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Théoriquement, les tâches réparties entre acteurs dans le processus d’assainissement de la ville de Bamako sont claires et précises. Néanmoins, dans la pratique, la ville est défigurée par les ordures et aucune responsabilité ne se dégage.

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La gestion de la filière déchets solides comprend deux maillons essentiels : la pré-collecte coordonnée par les mairies des communes et la collecte secondaire qui est à la charge de la mairie du district via son service technique, la direction des services urbains de voirie et d’assainissement (Dsuva). Dans la chaine, les services des groupements d’intérêts économiques (GIE) sont alloués pour assurer le transport des déchets de la porte des ménages vers les dépôts de transit aménagés par les municipalités. C’est à partir de là que la Dsuva s’occupe de l’évacuation des ordures ménagères vers une décharge finale dont l’aménagement incombe à l’Etat. Les foyers ont à charge les poubelles, même si elles sont souvent subventionnées par les municipalités. En théorie, les tâches sont donc claires et simples entre les acteurs mais pour Abdoulaye Bassolé, troisième adjoint au maire chargé de l’assainissement en commune II, «l’assainissement est un domaine véritablement compliqué».

Dans la pratique, la machine est fortement grippée et les acteurs semblent vouloir se refiler la patate chaude. La lenteur observée dans l’évacuation des déchets au niveau des ménages «prouve que les GIE aussi sont défaillants», selon un responsable municipale de la commune V. Pour son homologue de la commune II, Abdoulaye Bassolé, ce sont les moyens de transport de ces GIE qui sont dépassés. «Ils n’ont pas la capacité nécessaire pour faire le travail. Il faut qu’ils sortent du système de traction animale pour aller vers des bennes à ordures, des tracteurs, en fait, des machines véritablement mécaniques !», indique-t-il.

«Les GIE sont tellement débordés qu’ils ne savent plus où déposer les ordures», relativise Mory Sacko, troisième adjoint au maire de la commune IV du district de Bamako.

Ces groupements, quant à eux, indexent l’insuffisance et/ou l’indisponibilité des dépôts de transit que les mairies sont censés mettre à leur disposition. Les six communes du district de Bamako ne comptent en tout que trois dépôts de transition. L’insuffisance des sites officiels laisse proliférer des dizaines de tas d’ordures illégalement déposés dans chaque commune.

Le ministère de l’environnement et de l’assainissement a concerté, il y a quelques mois, ses partenaires des collectivités du district en vue de mettre en œuvre une opération d’une valeur d’un million et demi de Franc Cfa visant à supprimer les dépôts anarchiques disséminés à travers la ville. Dans le processus d’évacuation des ordures, «les difficultés ne sont pas négligeables», reconnait Soungalo Coumaré, directeur des services urbains de voirie et d’assainissement. Il explique que : « l’assainissement est une activité qui coûte extrêmement chère en terme de ressources financières et humaines». Néanmoins «il est indispensable pour les GIE d’aller sur les sites qui leur ont été indiqués, en attendant une solution aux problèmes de la voirie ».

Selon les statistiques, environ 40 % de la population n’a pas investi dans l’achat d’une poubelle, se débarrassant dans leur ordures soient dans le caniveau soit à même le sol devant la maison. Et 10 % des ménages ne seraient pas abonnés aux services de ramassage offert par les multiples GIE, acte pourtant indispensable dans le système d’assainissement de la ville.

La Dsuva, selon son directeur, utilise quelque 1.400 à 1.500 litres de gas-oil par jour. Ce volume reste insuffisant pour l’alimentation des 26 camions dont dispose cette direction de la voirie municipale. Pire, ces
26 camions (qui ne sont pas encore tous mobilisés) ne représentent que
50 % des besoins d’équipement de ce service technique pour les opérations d’assainissement du district. On estime à 2.300m3, la quantité de déchets solides produite par jour à Bamako.

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Il se pose donc un sérieux problème de décharge finale. Comme site de décharge finale, l’Etat a choisit Noumoubougou, localité située entre Bamako et Koulikoro. Il y a réservé une dizaine d’hectares afin que la Mairie du district puisse y déposer les ordures de la ville. Le feu-vert a été donné aux municipalités en 2011 mais deux ans après, les travaux d’aménagement sont toujours en cours.

Une première cellule a été aménagée mais il y faut séparer la nappe souterraine des eaux de percolation venant des ordures. «Une géo-membrane doit être installée pour protéger la nappe souterraine afin d’éviter les conséquences d’une pollution qui peuvent être très graves.
Ce qui n’a pas été fait jusque-là. C’est pourquoi la décharge reste pour l’instant inutilisable», a expliqué Soungalo Coumaré.

Quand est-ce que ce site dont l’ouverture initiale était prévue pour janvier 2010 sera véritablement opérationnel ? Aucune collectivité territoriale, y compris la mairie du district n’a la réponse. Un avenant récemment approuvé en conseil des ministres, ne précise pas la date de mise en service du site.

«L’essentiel pour nous, collectivités, est qu’il y ait le feu-vert pour le dépôt de nos ordures puisqu’on suppose qu’il est équipé», a indiqué Mory Sacko, troisième adjoint au maire de la commune IV, chargé des questions d’assainissement, de santé et d’éducation.

Les conseillers ont beau «prioriser» l’assainissement de Bamako, l’insalubrité de la ville, désormais envahie par les immondices, fait peser un véritable risque de santé publique. «Ce problème a été largement débattu lors d’un dernier conseil du district», confesse un élu de la commune III.

Parler, c’est bien, mais passer à l’acte, c’est encore mieux !

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 12 Juillet 2013