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A chaque rapt ou assassinat d’un otage, le rituel est réglé comme du papier à musique : les ravisseurs et assassins procèdent toujours par un mode opératoire quasi immuable pour revendiquer ce qu’ils considèrent comme un haut fait de guerre : des médias bien typés pour assumer leurs crimes. Ainsi en a-t-il été avec la mort des deux journalistes de RFI.

Dans l’attente d’un éclaircissement définitif à la lumière des différentes enquêtes diligentées, on a appris 96 heures après le meurtre des deux journalistes de RFI, que ce sont des activistes islamistes liés à Al-Qaida qui seraient les auteurs de l’innommable de Kidal.

En effet, par le canal « habituel » de l’agence « Sahara Médias », c’est la Katiba d’Abdegrim Al-Targui qui a revendiqué ce double meurtre. Une paternité « plausible », à en croire Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, qui s’est fié au média de diffusion.

Selon ces exécuteurs enturbannés, il s’agirait d’une « riposte aux opérations militaires des forces françaises et africaines », des représailles aux « crimes quotidiens contre les Maliens et les musulmans de l’Azawad ».

A ce stade des choses, on se retrouve donc avec une revendication et moult questions, des interrogations pas si nouvelles, puisque ce sont celles-là même que les analystes et politologues se posaient dès l’après-tragédie du 2 novembre en rade de Kidal. A savoir :

– Est-ce la panne de voiture qui serait à l’origine de cet assassinat de sang-froid de Ghislaine Dupont et Claude Verlon ? C’est en tout cas la thèse initiale avancée dès le jour du crime par le porte-parole de l’état-major français, Gilles Jaron. Dans ce cas, pourquoi avoir laissé le chauffeur du véhicule vivant, lequel pourrait alors s’avérer un témoin gênant ?

– Est-ce faute d’avoir pu se faire payer immédiatement que les kidnappeurs ont tué nos deux confrères ?

– Pourquoi Abdelkrim Al-Targui, qui a été à la baguette de la libération des 4 otages d’Arlit, aurait-il assassiné avec une rapidité déconcertante la journaliste et le technicien de RFI ? Pour tout dire, un otage n’a de prix que s’il est vivant. Pourquoi les deux agents de la « radio mondiale » ont-ils fait exception à cette règle ?

– Le mobile politique est-il la seule explication à cette violence gratuite et déroutante.

Autant de questions posées au début de la tragédie, et qui continuent à turlupiner les esprits.

En attendant, voilà un nom avec lequel il faudra s’habituer dans la galaxie des chefs d’AQMI : Abdelkrim Al-Targui, digne successeur d’Abou Zeid. En effet, il est en fait une loi d’airain chez les terroristes qui veut que sitôt un chef d’une katiba tué, il est remplacé au pied levé, généralement soit par son second, soit par le plus sanguinaire ou rusé.

A Al-Qaida Ayman Al Zawhiri a succédé à Ben Laden. A AQMI, après Zarquaoui « le sanguinaire », Abdelrezzak El Para « le commando » et autre Abou Zeid « le berger », voici venus les jours d’Abdelkrim Al-Targui, « le Touareg ». Ainsi va la vie chez les phalangistes sahéliens preneurs d’otages.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

Mise à jour le Jeudi, 07 Novembre 2013 21:02

Source: L’Observateur Palaaga