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Renvoyées en octobre dernier, les discussions sur le projet de loi sur l’abolition de la peine de mort vont marquer de façon indélébile la présente session de l’Assemblée nationale au même titre que ceux sur la répression contre le terrorisme. Les débats seront âpres et les coups de gueule n’y manqueront pas.

Lors de l’ouverture de la session ordinaire de l’assemblée nationale le 7 avril, le président de cette institution a solennellement annoncé sa volonté de voter le projet de loi sur l’abolition de la peine de mort qui avait été retiré sous la pression. Du coup, on se demande si cette décision n’entraînerait pas de soubresauts. Ce projet qui a provoqué un tollé général des religieux est doublé de celui sur la répression du terrorisme entre autres.

Selon le président de l’Assemblée nationale, deux projets de loi devront retenir l’attention : le projet de loi portant abolition de la peine de mort, et celui portant répression du terrorisme en République du Mali. « Inscrits à l’ordre du jour de notre dernière session, nous avions décidé de leur renvoi, en toute souveraineté, parce qu’ayant jugé plus sage d’attendre d’être à même de les étudier avec toute la sérénité requise, et après avoir recueilli les sentiments de nos populations, lors de nos missions de restitution », a déclaré Dioncounda Traoré.

Le président de l’Assemblée nationale serait plus complet, seulement, s’il avait rappelé les protestations et autres marches de mécontentements que ce projet de loi a suscitées chez les populations. Le tollé général tenait à la foi à la forme et au fond quant au projet gouvernemental d’abolir la peine de mort.

D’abord, le projet de loi qui n’a fait l’objet d’aucun débat avant sa soumission au parlement n’est retrouvable nulle part dans les discours de campagne du candidat ATT. Il est tombé, en tout cas dans le contexte malien, comme un cheveu dans la soupe. Car le sujet n’a aucune urgence à côté d’autres sur lesquels l’Etat se révèle incapable à trouver une solution. Ensuite, la peine de mort se trouve être un sujet éminemment religieux dans une société musulmane, même si l’Etat est laïc. Enfin le projet paraît plus comme un clin d’œil aux bailleurs de fonds, que la réponse à un problème réel.

Selon Dioncounda Traoré, le projet de loi portant abolition de la peine de mort relève du choix de société, en même temps que du cas de conscience. « La présente session sera donc pour nous, j’en suis persuadé, l’occasion de légiférer sur ces questions sensibles, en notre âme et conscience, avec courage et détermination, et toujours dans l’intérêt exclusif du peuple du Mali et de la Communauté internationale », a-t-il ajouté.

Lors de la première session ordinaire, le parlement malien a planché sur la Loi de finances pour l’année 2008 et 36 autres projets de loi. Il en a adopté 31 dont la loi de Finances. A l’en croire la présente session fera autant.

Selon le président de l’Assemblée nationale du Mali, Dioncounda Traoré, « le climat de pluralisme dans la convivialité qui, aujourd’hui, caractérise l’Assemblée Nationale du Mali, fait que, de plus en plus, l’ordre des matières prend le pas sur l’ordre des raisons. Et c’est heureux. Ainsi, les projets et propositions de loi sont-ils discutés de façon sereine et approfondie, entre une majorité et une opposition, toutes deux républicaines et n’ayant d’autres soucis que l’intérêt général ». Il s’est engagé à tout mettre en œuvre afin d’approfondir cet esprit qui témoigne, selon lui, de la maturité du processus démocratique malien.


Crise du Nord

Le président Dioncounda Traoré a, au nom de la Représentation Nationale, invité Ibrahim Bahanga à saisir les opportunités encore offertes de règlement fraternel de cette crise qui n’a que trop fait saigner le Mali. « Je voudrais notamment les inviter à saisir l’opportunité que leur offre le récent protocole d’entente de Tripoli », a-t-il appelé.

Le président de l’Assemblée nationale s’est interrogé : « Pourquoi ces compatriotes demandent-ils avec une inquiétante constance l’allègement de la présence de l’armée nationale du Mali dans la région de Kidal ? Que veulent-ils ? Cette région n’est-elle pas partie intégrante du territoire malien ? Ou bien, faut-il consacrer une sorte de no man’s land où l’on pourrait se livrer impunément à toutes sortes d’activités peu avouables ? Nous tenons à réaffirmer que le peuple malien souverain doit exercer cette souveraineté pleine et entière sur la totalité de son territoire.
C’est pourquoi, je voudrais saluer nos Forces Armées et de Sécurité pour leur engagement à défendre la patrie, en tout temps et en tous lieux
»


L’école et les fondements de la République entamés

« L’Ecole malienne est en panne. Partout en République du Mali, lentement, mais inexorablement, le système éducatif périclite, et l’Ecole publique s’éteint. Au cours des restitutions, les députés ont pu mesurer combien grande est l’angoisse nationale dans ce domaine. Car une nation dont l’Ecole dépérit est une nation sans avenir. Qui plus est, lorsque l’Ecole publique décline, l’égalité des chances entre les citoyens s’amenuise. La République est alors touchée jusque dans ses fondements », selon Dioncounda Traoré.

Selon lui plusieurs établissements du cycle de l’enseignement secondaire public n’ont pas encore procédé à une évaluation. De même, plusieurs ordres d’enseignement supérieur, à l’instar de notre Ecole Nationale d’Administration, n’ont pas encore entamé les cours.

Pour sa part, l’Assemblée nationale du Mali adhère à la requête gouvernementale appelant à un moratoire qui permettrait de trouver les voies et moyens pour la nécessaire refondation avec courage et quelques sacrifices inévitables.

Vie chère

Dans les pays en voie de développement, et plus particulièrement dans les Pays les Moins Avancés, les PMA, comme le nôtre, la flambée des prix des produits de première nécessité, plus particulièrement des denrées alimentaires prend des proportions dramatiques. Les familles ont grande peine à se nourrir, à se soigner, bref, à satisfaire leurs besoins les plus naturels, a reconnu Dioncounda Traoré.

« Pour être durablement à l’abri des crises engendrées par les flambées de prix, il n’y a pas de mystère : nous devons travailler, travailler encore, et travailler toujours, pour produire plus et à moindre coût. Nous devons également consommer prioritairement les biens et services que nous aurons ainsi produits. Et enfin, nous devons nécessairement inscrire la recherche des solutions de sortie de crise dans la solidarité et la complémentarité sous régionales ».

L’ouverture solennelle de la session d’Avril de l’Assemblée nationale s’est déroulée en présence des représentants des parlements de pays voisins comme le Burkina Faso, la Mauritanie, la Guinée Conakry et le Sénégal.

Les parlements burkinabé et mauritanien étaient représentés par leurs présidents respectifs, à savoir Roch Marc Christian KABORE et Messaoud Ould Boukheir. Les présidents de parlement de la Guinée et du Sénégal empêchés se sont faits représenter. L’assemblée nationale de la Guinée procédait le même jour à l’ouverture de sa session, alors que les députés sénégalais étaient endeuillés par la perte de leur 5è vice président.

B. Daou

09 avril 2008.