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Ce sont les ministres en charge de l’Éducation (Amadou Touré des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique et Mme Sidibé Aminata Diallo de l’Éducation de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales) qui étaient face aux élus de la nation.

Dès le début de la séance, l’honorable Moriba Kéita, président du groupe parlementaire RPM, a demandé une motion de procédure.

Il a alors lu une déclaration au nom des groupes parlementaire de l’opposition (RPM et PARENA-SADI). Dans cette déclaration, Moriba Kéita a dénoncé la répartition du temps de parole accordé à chaque groupe parlementaire.

Selon ses calculs, c’est un septième du temps de parole qui est accordé à l’opposition soit 20 minutes contre 3h 40 au gouvernement et à la majorité sur un total de 4 heures. Accepter cela, revient, de son point de vue, à accepter de servir de « faire valoir démocratique« . D’où la décision des deux groupes de ne pas prendre part au débat.

Le président de l’Assemblée nationale a expliqué que la répartition du temps de parole a été faite de façon démocratique, c’est à dire en tenant compte de la représentativité de chaque groupe parlementaire. Ce qui donne effectivement un septième du temps à l’opposition avec ses 20 élus.


Etat de déliquescence avancé

Dioncounda Traoré a rejeté toute injustice et rappelé que l’interpellation était le fait d’élus de la majorité.

Il a invité les députés de l’opposition à reconsidérer leur position et à intervenir dans le débat, assurant qu’il s’emploierait que tous aient les mêmes droits. Les deux présidents des groupes de l’opposition ont confirmé s’en tenir à leur déclaration antérieure.

Les débats se sont engagés sur une note introductive sur les problèmes de l’école élaborée par la commission de l’éducation, de la culture et de la communication du parlement.

Le texte fait état d’une « crise presque endémique » du système éducatif malien, une crise « générale et profonde ».

Il fait remonter aux années 80, les débuts des difficultés avec la mise en œuvre du Programme d’ajustement structurel (PAS) avec les partenaires multilatéraux du Mali (FMI et Banque mondiale).

Conséquences : le gel de la formation et du recrutement des enseignants, de la construction et de l’équipement des infrastructures, du financement de l’enseignement supérieur et de la recherche et la « libéralisation de l’éducation ».

« Depuis ces années fatidiques, poursuit la note, l’école malienne est dans la tourmente« , fabriquant des chômeurs.

Après les événements de mars 1991, la IIIè République a hérité de ce système en « état de déliquescence très avancé« . Le Programme de développement décennal de l’éducation (Prodec) lancé à partir de 1998 a permis de construire de nouvelles infrastructures, d’équiper les écoles, et ainsi d’augmenter sensiblement le taux de scolarisation.

Mais des difficultés demeurent comme la soumission de l’école aux restrictions budgétaires et autres conditions du PAS, le problème des écoles privées, le déséquilibre entre formation et emploi et entre les grandes écoles, les filières courtes et les filières longues de l’enseignement supérieur.

La note commente les difficultés de chaque ordre d’enseignement avant de rappeler que depuis un certains temps, la crise se manifeste par des années « blanches« , « facultatives » ou « invalides » à cause des nombreuses grèves.

« De quelle école dispose le Mali ?« . De quelle école a-t-il besoin ? Quelle école, peut-il s’offrir ? Quelles solutions peuvent être envisagées pour sortir l’enseignement secondaire du blocage actuel ? C’est par ces interrogations que s’achève la note.

Le décor planté, le débat pouvait être lancé. Les questions des députés ont porté sur la situation des écoles privées et des écoles communautaires, sur leur transformation en écoles publiques.

Ils ont évoqué l’homologation des diplômes des écoles supérieures privées, la situation dans le secondaire, dans le supérieur, les négociations avec les syndicats, la bibliothèque universitaire, le Prodec…

23 Points d’intervention

Les réponses du gouvernement sont venues en deux temps avec chacun des ministres en charge de l’éducation.

Celui des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique a recensé 23 points d’intervention et a répondu point par point. Il a reconnu des difficultés avec les écoles privées, qui pour lui sont plutôt des écoles « parapubliques » qui accueillent l’essentiel des élèves que l’État y envoie.

Le département s’emploie aussi à chercher une solution à l’homologation des diplômes des écoles supérieures privées. La question de la bibliothèque universitaire centrale est aussi à l’examen. Amadou Touré a condamné la « politisation » et la « marchandisation » dans l’espace scolaire et universitaire.

Évoquant les grèves et le conflit actuel avec les syndicats du secondaire, il a rappelé les efforts déployés pour satisfaire 27 des 31 points de revendication. Il a expliqué la difficulté à faire face à des revendications comme l’octroi d’indemnité de logement.

Ce serait, a-t-il dit, le début d’autres revendications. Il a reconnu la réalité de la baisse de niveau et la nécessité de mieux gérer les flux.

Mme Sidibé Aminata Diallo a indiqué que la transformation progressive des écoles communautaires en écoles publiques allait se poursuivre.

En termes de formation et de recrutement des enseignants, le Prodec prévoit l’ouverture de 14 instituts de formation des maîtres. Les efforts pour offrir aux enseignants de bonnes conditions de travail vont se poursuivre, a assuré le ministre de l’Éducation de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales.

A l’issue des débats, les députés ont adopté une résolution sur les problèmes de l’éducation dans notre pays. Le texte salue la tenue prochaine d’un forum national sur l’éducation, prend acte des efforts du gouvernement dans les domaines de la scolarisation, de la réduction de la disparité entre filles et garçons, de la réalisation et de l’équipement des infrastructures.

Les élus invitent le gouvernement à accélérer la construction et l’équipement des lycées, établissements techniques et professionnels, à appuyer les écoles communautaires et poursuivre leur transformation.

Le gouvernement est aussi invité à mieux gérer les flux, à renforcer la politique de formation initiale et continue, à lutter contre la corruption, la violence et l’indiscipline et à mieux contrôler les écoles privées et communautaires.

Les députés recommandent au gouvernement de faire de l’université une priorité nationale, de restaurer l’autorité de l’administration scolaire et universitaire, de sécuriser le domaine universitaire, d’adopter une méthode pédagogique claire adaptée et partagée par tous les acteurs de l’éducation.

La résolution sera transmise au Premier ministre, chef du gouvernement. Nous reviendrons sur le second volet de l’interpellations dans nos prochaines éditions.


A. LAM

23 Mai 2008