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Face aux rumeurs grandissantes qui accablent le gouvernement malien d’avoir ou de vouloir autoriser l’expérimentation de ces cultures, le ministre de l’agriculture, Seydou Traoré, a été interpellé par l’honorable Boubacar Touré, député élu à Niono.

Dans une série de questions qui dénotent de sa familiarité avec le domaine, le député de Niono tenait à savoir, entre autres, si le Mali a un programme sur les OGM. Définissant le contexte de ses préoccupations, il rappela que parallèlement au développement des cultures transgéniques aux portes de notre pays, le malaise et l’opposition du public à l’intrusion des plantes génétiquement modifiées dans notre vie et surtout dans notre alimentation grandissent au même rythme.

En effet, les gens n’ont pas de connaissance scientifique de base, notamment en biologie, pour comprendre ce qu’est la technologie des OGM. « Nous vivons dans un climat de peur créé par une succession d’événements troublants : sang contaminé par le virus du Sida, vache folle, bœuf aux hormones, poulets à dioxine et autres boues d’épuration, bactérie listeria …« , a expliqué l’honorable Touré.

« L’image catastrophe » du génie génétique s’est emparée de notre société à l’instar du livre de Raymond Castelles. « Des inconnus dans nos assiettes« , D. Benoît-Browaeys Editions, 1998) que le député interpellateur a cité.

« Le génie génétique, c’est presqu’un concentré d’angoisse : il bouscule l’identité des légumes, fruits et graines et, pour comble, il reste intangible, visible. Ainsi, le spectre d’une transformation insidieuse, insaisissable, difficile à caractère, trouble les esprits … La peur d’une technologie perçue comme venue d’ailleurs et non naturelle« , a narré l’honorable Touré.

Selon les dernières statistiques mondiales, les surfaces plantées en culture transgéniques ont été multipliées par dix en l’espace de dix ans. Elles s’élevaient en 2003 à plus de 60 millions d’hectares. Les principaux pays concernés sont les Etats Unis (74% du Soja américain en 1999 était transgénique).

La fulgurante expansion des biotechnologies est telle qu’il sera impossible, d’ici une dizaine d’années, d’avoir un système de production alimentaire moderne et totalement exempt de plantes génétiquement modifiées. Et le député de Niono de dire qu’il importe désormais de soumettre les technologies géniques à un examen scientifique préalable approfondi sur le plan de la santé et de l’environnement.

« Maîtriser ce rythme de développement face à une gamme toujours croissante de PGM va constituer un défi pour toutes autorités« , conclut l’honorable Boubacar Touré.

Le ministre malien de l’agriculture n’entendait pas se déroger à ce défi. Voulant couper cours aux rumeurs, Seydou Traoré expliqua que le Mali n’a jamais expérimenté les OGM que les chercheurs du pays n’ont ni le cadre réglementaire ni les moyens matériels de le faire.

« Le gouvernement ne va pas à l’encontre de la loi« , a martelé Seydou Traoré. En réalité, la question des OGM se pose en deux termes : l’éthique et l’économique.

Le premier qui relève des risques sanitaires et environnementaux, bien qu’inquiétant, fait moins peur chez nous que le second.

Le pire danger lié aux OGM, explique-t-on, est en effet le « terminator« , couverture protectionniste prédestinant les paysans à une dépendance à vie aux semences trangéniques dont les prix pourraient se trouver loin de leur portée.

Ismaïla Diarra

02 juin 2006.