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Déliquescence du système éducatif, asphyxie du tissu industriel, crise économique… Face aux questions orales du député Oumar Mariko, le ministre de l’éducation de base et celui de l’économie, de l’industrie et du commerce ont dressé un constat d’échec dans leurs départements respectifs.

Le docteur Oumar Mariko a rehaussé le niveau des débats, hier, à l’Assemblée nationale avec des questions orales dont ses interlocuteurs, en l’occurrence, le ministre de l’Economie, de l’industrie et du commerce et le ministre de l’éducation de base, de l’Alphabétisation et des langues nationales ont reconnu la pertinence. Le député a donc été confirmé par les ministres sur l’échec et l’impuissance du gouvernement.

Mme Sidibé Aminata Diallo a débuté la lecture de sa communication sur les points retraçant la faiblesse notoire du gouvernement face à un système scolaire non maîtrisé, notamment au niveau fondamental. Elle a parlé de graves préoccupations : pléthore d’élèves, manque criard d’infrastructures, de matériels… “Les moyens, a-t-elle avoué, ne suivent pas”.

Elle annonce fatalement le chômage qui n’est que la suite logique d’un tel système. La question des écoles communautaires est revenue dans le débat comme le spectre d’un système qu’il faut transformer en écoles communales. Mme Sidibé Aminata Diallo s’est de nouveau prononcée sur le manque de satisfaction à l’endroit de l’administration et des enseignants peu formés.

Elle s’est encore attaquée aux bailleurs de fonds qui nous ont imposé un programme d’ajustement structurel, cause du départ massif des enseignants compétents. Il faut, a-t-elle dit, adapter les programmes d’enseignement, améliorer les conditions d’apprentissage et les ressources humaines pour relever le niveau scolaire. Le député a donc constaté un cinglant aveu d’échec et d’impuissance.

C’est pourquoi il a attiré l’attention sur le paradoxe de la communication du ministre qui, en fin de compte, a voulu encensé le PRODEC et le PDES. Elle avait l’air triste en disant qu’ATT est sur la bonne voie pour avoir choisi des Républicains très engagés.

Même dans le public, des voix se sont fait entendre pour désapprouver une complaisance de mauvais aloi face aux problèmes de l’école qui n’épargnent personne. Le docteur Mariko a donc mis dos au mur Mme Sidibé Aminata Diallo en lui reprochant de continuer à être le véhicule d’un système qui détruit l’économie du pays. En fait, le député lui avait dit : “l’école malienne traverse un de ses moments les plus ténébreux pour la majorité du peuple. Elle est dans l’impasse.

La pléthore d’élèves dans les salles de classe est manifeste, le nombre d’enseignants est largement en dessous des besoins, des recrutements biennaux abandonnent sur le pavé des enfants des populations démunies qui doivent construire des salles de classe, recruter et payer le personnel enseignant.


Le système pédagogique actuel manque de visibilité et de lisibilité, la pression des écoles communautaires pour des cercles comme Kolondiéba atteint les 49% au lieu de 18%… pour l’année scolaire 2005/2006, plus de 12000 titulaires du DEF n’ont pas été orientés.

En 2007/2008, ce chiffre passe à 14000 dont un nombre impressionnant de jeunes filles…il n’est pas rare de trouver au Mali, dans les villages, des écoles qui manquent d’enseignants au 1/3 ou de moitié, 80% du personnel de l’enseignement fondamental sont constitués de contractuels.

Il n’y a aucun recrutement dans ce secteur depuis 1999. Quel bilan tirez-vous du PRODEC? N’est-il pas un échec au point de vue formation du personnel enseignant qualifié (2500 ensei-gnants/an)?

Ces questions brûlantes du député ont obtenu pour réponses des aveux d’échecs répétés. Ce fut le constat d’une politique d’éducation à la dérive. Sur ce point, le docteur Oumar Mariko était en phase parfaite avec le ministre de l’Education de base, de l’alphabétisation et des langues nationales.

Elle s’est confondue en explications pour finalement féliciter le député pour la pertinence de ses questions orales. Ce système dénommé par le docteur Mariko comme le Programme de Destruction Economique Social avait fait l’objet d’attaques contre le ministre de l’Economie, de l’industrie et du commerce, M. Abdoulaye Amadou Diallo.

Le ministre avait lu une communication basée sur cinq points : le processus de fabrication de l’huile à base de coton ; le processus de fabrication du savon ; les raisons de la suspension de la fabrication de l’huile alimentaire ; l’interaction entre les industries artisanales et l’Huicoma et la stratégie d’industrialisation du gouvernement.

Il s’est vite réfugié dans le discours technique en fuyant le débat de fond. Avait-il, d’ailleurs, les moyens de la clarification face à Mariko qui lui rappelait : “le gouvernement du Mali a déclaré tambour battant faire la promotion des PMI et des PME. Convaincus, des commerçants, agriculteurs et autres opérateurs écono-miques de Sikasso, Koutiala, Ségou, San, Bougouni, Fana, Kita, Bamako et j’en passe, se sont mis à la tâche.

Sur fonds propres et avec des emprunts faits auprès des banques et tierces personnes, ces personnes ont créé des unités de trituration de la graine de coton pour produire de l’huile neutre et l’aliment du bétail. Chacun des opérateurs a reçu sa décision dûment signée par le ministre portant autorisation d’implantation et d’exploitation d’un atelier de transformation de graines de coton.


Ainsi une centaine d’huileries artisanales a vu le jour donnant de l’emploi direct à plus de 600 personnes avec un investissement de plus du milliard. Dès le départ, l’asphyxie de ces entreprises a été organisée : la tonne de graine leur a été vendue 37 500 Fcfa au même moment, cette graine était vendue à Huicoma Tomota à 12 500 Fcfa la tonne.

Après plusieurs protestations, un nivellement à la hausse a été fait portant la tonne de graine coton à 59 000 Fcfa avec pour conséquences l’augmentation des charges de production et du prix de l’huile à la consommation. Comme si cela ne suffisait pas, ces entreprises à peine nées, fragiles,, sont sommées d’élever leur niveau technologique pour ne produire que de l’huile raffinée de coton.

Ce qui pouvait être prévu arriva. Une décision ministérielle tombe. Elle dresse une liste de 18 entreprises, seules habilitées à acheter les graines de coton dont seulement 3 à Koutiala, 4 à Sikasso, 2 à Bougouni, 4 à Ségou, 1 à Fana et 4 à Bamako. Sevrées de matières premières, ces structures ont été obligées de fermer leur porte non sans conséquences”.

Le député ajoute qu’avec la fermeture de ces entreprises, plus de 600 personnes ont perdu leur emploi sans droit.

Ces employeurs, a-t-il ajouté, font l’objet de harcèlements de la part des banques et des divers créanciers de la BNDA pour recouvrer leurs créances. Il a soutenu que la décision remet en cause la volonté affirmée du président de la République et de son gouvernement de faire la promotion des PMI et PME.

Que comptez-vous faire, a-t-il demandé au ministre, pour que ces entreprises continuent leurs activités? M. Abdoulaye Amadou Diallo a tenté d’expliquer les errements du gouvernement, d’abord, par un contrat établi avec l’Huicoma pour dire qu’elle n’a pas bénéficié d’avantages particuliers par rapport aux unités artisanales.

Il n’a aucunement signalé la reprise des activités des unités fermées, pour cause, a-t-il ajouté, de danger sanitaire. Il s’est pris dans le piège de sa propre explication en reconnaissant, comme Choguel Maïga, qu’aucune unité industrielle de raffinage d’huile n’était opérationnelle au Mali. Le ministre a, de ce fait, parlé de mesures dérogatoires pour justifier les unités industrielles reconnues pour travailler dans ce secteur.

Oumar Mariko en a conclu à un clientélisme qui pousse le gouvernement à choisir ses industriels et à éliminer plusieurs unités artisanales. M. Abdoulaye Amadou Diallo, acculé, a, lui aussi, affirmé à Mariko : “nous partageons les mêmes soucis et préoccupations mais nous n’avons pas les mêmes approches”. Ce qui équivaut à un clair aveu d’échec et d’impuissance.

Baba Dembélé

02 Juillet 2008