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Au lendemain des assassinats abjects des journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le samedi 2 novembre à Kidal, c’est toujours la tristesse, la consternation et l’incompréhension. Alors que l’on annonce que des enquêtes judiciaires parallèles sont ouvertes par les autorités françaises et maliennes afin de retrouver les auteurs de cet acte barbare, l’heure est aux questionnements. Quels sont les mobiles de ce double assassinat ? A quoi répond ce besoin ? Pourquoi ? Tous ces questionnements aboutissent aussi à la délicate et cruciale question du statut de la ville de Kidal, théâtre des événements.

L’on se rappelle que lors de l’offensive de la force Serval pour la reconquête du Nord-Mali, la question de Kidal s’était déjà posée. Alors que le rouleau compresseur de Serval avait repoussé les djihadistes jusque dans leurs derniers retranchements, les forces maliennes avaient voulu profiter de l’occasion pour en finir avec Kidal et la clouer au pilori. Mais la France, par ses atermoiements, avait réussi le tour de force « d’épargner » le MNLA, et de faire de Kidal un cas particulier où Bamako n’a pas réussi à établir toute sa souveraineté, et ce jusqu’aujourd’hui.

Kidal est, visiblement en dehors de la république, tenue qu’elle est par le MNLA

L’analyse de la situation laisse croire que les Français, dans leur croisade contre les djihadistes, se sont appuyés sur le MNLA pour mettre en déroute les autres fractions armées dans le secret espoir de retrouver les otages récemment libérés, ce qui expliquerait leur relative mansuétude à son égard et cette position ambiguë lors de la prise de Kidal.

Mais, au lendemain de ce drame, elle doit se sentir trahie par ses « alliés » du MNLA. D’autant plus que l’on peut se demander si le refus de Serval d’assurer le transport et la sécurité de ces journalistes, ne découlerait pas du fait qu’elle croyait qu’ils allaient en territoire « ami ».

Toutefois, à la faveur de cette tragédie, la question du statut de Kidal se pose plus que jamais avec acuité. Les apparences ne doivent pas tromper. Kidal, jadis réputée pour sa prison austère du temps où on y envoyait les irréductibles du pays pour les « casser », est, aujourd’hui, visiblement en dehors de la république, tenue qu’elle est par le MNLA.

Sinon comment comprendre que c’est le MNLA qui y occupe le gouvernorat dont il a fait son QG, pendant que le gouverneur squatte les locaux de la mairie ?

De toute évidence, la responsabilité du MNLA est entièrement engagée et à tous les niveaux dans ces assassinats de journalistes français, et il serait difficile pour lui de s’en dédouaner. Primo, parce que Kidal reste son fief car c’est lui qui a véritablement le contrôle de la ville. Et Bamako est loin d’avoir étendu toute sa souveraineté sur cette localité.

Secundo, parce que l’enlèvement des journalistes s’est déroulé devant le domicile d’un des chefs du MNLA qui n’a pas, lui, été inquiété par les ravisseurs. Au contraire, ils lui ont parlé en tamachek, un de leurs dialectes, pour l’inviter à rester chez lui. Visiblement, l’opération ne semble pas avoir été improvisée, et il y a lieu de croire que les ravisseurs devraient être au courant de la visite des journalistes français en ces lieux.

La question du statut de Kidal doit impérativement être clarifiée pour que Bamako y assume toute sa souveraineté, comme sur le reste du territoire

Ils auraient minutieusement préparé leur coup. En plus, comment comprendre que personne n’ait pu donner l’alerte sitôt le rapt consommé, à l’heure des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et autres moyens de communication sophistiqués ?

Comment comprendre que les ravisseurs aient pu sortir de la ville malgré les postes de contrôle ?

Ces assassinats pourraient avoir un lien avec la récente libération des otages d’Arlit, en ce sens que certaines fractions n’auraient peut-être pas eu leur part du gâteau à la hauteur de leurs attentes et auraient posé cet acte pour embarrasser le MNLA.

Ces tueries peuvent être aussi le fait d’individus qui en veulent au MNLA pour sa connivence avec les « mécréants ». Cet acte de barbarie peut aussi être un message des islamistes qui voudraient démontrer aux yeux de la communauté internationale, qu’ils n’ont pas perdu la guerre face à la France et la coalition des pays africains, et qu’ils peuvent frapper à tout moment et quand ils veulent.

Finalement, ces tueries remettent au goût du jour la question du sort réservé aux accords politiques de Ouagadougou, qui avaient le mérite d’instaurer une certaine accalmie pour la tenue des élections présidentielles, et de tracer un canevas pour une paix durable. Mais on a l’impression que ces accords sont mis de côté et interprétés en fonction des intérêts du moment.

A la suite de ces événements tragiques, la question du statut de Kidal doit impérativement être clarifiée pour que Bamako y assume toute sa souveraineté, comme sur le reste du territoire. Car, au bout du compte, on peut se demander si les élections législatives du 24 novembre qui sont en ligne de mire, ne sont pas menacées.Dans le même temps, il faut espérer, avec Laurent Fabius, que les auteurs soient retrouvés et châtiés à la hauteur de leur infamie.

Outélé KEITA

Publié le mardi 5 novembre 2013

Source: Le pays.bf.