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Nous nous sommes entretenus avec le député Assarid Ag Imbarcawane, à l’Assemblée, le vendredi. Il a demandé à la Suisse de s’expliquer sur le financement qu’elle accorde aux indépendantistes du MNLA, à travers la Division Sécurité Humaine.

jpg_une-987.jpgDepuis quelques jours, des voix s’élèvent aussi bien dans l’hexagone qu’au Mali pour critiquer les actions menées par la Suisse en faveur du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA). Rappelons que chez nous, au Mali, c’est à travers la Division Sécurité Humaine du Programme de politique de paix en Afrique de l’Ouest de la Suisse, pilotée par Carole Mottet, que le MNLA a acquis des financements pour des activités occultes (depuis que le projet d’Alghabass Ag Intallah était au stade de Réseau).

Pour l’honorable Assarid Ag Imbarcawane, «La population suisse doit prendre conscience que plusieurs actions menées en faveur des indépendantistes concourent à semer le trouble au Mali». A en croire Assarid Ag Imbarcawane, «la Suisse souffle le chaud et le froid au Mali depuis longtemps. Elle organise des séminaires sur la décentralisation au Sud et finance la rébellion au Nord».

Notons le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a participé à l’organisation et au financement d’une réunion politique des rebelles touaregs indépendantistes du MNLA, les 25, 26 et 27 juillet à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Cette rencontre devait permettre au bureau politique du MNLA de clarifier ses revendications en vue d’un règlement politique de la crise dans le nord du Mali.

Cependant, comme l’atteste le communiqué de presse final du mouvement, publié sur son site, le débat portait également sur des enjeux de politique interne, avec l’adoption de «dispositions urgentes pour l’atteinte des objectifs du MNLA». Or, pour ceux qui suivent le MNLA depuis sa création, ils savent que le Mouvement revendique, comme objectif principal, «une partition territoriale» non reconnue internationalement et qu’une immense majorité des populations du septentrion malien ne veut pas.

Le MNLA, dans le communiqué final de la réunion de Ouagadougou, dit avoir «tenu ces discussions afin d’y parvenir». D’où l’étonnement du député Assarid : «Ce n’est pas amical ce que la Suisse nous donne comme modèle de coopération. Elle ne doit pas s’ingérer dans nos affaires internes. Je suis surpris par l’implication politique de la Suisse dans ces réunions sans fondement. La Suisses est officiellement neutre. Mais, ce à quoi nous assistons actuellement équivaut à une caution politique». En plus de Ougadougou, le MNLA vient de tenir une importante réunion à Tunis avec toujours l’appui des Suisses, nous ont confirmé des sources concordantes. Dans la délégation, il y avait, entre autres, le Secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Achérif et Carole Mottet, la Suisse. Elle a, d’ailleurs, fait l’aller et le retour avec ses amis.

«Carole Mottet doit être mise à la porte»

Le député malien est prêt à dénoncer cela partout où besoin se sentira : «On ne peut pas rester impassible à tout ce qui se trame par la Suisse sur notre territoire. Je suis prêt à dénoncer cela partout dans le monde. Je le ferai au plan national et international, comme je l’ai déjà fait au Parlement Européen. Je crois que si la Suisse est honnête, elle doit s’expliquer sur ce qui se passe au sein de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) à Bamako et surtout mettre à la porte la nommée Carole Mottet. Si la Suisse ne le fait pas, c’est que tout ce qui se passe est dicté par Berne. Parce que je ne peux pas comprendre qu’une femme, qui a son bureau au sein de la DDC, se mette à faire du n’importe quoi. Pire, elle n’a de compte à rendre à personne, même pas au DFAE (Département fédérale des affaires étrangères)».

L’honorable Assarid va encore plus loin dans sa critique : «Je sais que les Suisses ont été les seuls en Europe à défendre la construction des minarets. L’Union Européenne a condamné ce referendum. Il est aussi avéré que la Suisse a fait recruter des centaines de combattants touaregs du Mali pour aider le CNT (Conseil national de transition) à combattre Khadaffi, en Libye. On sait aussi que c’est la Suisse est l’un des principaux acteurs dans le financement de ceux qui ont pris les armes contre le Mali, au Nord». Verdict du député : «Une telle coopération ne sert à rien au Mali». Assarid Ag Imbarcawane de demander à «notre diplomatie de bien s’informer sur les différentes activités de la Suisse au Mali et de faire la part des choses. Si le ministre des Affaires Etrangères ne se manifeste pas, je vais demander qu’on l’interpelle devant l’Assemblée nationale».

Car, a-t-il ajouté, «nous, élus du Mali et surtout du Nord, n’accepteront plus que les Suisses continuent à se venger de la Mort de Berberat. Nous la regrettons comme nous regrettons la mort de plusieurs autres personnes dans ce conflit. Ce n’est pas le Mali qui a commandité ce meurtre». Il sied de rappeler que Jean-Claude Berberat, Chef de la Coopération suisse au Mali, a été assassiné le 4 octobre 1994, à Niafunké. Il avait 47 ans.

Ce que les Maliens doivent savoir est qu’en plus des Suisses, d’autres organismes internationaux ont contribué à mettre en place le MNLA. Il s’agit, notamment du PNUD. C’est un chapitre que nous ouvrirons dans nos prochaines parutions.

Le dernier point soulevé par Assarid Ag Imbarcawane concerne les négociations «en solo» que mènent plusieurs associations du Mali. Pour lui, ces actions doivent être «coordonnées par le gouvernement et le médiateur», car on a à faire «à des étrangers qui ne connaissent pas nos réalités».

A suivre.

Paul Mben

22 Septembre du 27 Août 2012