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Il suffit juste de faire un tour dans la ville de Bamako pour constater la désolation qu’infligent les tas d’ordures qui détériorent le cadre de vie des populations. L’assainissement de la capitale malienne devient de plus en plus un casse-tête pour les autorités politiques et administratives, pour qui l’évacuation des déchets après le curage des caniveaux pose un réel problème. Partout à travers la ville, on observe des montagnes d’ordures et les caniveaux remplis et d’objets de toute sorte.

L’insalubrité à Bamako est devenue un vrai problème pour les autorités. En dépit de la multiplication des initiatives ces dernières années, le constat reste le même. Les tas d’ordures gisent au bord des trottoirs et bouchent les collecteurs et caniveaux. Les toilettes sont communiquées directement aux caniveaux ou les eaux usées sont déversées dans la rue.

L’une des conséquences directes de cette insalubrité, ce sont les inondations qui touchent des quartiers de la ville à chaque hivernage. C’est pour cela qu’à l’approche de la saison des pluies, la mairie du District engage une vaste campagne de curage des caniveaux pour prévenir notamment les inondations, assurer l’entretien et la gestion durable des ouvrages de drainage et contribuer à changer le cadre de vie des populations.

Cette action permettra aussi d’éviter que ces caniveaux ne soient transformés en des nids de moustiques ou des gîtes larvaires susceptibles d’engendrer des maladies hydriques diarrhéiques ou le paludisme.

Pour donner fière allure à la capitale et parer aux éventuelles inondations, les autorités bamakoises et leurs partenaires organisent chaque année, à l’approche de la période hivernale, une campagne de curage des caniveaux dans le District. Les GIE sont ainsi sollicités pour le travail. «La cellule technique d’appui au district de Bamako signe chaque année le contrat avec des GIE d’assainissement pour le curage des caniveaux», explique Oumar Konaté, directeur de la cellule technique d’appui aux communes du district de Bamako (Ctac).

« Nous ne sommes pas les seuls intervenants sur le terrain, d’autres structures interviennent telles que la Dnacpn (Direction nationale de l’assainissement, des collectes, de la pollution et des nuisances) et ses services rattachés, la Direction nationale des travaux publics et l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (Ageroute)’’, précise notre interlocuteur, ajoutant que la Ctac a un rôle de maître d’œuvre. A ce titre, elle identifie les caniveaux à curer pour que le service puisse se faire de façon ordonnée.

Il nous fait également savoir que les GIE ne sont pas choisis au hasard. Si l’on en croit les explications de M. Konaté, cela se fait suivant une procédure d’appel d’offre et le nombre des GIE dépend du programme établi par la Ctac. Les GIE, pour être retenus par la Cellule, doivent être reconnus administrativement et au plan fiscal.

Le partenariat institutionnel donne beaucoup de crédibilité au leadership de la mairie qui déploie beaucoup d’efforts pour rester proche des préoccupations de ses administrés en matière d’assainissement. Ces efforts portent sur l’appui aux GIE, aux comités de salubrité et aux commissions des marchés pour l’acquisition de matériels d’assainissement adéquats et de personnel qualifié. « La proposition financière des GIE doit être raisonnable », prévient le directeur de la Ctac. Pour résoudre ces problèmes récurrents, chaque année, la Cellule, dit-il, déploie d’énormes efforts pour curer les caniveaux de la ville.

En plus de la Cellule technique d’appui aux communes du district de Bamako, l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (Ageroute), comme son nom l’indique, intervient dans l’entretien des routes et le curage des caniveaux. Rappelons que l’Ageroute a débuté son programme de curage des caniveaux en 2006. « Elle travaille également avec la Direction régionale des routes du district de Bamako », révèle Modibo Keïta, directeur technique de l’Ageroute.

‘’Pour éviter que les gens transforment les caniveaux en dépotoirs d’ordures ménagères, il faut nécessairement une large sensibilisation, car la majorité des citoyens continuent de considérer le canal qui passe devant leur maison comme une poubelle », continue-t-il. Tout en remerciant les autorités de la mairie du district de Bamako pour avoir contribué à la construction d’une trentaine de km de caniveaux, Modibo Diallo, responsable du volet assainissement du District, sollicite 20 autres supplémentaires. «Quand vous regardez les eaux, dit-il, elles sont chargées, ce qui veut dire que les gens jettent les ordures et des objets dans les caniveaux».

C’est pourquoi il en a appelé au sens du civisme de la population, souhaitant que chacun apporte sa contribution pour une capitale saine et sans inondation. Quant au Bourgmestre de la capitale, Hari Makan Keïta, il invite les entreprises adjudicataires des travaux à faire preuve de professionnalisme et de rigueur afin que le curage se réalise dans les délais contractuels prévus.

Il importe de mentionner que les dépôts de transit ne trouvent pas jusqu’à présent une solution adéquate pour l’acheminement des ordures sur les décharges finales. La stratégie de gestion des déchets solides ou des eaux usées, explique Drissa Traoré, s’effectue en trois phases : la pré-collecte, la collecte et le dépôt final. La stratégie avait prévu, dans sa mise en œuvre, l’installation d’un système de poubelles normalisées devant tous les ménages.

Les GIE devaient faire le tour des quartiers en les vidant de leur contenu pour les déposer au niveau des dépôts de transit. A cet effet, la mairie du District, à travers la direction des services d’assainissement de la Voirie, devait prendre le relais à partir des dépôts de transit et les évacuer en dehors de la ville, au dépôt final.

Actuellement, la collecte se fait au niveau des dépôts de transit et à la décharge finale par les bennes de la voirie municipale. Ainsi, le schéma avait prévu la création de 120 dépôts de transit, soit vingt par commune. Il était prévu la création et l’aménagement de quatre sites de décharge finale autour de Bamako. Les communes I et II devaient transporter leurs ordures à Noumoubougou, les Communes III et IV à Samanko, et les communes V et VI respectivement à Ngouana et Dialakorobougou. Malheureusement, c’est le seul site de Noumoubougou qui est en cours d’aménagement.

Par ailleurs, une équipe d’enquête de la Dnacpn a, en 2003, recensé dans les six communes seulement 28 dépôts de transit. Ce chiffre est insuffisant pour couvrir les besoins de la ville. Il avait été décidé que les ordures ne devaient pas rester plus de quarante huit heures dans les dépôts sans être évacuées.

Malheureusement, la quantité d’ordures produite à Bamako dépasse les capacités d’évacuation de la Voirie, faute de moyens d’action adéquate, a déploré Seydou Traoré, un agent de la mairie du District. L’augmentation de la population de la capitale a eu pour conséquence de changer brusquement la vocation des sites désignés. A cet effet, Drissa Traoré estime que pour réussir cette mission de gestion des ordures, il faut au minimum 150 dépôts de transit. Chaque quartier doit avoir, au minimum, un dépôt.

Gérard DAKOUO et Aboubacar DIABATE

22 Août 2013