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Située au centre de Bamako, pardon, au coeur du Grand marché de la capitale, l’Assemblée nationale du Mali est envahie tous les jours par toutes sortes de personnes, y compris les marchands et certaines jeunes filles, indécemment habillées. Face à ce vacarme, le président de l’institution, Dioncounda Traoré, a pris une série de mesures pour durcir les conditions d’accès à l’Hémicycle.

Elles concernent les chefs des institutions, les chefs des missions diplomatiques, les agents du protocole de la République, les officiers des forces armées et de sécurité… et même les journalistes.

L’Assemblée nationale du Mali incarne la maison du peuple. A ce titre, les militantes et militants des élus nationaux assiègent, de jour comme de nuit, l’Hémicycle. Pour un mariage, ils sont à l’Assemblée nationale. Pour un décès ou une hospitalisation, ils y sont. Idem pour un baptême ou toutes autres manifestions de réjouissance. A toutes ces occasions, le député malien est prié de mettre la main à la poche.

Les députés de «brousse» reçoivent très souvent des gens qui quittent le village sans crier gare en débarquant, armes et bagages, chez eux pour diverses raisons.

Certaines demoiselles, sûres de leur charme et de leur beauté, s’aventurent également dans l’enceinte de l’Assemblée nationale avec, s’il vous plaît, des tenues peu correctes (comprenez le reste). Ainsi, les bureaux des différents groupes parlementaires sont bondés de monde. Même les commissions de travail sont souvent envahies.

Le pire, c’est que des vendeuses de parfum, d’habits, de cacahuètes, de bananes se promènent souvent dans les allées de notre auguste institution. Même des voleurs ont l’habitude de visiter l’Assemblée nationale.

Face à cette situation, nombreux sont les députés qui se cachent et disent qu’ils sont absents alors qu’ils sont bien là. Certains sont souvent trahis par les faits.

Devant cette pagaille, le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, a cru bon de prendre une note de service afin de réglementer l’accès et la circulation à l’Assemblée nationale.

Concernant les 147 députés, ils ont libre accès à l’institution. Ils doivent, cependant, rendre apparent, soit leur insigne parlementaire, soit leur carte parlementaire, soit le macaron apposé sur leur véhicule. Les élus de la nation sont garants de la bonne conduite des personnes transportées dans leurs véhicules.

Celles-ci bénéficient d’un badge contre le dépôt d’une pièce d’identité nationale qui leur est restituée à leur sortie de l’Assemblée nationale.

Pour le personnel de l’Hémicycle, les stagiaires, les agents des sociétés chargées de l’entretien et de la salubrité des locaux de l’établissement ont accès à l’Assemblée sur présentation de leurs badges.

En ce qui concerne les personnalités, notamment les chefs des institutions de la République, les membres du gouvernement, les ambassadeurs, les chefs des missions diplomatiques et assimilés, accèdent à l’Assemblée sur justification de leurs qualités (voitures officielles, fanions ou cocardes…).

Ces hommes respectables sont accueillis et introduits par les agents du protocole ou les huissiers préalablement informés.

Les «personnes ressources» invitées par l’Assemblée nationale, dont l’heure et la date d’arrivée sont préalablement signalées au poste de gardes et au protocole, ont accès à l’Assemblée nationale après remise d’un badge «personnes ressources».

Celles-ci sont accueillies par les hôtesses et conduites dans la salle où elles sont attendues. Pour ceux qui ne le savent pas, les «personnes ressources» sont les différentes personnes que l’Assemblée écoute dans une ou plusieurs commissions de travail afin de l’aider à comprendre une question donnée et par conséquent, à bien examiner le projet de loi relatif à ce sujet.

Par exemple, pour l’ouverture du capital de la CMDT, les paysans, le syndicat de la filière coton, le PDG de la CMDT, les ministres des Finances et de l’Economie… sont des «personnes ressources» au niveau de la commission saisie au fond.

Les journalistes classés parmi les visiteurs spéciaux, au nombre desquels figurent en bonne place les anciens parlementaires, les élus locaux, les représentants de l’Etat, les agents du Protocole de la République, les officiers des forces armées et de sécurité, ont accès à l’Assemblée nationale sur dépôt d’une carte officielle ou professionnelle. Ils reçoivent, en retour, un «badge spécial» qu’ils rendent au moment de leur départ.

Quant aux visiteurs ordinaires (les plus agaçants), ils sont admis dans l’enceinte de l’Assemblée nationale sur recommandation d’un député ou d’un agent de l’administration.

Le premier doit procéder à l’une des formalités suivantes : remplir une fiche visiteur au poste de garde en y inscrivant le nom et prénom du visiteur ou remplir une fiche visiteur qu’il fait déposer au poste de garde ou encore saisir l’aide de camp qui instruit au poste de gardes de laisser passer le visiteur. Les visites au secrétaire général, au directeur de cabinet sont régies dans les mêmes modalités que celles des députés.

En outre, les visites aux personnels administratifs sont limitées au mardi et vendredi.

Par ailleurs, il faut préciser que l’accès à l’Assemblée nationale est libre les jours de séances plénières de délibération et d’information. Le public est, cependant, encadré et contrôlé par les agents de sécurité de l’Assemblée nationale.

Désormais, l’accès de l’Assemblée nationale est formellement interdit à tous vendeurs et colporteurs. Tout contrevenant à la présente prescription verra ses marchandises confisquées.

Voilà une série de mesures, qui si elle est respectée, pourrait améliorer l’image de l’institution et favoriser une bonne atmosphère du travail parlementaire.


Chahana TAKIOU

31 Juillet 2008