Partager

Dans son bureau de 2ème Vice président de l’Assemblée nationale, Assarid Ag Imbarcawane s’est entretenu hier avec Le Républicain, à cœur ouvert, sur la 24ème Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, à laquelle il a participé du 27 au 29 novembre à Paramaribo, capitale du Suriname. Nous avons abordé avec le député «nordiste resté républicain», de la crise malienne et sécuritaire. Ce qu’il pense du gouvernement Diango Cissoko et la solution de sortie de crise. A lire !

Vous venez de participer à la réunion de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE à Paramaribo, capitale du Suriname où la crise malienne était l’un des sujets au centre de la rencontre. Que peut-on retenir comme résolutions issues de cette réunion ?

Honorable Assarid Ag Imbarcawane : Effectivement, la 24ème Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, s’est tenue du 27 au 29 novembre à Paramaribo, capitale du Suriname. Le Mali avait était inscrit comme sujet d’urgence. Cela signifie que c’est un sujet qui doit faire l’objet de résolutions d’urgence. Donc les députés européens et des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique avaient comme travail de mettre en place des projets de résolutions. C’est ainsi que j’ai proposé au nom du Mali un projet de résolution. Les huit groupes politiques de l’Union Européenne ont déposé chacun un projet de résolution. Nous sommes arrivés à une résolution de compromis qui a été adoptée à l’unanimité des membres de la réunion ACP-UE. Tous les problèmes qui concernent le Mali ont été pris en charge. Toutes les préoccupations de la population malienne par rapport à la crise non seulement institutionnelle, mais aussi sécuritaire, ont été prises en charge. Le fait que nous constatons, avec regret que la communauté internationale, d’une manière générale traine les pieds, tout cela est dénoncé dans la résolution. Les parlementaires ont beaucoup insisté pour que la communauté internationale prenne rapidement en charge les problèmes du Mali. C’est la raison pour laquelle les deux co-présidents ont accompagné la résolution d’une déclaration, qui a pris en compte la situation au Mali et au Congo. Je peux vous dire que le Mali bénéficié de l’appui de l’ensemble des pays de l’Afrique, des Caraïbes et de l’Océan Pacifique, mais aussi de l’ensemble des pays de l’Union Européenne. La dernière réunion des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne a décidé d’envoyer 250 militaires pour former notre armée nationale afin de la mettre à niveau pour qu’elle puisse accomplir sa mission de maintien de la paix.

Pendant ce temps, un nouveau gouvernement mis en place par le Premier ministre Diango Cissoko a vu le jour, quelles sont vos impressions ?

Je pense que la communauté internationale est solidaire d’avec le Mali. Parce que la communauté internationale n’arrive pas à comprendre comment le Mali a chuté comme un château de carte. La démocratie au Mali était une démocratie exemplaire mais les parlementaires ne s’attendaient pas aux difficultés que le Mali traverse aujourd’hui. J’ai pris soins d’attirer leur attention sur la possibilité qu’on avait d’avoir ces difficultés, il y’a de cela un an et demi, dès que le conseil de sécurité a voté la résolution 1973 pour intervenir en Libye, parce que je savais très bien qu’il n’y avait que le Mali à avoir des militaires dans l’armée libyenne. Et ils sont tous originaires du nord. Donc ça fait beaucoup d’inquiétude quant aux dégâts collatéraux de l’intervention de l’Otan en Libye. En réalité les parlementaires de l’Afrique des Caraïbe et du Pacifique (ACP) ainsi que l’union Européenne sont solidaires avec nous. Par rapport au nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Diango Cissoko, un homme avec lequel j’ai personnellement travaillé, il y’a de cela plusieurs années, nous avons bon espoir que les choses vont bien marcher. Nous devons sensibiliser la communauté internationale pour lui faire comprendre qu’il est très difficile pour nous aujourd’hui de mettre en place une gouvernance solide tant que nous n’avons pas récupéré l’entièreté de notre territoire national.

Deux missions essentielles du gouvernement à savoir récupérer les territoires occupés et l’organiser les élections ?

La première mission est de récupérer notre territoire. Une fois qu’on aura récupérer notre territoire, on aura réinstallé l’administration, c’est en ce moment qu’on peut parler de bonne gouvernance. Il y a les 2/3 de notre territoire qui est occupé par les étrangers, on ne les connaît même pas, on ne sait même pas d’où ils viennent. Nous avons besoin d’abord de récupérer notre territoire et après organiser des élections sur la base d’un fichier tout à fait correct.

Le gouvernement en place est il à hauteur de ces missions ?

Je le pense. C’est une continuité. Ce gouvernement n’a pas fondamentalement changé. Je pense que le gouvernement est entrain de préparer la récupération du nord ensemble avec la communauté internationale, avec la CDEAO, l’Union Africaine. Nous espérons que dans les prochains jours, ce Jeudi ou vendredi, une résolution sera votée au niveau du conseil de sécurité pour autoriser le déploiement de la Micema. Donc nous espérons que nous allons très rapidement récupérer les régions du nord et je sais également que le ministère chargé de l’administration territoriale est entrain d’organiser les élections. Donc ce sont des choses qui doivent aller ensemble.

Avez-vous l’impression que malgré la crise les institutions de la république du Mali fonctionnent normalement, l’assemblée nationale par exemple ?

L’assemblée nationale a deux missions essentielles. La première c’est de voter les lois, en ce moment on continue de voter correctement les lois. La deuxième mission c’est de contrôler l’action gouvernementale, on continue à le faire. Donc l’Assemblée nationale exerce correctement sa mission mais pas dans l’atmosphère habituelle, vous comprenez très bien que chacun d’entre nous a mal au cœur à l’instant que nous savons que les deux tiers de notre territoire sont occupés par des terroristes. Nous travaillons à l’Assemblée nationale, mais nous avons beaucoup de soucis comme l’ensemble des citoyens maliens. Tous les citoyens maliens qu’ils soient au nord ou du sud, sont très préoccupés, nous avons des soucis. Même quand vous mangez vous avez le souci de voir qu’il y a des gens qui occupent les deux tiers de votre territoire. Donc vous ne vous sentez pas à l’aise.

L’assemblée nationale a-t-elle mal à ces députés manquant, ceux de Kidal… ?

On s’en occupe même pas, ils ne nous empêchent pas de voter les lois, ils ne nous empêchent pas d’avoir la majorité pour faire notre travail, ils ont opté pour ça malgré tous ceux que la République leur a fait. La République du Mali a fait beaucoup pour ces députés, pour beaucoup de gens qui sont dans ces groupes terroristes. Je pense que notre devoir à nous c’est d’en prendre acte, et que les Maliens sachent que nous, nous restons Républicains. Nous sommes du nord mais nous ne partageons pas du tout l’attitude ni de ces députés et ni des autres terroristes qui sont au nord du Mali. Nous sommes des majeurs et chacun assume ce qu’il est entrain de faire. Par ce que c’est comme ça qu’il faut comprendre le problème.

La session budgétaire a connu un moment d’interruption mais elle est rouverte, où en sommes-nous concernant le budget 2013 ?

Dès qu’on n’arrive pas à voter le budget pendant la session budgétaire conformément à la constitution de notre pays, et si le gouvernement convoque une session extraordinaire pour le vote du même budget, nous sommes obligés de le voter dans les huit jours. La session extraordinaire a commencé lundi, nous sommes tenus de voter ce budget vendredi ou samedi, soit dans les huit jours. Nous allons également voter la loi d’habilitation qui certainement au moment où vous m’interrogez, est en délibéré au niveau du conseil des ministres. Donc je pense que d’ici samedi nous allons fermer la session extraordinaire.

Pour terminer quelle est votre opinion sur la situation sociopolitique actuelle ?

Il faut que les gens réfléchissent. Il faut que les citoyens de notre pays, membres de la classe politique et de la société civile, que tous aient les pieds sur terre et comprennent que notre pays traverse des moments extrêmement difficiles. Nous devons faire preuve de courage. Nous avons besoin de nous entendre pour qu’il y ait une véritable cohésion nationale, nous permettant de surmonter les défis auxquels nous faisons face. En tout cas, il faut oublier la recherche des postes politiques, oublier le partage de gâteau. Et, il faut oublier beaucoup de choses pour véritablement permettre de retrouver notre honneur et notre dignité que nous avons perdus avec la perte des 2/3 de notre territoire occupé par des gens qu’on ne connait pas.

Quelle est la solution de sortie de crise ?

Nous sommes en train de chercher la solution. Le gouvernement est en train de chercher la solution par l’adoption de la résolution sous le chapitre 7 au niveau du conseil de sécurité, la formation de notre armée, le déploiement de notre armée dans le Nord du Mali et la reconquête des régions du nord, et l’organisation des élections libres et transparentes.

Concomitamment faut-il dialoguer ?

On ne peut pas parler sur le plan ni national ni international sans parler de dialogue politique. Un malien ne peut pas dire qu’il ne négocie pas. Cela fait partie de la culture du malien. Mais il y a des choses qui sont inacceptables, des choses que le Malien n’acceptera jamais. Je pense que nous devons rester ouverts au dialogue et à la négociation, mais nous ne devrons jamais accepter des compromis compromettants. C’est ça la logique du gouvernement, du Président de la République et de l’ensemble de la classe politique malienne. Et nous devons les soutenir dans ce sens.

Propos recueillis par Dansira Dembélé

B. Daou

Le Républicain du 20 Décembre 2012