qui ont clairement interdit toutes les formes de torture et de châtiments cruels, inhumains ou dégradants ». En outre, dit-il, comme l’a réaffirmé le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies et le Comité des droits de l’Homme, la peine de mort pour adultère n’entre pas dans la catégorie internationalement reconnue de « crimes les plus graves justifiant une peine de mort ».

Et de faire référence aux textes fondamentaux du pays, qui stipulent que quiconque est accusé d’un crime grave a le droit de se défendre par l’entremise d’un avocat ou de disposer d’une aide juridique fournie par l’Etat, ce dont n’a pas bénéficié le jeune couple d’Aguelhok.

Le spécialiste du droit accuse les islamistes d’aveux soutirés sous la contrainte qui ne devraient pas être recevables devant un tribunal et ne peuvent valoir la peine de mort. Selon le droit international, conclut-il, « une exécution à la suite d’un procès qui n’a pas respecté les normes internationales d’équité constitue une violation du droit à la vie ».

Amadou Sidibé

Les Echos du 19 Octobre 2012