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cou-2.jpgL’affaire très complexe semble sortie directement d’un roman d’Agatha Christie. L’enquête qui vient de démarrer pourrait durer longtemps. Le défunt Moussa Fofana est né en 1965. Il a effectué deux séjours en France, avant de se résoudre à regagner le pays. Il est revenu au bercail depuis quelques années pour s’occuper de sa famille. Depuis lors, il s’est consacré à l’agriculture.

Dans la nuit du 7 au 8 septembre dernier, aux environs de 4 heures du matin, la femme de l’ancien expatrié, en état de grossesse très avancée, a été réveillée par les gémissements de douleur de son mari. Quelques minutes après, il rendra l’âme, appuyé contre le mur de sa véranda. L’homme avait reçu des coups de couteau au thorax, sous l’aisselle et au bas-ventre.

Depuis cette nuit maudite, sa famille, et surtout son père âgé de 75 ans, n’ont que ces mots à la bouche : « qui a fait ça et pourquoi ?« . L’inspecteur Ibrahim Maïga, le chef de la brigade de recherche et de renseignement, tente de son côté de dénouer une affaire qui défraie la chronique dans tout le Banconi Filabougou. Mais jusqu’à hier, aucune piste sérieuse n’avait été dégagée par les policiers et les parents de la victime. Pour notre part, nous avons rencontré Alassane Samboura, un ami de longue date de Moussa Fofana. Il a débarqué de France moins de 48 heures avant le drame.

Il habite aussi à côté de la famille du défunt et partageait beaucoup de choses avec son ami assassiné. C’est d’ailleurs feu Moussa Fofana qui l’avait accueilli à l’aéroport et conduit chez lui. Les deux hommes avaient passé une partie de la journée ensemble à sillonner les rues de Bamako. Dans l’après-midi, les amis d’enfance s’étaient rendus au marché de bétail. Ils avaient acheté un mouton qu’ils avaient abattu chez Alassane Samboura. Après avoir savouré un copieux repas, Moussa avait emporté la tête de mouton chez lui. Il avait dit que « son père aime bien le plat de couscous préparé avec la tête de mouton », confie Alassane Samboura. Plus tard, Moussa reviendra causer avec son vieil ami des aventures qu’ils ont vécues ensemble à l’étranger.

UNE VOIX CHEVROTANTE

Quelques heures plus tard, aux environs de 22 heures, les amis se quittèrent. Ils se donnèrent rendez-vous le lendemain à 9 heures pour visiter les champs de Moussa qui se trouvent à Senou et à Dialakorodji. Mais ce rendez-vous ne sera jamais respecté. En effet vers 4 heures du matin, le téléphone de Samboura sonna et une voix chevrotante à l’autre bout du fil lui annonça l’assassinat de son ami dans sa chambre à coucher.

Le commerçant Abou Coulibaly est lui aussi un ami de Moussa Fofana. Sa boutique est située à une rue du domicile familial du défunt. Il était vers 5 heures du matin et il s’apprêtait à ouvrir son établissement lorsqu’une femme qui venait s’approvisionner en pain, lui annonça la triste nouvelle. Le commerçant se précipita aussitôt chez son ami pour découvrir le corps de celui-ci tout ensanglanté.
Les interrogations fusèrent de partout. Chacun creusa dans sa mémoire pour essayer de découvrir « l’ennemi mortel » qui aurait éprouvé, dans un proche ou lointain passé, une solide aversion envers Moussa. Très vite les soupçons convergèrent vers un officier supérieur de l’armée. Le malheureux Moussa avait eu une altercation avec le gradé militaire au sujet d’un visa pour l’Espagne.

Des témoignages concordants affirment que Moussa Fofana avait remis 1,5 million de Fcfa à cet officier en 2006. Ce dernier avait promis de lui obtenir un visa d’entrée en Espagne. Depuis le jour de la remise de la somme, le militaire avait disparu de la circulation. Toutes les tentatives de le rencontrer étaient demeurées vaines. Finalement, Moussa porta l’affaire devant les autorités militaires afin de pouvoir récupérer son argent à défaut de visa. Mais il n’avait pas eu satisfaction. Il porta alors l’affaire devant le juge. Le militaire fut convoqué et mis en demeure de rembourser l’argent qu’il devait.

LE LOUBARD

Mécontent d’avoir été traîné devant la justice, le militaire aurait menacé, par l’intermédiaire d’un loubard, de faire la peau au plaignant Moussa. « Ça sera la dernière fois que tu convoqueras un officier de l’armée malienne devant la justice « , lui aurait lancé un gros bras au crépuscule, quelques heures seulement après la rencontre de l’officier et du procureur de la République. Ces faits se sont déroulés, il y a un mois.

Après l’assassinat de Moussa, les parents n’ont pas hésité à faire le lien entre la mort de leur fils, l’affaire du visa et le militaire qui n’a d’ailleurs pas encore réglé sa dette d’argent. Les policiers se sont refusés à commenter cette piste. Ils attendent de « recueillir le maximum d’indices avant d’informer qui de droit« , selon l’inspecteur Ibrahim Maïga, chargé du dossier. L’enquêteur pour le moment essaie de voir clair dans l’énigme posée.
Nous n’avons pas pu approcher la femme du défunt pour des raisons de veuvage. Mais elle aurait assuré être capable de reconnaître l’assassin de son mari, si elle le rencontrait. « C’est un homme trapu et très costaud. Après avoir asséné plusieurs coups à Moussa, il a pris le mur pour s’échapper« , aurait-elle raconté à des voisins.

L’assassinat de Moussa Fofana doit sûrement rappeler aux lecteurs assidus de cette rubrique, celui de la douanière de Faladié tuée dans sa propre maison aux environs de 9 heures du matin. L’enquête est toujours en cours. Tandis que le ou les auteurs courent toujours.

G. A. DICKO | Essor

13 septembre 2007