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Aujourd’hui l’état des rues et des places publiques de nos villes est tel que de nombreuses personnes accepteraient volontiers, pour y remédier, le retour de la chicote du garde colonial ou, tout au moins, celui des travaux d’assainissement obligatoires de la Première République, appelés “investissements humains”.

La Guerre de Nancouma

Le Ministre de l’environnement Nancouma interpellant personnellement les fabricants de tam-tam, voilà une scène qui en aura ému plus d’un, même si d’autres n’y ont vu qu’une démarche publicitaire, notamment avec la présence des caméras de la télévision nationale.

Cependant qui osera nier la nécessité de protéger notre couvert végétal, non seulement comme un moyen de lutte contre l’avancée du désert (et donc de préservation de notre capacité agricole), mais comme un éminent appoint au tourisme par la préservation des paysages et des sites naturels.

Le lien de la guérilla de Nancouma avec le thème de l’assainissement ? C’est tout simple : c’est le civisme, cette qualité par laquelle le citoyen obéit de lui-même à la loi sans la menace ou la contrainte du gendarme.

C’est le ministre N’Diaye Bah du tourisme qui devrait, accompagné d’une escouade d’hommes armés de gourdins, se mettre à l’affût des vidangeurs nocturnes de fosses septiques dans les différents quartiers de notre capitale.

Cela, après avoir sommé ceux qui ont creusé une canalisation pour y drainer les eaux usées de leur maison dans la rue, de creuser plutôt un puisard. Comme au moyen aga, en Europe, chez nous l’eau pourrie coule au beau milieu de la chaussée.

Les rues de Paris et de Londres étaient pavées, ce que Missira, quartier pilote en la matière, essaiera de faire dans les prochains mois, avec l’aide de l’Union européenne. En attendant, il ne sert à rien de tenir le “haut du pavé” en marchant dans les rues de la capitale, au risque de mettre le pied à quelque source de pollution tous les 20 mêtres.

L’estimé confrère qui a écrit la semaine dernière que Bamako s’embellit par petites touches exagère vraiment, mais à peine plus que le maire du District qui parle d’embellir la cité, au lieu de commencer par curer les caniveaux.

L’incivisme : un mal à combattre

Le fait pour un gouvernement de croiser les bras devant l’insalubrité généralisée est une démission, voire une trahison. Les autres maux, comme la corruption, se nourrissent à la même source.

Ce n’est pas un hasard si le régime qui a institué les investissements humains est le même qui a initié l’opération-taxis, vaste coupde filet contre la corruption (ou ce qui était tenu pour tel à l’époque). L’emploi de la force brutale contre les récalcitrants, possible à cette époque et à l’époque coloniale, n’est certes plus de mise en démocratie.

Mais le civisme demeure une nécessite, si l’on ne veut pas que l’Etat (et donc le pays, comme en Somalie) vole en éclats. Il faut vaincre la piraterie pour sauver notre musique, dont la renommée est mondiale.

Il faut que les comptables et les régisseurs arrêtent de puiser dans la caisse et de s’enfuir, comme on l’a vu à l’Institut d’Odonto-stomatologie, à l’Office du Niger et au cercle de Kati, pour citer les cas les plus récents.

Il faut, plus simplement, que les convois de mariage roulent lentement (voire majestueusement) et que les bruits d’une soirée dansante n’empêchent pas les voisins de dormir.

Il faut enfin réussir, à tout prix, l’assainissement physique et moral du pays.

Pourquoi les nombreux millionnaires de l’ère démocratique ne paieraient-ils pas (de façon à les intéresser) les jeunes chômeurs pour qu’ils fassent de l’investissement humain chaque dimanche?

Ibrahima KOITA

29 août 2006.