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Assarid Ag Imbarcawane, 2ème Vice-président de l’AN :«Je suis candidat parce que les populations de Gao le souhaitent»«La levée des mandats ne veut pas dire l’arrêt des poursuites»

Le 2ème Vice-président de l’Assemblée nationale, Assarid Ag Imbarcawane, député élu à Gao depuis 1992, est prêt à se succéder à lui-même à la faveur des législatives des 24 novembre et 15 décembre 2013. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il évoque les raisons de sa candidature et les fonctions du député. Il dresse aussi le bilan de la 4ème législature.

Les Echos du Parlement: Monsieur le Président, vous êtes député élu à Gao depuis 1992. Pourquoi êtes-vous encore candidat?

Assardi Ag Imbarcawane: Je vous retourne la même question. Vous êtes journalistes depuis 1992, pourquoi êtes-vous toujours journalistes? En réalité, chacun pour ce pays ne peut faire que ce qu’il sait faire. Moi, ce que je sais faire, c’est vraiment le travail législatif. C’est ce que je connais, c’est ce que j’ai appris et ce que je peux faire et c’est avec ça que je peux servir mon pays. C’est la raison pour laquelle je suis toujours candidat. Je suis aussi toujours candidat parce que je réponds à l’appel qui m’est lancé par les populations de la circonscription de Gao. Donc, les raisons pour lesquelles, je suis candidat aux élections législatives de 2013.

Donc, pour vous, être député est une fonction?

C’est une très grande fonction. Il ne faut que les gens croient que le travail parlementaire est facile à faire. C’est un travail véritablement scientifique. Parce que, quand des hommes sont chargés de voter les lois qui vont régir toute une population, tout un peuple, tout un pays, je pense qu’ils ont entre leurs mains le destin du pays auquel ils appartiennent.

Donc, ce sont des hommes qui doivent pouvoir maîtriser la matière et qui doivent savoir ce qui va véritablement dans l’intérêt des populations qu’ils représentent à l’Assemblée nationale. Je pense que la fonction de parlementaire est une fonction extrêmement importante, d’autant plus que le député a pour mission de contrôler l’action gouvernementale dans tous les domaines. Si le Gouvernement fait des choses qui ne sont pas favorables aux populations, vous avez le droit, la possibilité et le devoir de l’interpeller et de lui dire d’arrêter ce qu’il est en train de faire, car cela n’est pas en faveur des populations que vous représentez à l’Assemblée nationale.

Pourtant, c’est ce que vous ne faites pas. Partout on dit que l’Assemblée nationale est une caisse de résonance, que vous ne remplissez pas bien votre mission. Que répondez-vous?

Vraiment ce sont des gens qui cherchent des poux sur la tête rasée des députés. Vous savez, à chaque fois qu’on occupe une responsabilité dans notre société, on cherche toujours à dire des choses de vous, à dire que vous ne faites pas votre travail. Vous êtes journalistes, vous êtes témoins que, pour les problèmes de la nation, nous avons l’habitude de poser de questions orales au Gouvernement, de faire des interpellations, de faire des huis clos et même d’aller sur le terrain, comme quand l’intégrité territoriale de notre pays était menacé.

Nous souffrons probablement d’un déficit de communication, mais nous faisons ce que nous devons, la mission que le peuple nous a confiée. En tout cas, personnellement, je pense que nous l’accomplissons avec beaucoup de fierté et de dignité. Le témoignage que vous apportez dans votre journal, c’est ce que l’Assemblée nationale a fait pendant la crise du Nord. Vous avez tous les éléments à votre disposition. Vous avez été les premiers à diffuser les actions de l’Assemblée nationale.

Rappelez-nous un peu ce qu’a fait l’Assemblée nationale dans le cadre de la crise du Nord…

Nous avons essayé tout simplement d’informer l’opinion internationale sur la réalité du problème qui se posait au Mali, sur les forces négatives qui avaient envahi le Nord de notre pays. Il fallait simplement, à un moment donné, mener une campagne d’information à tous les niveaux, surtout au niveau parlementaire, pour que l’ensemble des pays comprenne à quoi nous avions affaire. Les gens pensent que c’est un problème interne au Mali, alors que ce n’est pas un problème entre les Touaregs et le reste du Mali. C’est ce que nous avons essayé de faire comprendre à tout le monde. C’est un problème que vous avez suivi de long en large, vous pouvez donc apprécier ce que nous avons fait dans ce domaine.

Vous êtes un Touareg bon teint. Certains vous attendaient aux côtés du Mnla et d’Ançardine, mais vous êtes restés fidèle à la République. Comment expliquer votre attitude?

Je ne sais pas ce que vous appelez Touareg bon teint. Je suis un Touareg tout court. Je suis de père et de mère touareg. Je suis républicain, je suis Malien. J’ai opté pour mon pays, pour défendre ma patrie et la République. J’ai opté pour défendre la devise «Un peuple, Un but, Une foi». Si des gens décident de prendre des armes pour aller faire valoir des revendications qui ne me concernent pas et auxquelles je n’ai pas participé, je pense que je ne suis pas concerné. Je suis concerné par la défense de mon pays et, ça, je vais continuer à le faire. Je ne le fais pour personne. Je ne le fais pas pour avoir des galons ou pour que les gens m’envoient des félicitations. Je le fais parce que j’y crois, et il y a beaucoup de cadres touaregs comme moi.

Donc, ce qui passe au Nord n’est pas une question touarègue?

J’ai toujours dit que ce n’était pas une question touareg.

Qu’est-ce alors?

Ce sont des soubresauts qui arrivent. Si vous allez au Nord, vous allez comprendre un peu ce qui s’y passe. Les gens préfèrent utiliser les armes pour essayer de faire valoir des préoccupations qu’on pourrait régler très simplement, surtout dans un pays démocratique tel que le Mali. Au lieu de prendre les armes, on pose le problème sur le plan politique, on en discute et on essaie de trouver les solutions. Quand vous y regardez de près, dans le fond il n’y a pas grand chose.

Quand on analyse la revendication principale, qui est l’autonomie du Nord, l’autonomie par rapport à qui? Si vous prenez les régions de Gao et de Tombouctou, dans ces régions, les populations les plus nombreuses ce sont des sédentaires. Est-ce que les Songhaïs et les Peuls ont demandé l’autonomie? Est-ce que les Bamanans et une bonne partie des Touaregs ont demandé l’autonomie? Je pense qu’il faut bien analyser le problème. Tout cela, on va en parler un beau jour et on va faire savoir à l’opinion internationale de quoi il s’agit effectivement et quels sont les gens qui profitent de cela pour essayer de se faire valoir et atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés.

Revenons un peu à l’Assemblée nationale. Pouvez-vous nous faire un peu le bilan de la législature qui s’achève?

La législature qui s’achève est une législature qui a bien commencé, de 2007 à 2011. Nous avons fait notre travail, qui consiste à voter les lois mais aussi à contrôler l’action gouvernementale, à la faveur des questions orales, écrites et des interpellations. Nous avons été sur le terrain pour savoir comment le Gouvernement utilisait les fonds qu’il emprunte aux partenaires financiers au profit des populations.

Nous avons fait tout cela. Quand il s’est agi du problème du Nord, nous avons envoyé une délégation dans la région de Kidal, jusqu’à Zakatt, où il y avait des membres du Mnla. Nous avons essayé de parler avec les différents groupes armés, avant que la rébellion ne commence. Je pense que nous avons fait ce que nous devons faire jusqu’à ce que la rébellion éclate.

Lorsqu’elle a éclaté, nous avons traversé une période transitoire. Vous savez que notre mandat normal est terminé depuis le 10 août 2012. Mais il a été prolongé parce que les circonstances l’exigeaient. Depuis lors, nous sommes en train de travailler. Non seulement nous adoptons des lois, mais nous avons aussi adopté la Feuille de route qui a permis au Gouvernement de transition d’atteindre les objectifs qu’il s’était fixés.

Je crois qu’on continuera à travailler jusqu’à la mise en place de la nouvelle Assemblée nationale. Pour ma part, quel que soit ce qui se dit, le bilan de cette législature est positif, sur les plans national et international. Vous savez, j’ai rencontré un député, Louis Michel, qui est le co-Président de l’Assemblée paritaire ACP-UE, et avec lequel j’ai travaillé pendant au moins une quinzaine d’années, lorsqu’il était Commissaire au Développement et chargé de l’Action Humanitaire à la Commission de l’Union Européenne. Lors de nos discussions, je lui ai dit: Monsieur Président, je suis candidat. Il m’a répondu: mais, Assarid, dans les conditions normales, même si ton cadavre est candidat, les populations maliennes doivent t’élire.

Il connaît ma valeur, on a même co-présidé l’Assemblée Paritaire Parlementaire. Vous voyez ce marteau, c’est l’Assemblée Paritaire qui me l’a donné, en guise de reconnaissance pour la période pendant laquelle je l’ai coprésidée. Pour que la diplomatie parlementaire marche, il faut que que les parlementaires aient l’occasion de se parler, d’échanger sur les grands problèmes qui préoccupent leurs pays et le monde, qu’on essaie d’intervenir et d’adopter des résolutions de nature à orienter les différents Exécutifs.
Le Gouvernement vient de suspendre les mandats d’arrêt internationaux contre certains députés.

Quelle lecture faites-vous de cette situation?

Je pense que nous avons décidé de l’action du Président IBK. Vous connaissez le parti auquel j’appartiens, l’ADEMA/PASJ, qui n’est pas très éloigné d’IBK. Nous avons décidé de le soutenir. Il est vrai que nous avons levé l’immunité parlementaire de ces députés à la demande du Gouvernement. Il ne faut pas l’oublier. Ce n’est pas nous qui avons demandé la levée de leur immunité.

Si le Gouvernement estime, pour qu’il y ait de l’apaisement, pour permettre d’évoluer vers un Mali fort, cohérent, uni et prospère, qu’il faut lever les mandats d’arrêt, je pense qu’il n’y a pas de problème. La levée des mandats ne veut pas dire l’arrêt des poursuites. Nous-mêmes, en tant que parlementaires, on peut convoquer une plénière pour mettre en place une commission, en tout cas la loi nous l’autorise, et voter l’arrêt des poursuites. C’est le Gouvernement qui les a poursuivis.

Le Gouvernement a décidé de suspendre les poursuites, mais il ne les a pas arrêtées. C’est ce que les Maliens doivent comprendre. Nous avons le devoir de faciliter la tâche au Président de la République, qui a hérité d’une situation extrêmement difficile, d’un pays déchiré, qui revient de loin. Donc, nous avons le devoir de lui faciliter la tâche, pour lui permettre de mettre en œuvre sa vision au profit du Mali.

Interview réalisée par Chahana Takiou et Youssouf Diallo

Les Échos du Parlement du 08 Novembre 2013