Partager

Si rien n’est entrepris par les responsables, supporters et sympathisants de l’AS Réal de Bamako, le monde footballistique malien risque d’assister à l’effacement, voire la disparition de l’équipe. En effet, en ce début de saison 2008-2009, l’équipe de Djicoroni-Para paraît aussi moribonde que manquant de punch.

Cela se comprend peut-être, quand on sait que depuis un certain temps, le Réal est confronté à des problèmes de personnes. Pourtant, dans les années 1960, 70 et 80, les Noir et Blanc avaient fait la fierté du peuple malien et étaient considérés comme une référence africaine, grâce à leur passé glorieux dû surtout à leurs talentueux attaquants. Ce qui avait valu, au Réal, l’appellation de “L’attaque électronique”.

Le Réal a été créé en 1960, avec la fusion du Racing et de l’Avenir. Ce qui a permis à l’équipe de jouer la finale de la Coupe des Clubs

champions en 1966, avec les Salif Keîta, Cheick Fantamady Kéïta et autres. La belle épopée s’est poursuivie jusqu’en 1972, avec la qualification des Aigles à la 8è édition de la CAN, au Cameroun. Et cela, grâce à la performance de la plupart des joueurs du Réal.

D’ailleurs, c’est grâce aux performances de l’équipe que le premier Ballon d’Or Africain sortira de ses rangs. Et c’est sans surprise que le Réal sera Champion du Mali en 1981, lorsque les autorités sportives ont initié le Championnat national sous sa forme actuelle.

A l’époque, des observateurs sportifs avaient déclaré si les Aigles réalisaient des performances, cela était dû à “l’attaque électronique“ du Réal, à l’aisance technique du Stade malien de Bamako et à la solidité défensive du Djoliba AC.


En baisse de régime

Mais hélas, ces anciennes performances sont aujourd’hui à mettre… au passé. Les joueurs, qui avaient fait le bon temps et qui sont devenus aujourd’hui les responsables, semblent avoir failli à leur devoir. Ainsi, depuis 1996, date de la dernière performance du club, l’équipe est comme abandonnée à son propre sort.

Et des querelles personnelles ont pris le dessus sur les intérêts du club, ce qui explique son déclin et qui a failli coûter cher au Réal, lors de la saison 2000-2001 où l’équipe a failli descendre en 2è division. Il a fallu attendre la dernière journée pour voir l’équipe assurer son maintien en première division.

Et tout le monde, de se rappeler encore les 11 buts encaissés par Réal face au Stade malien de Bamako. Si les locataires de Djicoroni-Para ont été les premiers à décrocher le titre de Champion du Mali en 1981, aujourd’hui, ils sont à la traîne, avec seulement trois titres qui datent depuis belle lurette. Même scénario en Coupe du Mali, où l’équipe ne l’a remporté que 9 fois. Cette faillite du plus prestigieux club est dû, dit-on, aux égoïsmes, méchancetés et querelles de personnes.

Pourtant, après 7 ans de “disette”, un groupe d’hommes et de femmes avaient décidé de prendre l’équipe en main avec de nouvelles initiatives, pour l’avancée du club. Résultat : le Réal s’est classé 3è et 1/2 finalistes de la Coupe du Mali. Cela avait permis le retour de certains responsables et supporters, et tout le monde fut motivé.

Mais hélas, ces responsables, qui avaient commencé à donner espoir à tous les Réalistes, seront une fois de plus victimes de leur succès. Ainsi, des cabales et des campagnes diffamatoires seront menées, qui vont pousser ces responsables vers la sortie. Et depuis lors, ce fut le retour programmé à la case de départ.

Malheureusement, l’équipe continue encore de régresser. Et malgré l’appel à la cohésion et à l’unité lancé par le principal bailleur de fonds, M. Mandiou Simpara, les choses restent intactes.


Le déclin

Malgré l’arrivée de Idrissa Maïga “Métiou” (qui fut un célèbre footballeur du Réal et de l’équipe nationale du Mali) et de ses fidèles compagnons (le Dr. Seydou Sow, Mamadou Bouaré, Aliou Aya et Me Tounkara), le Réal continue, chaque année, sa descente aux enfers. D’ailleurs, il a fallu l’arrivée, l’année dernière, de l’entraîneur Idrissa Kanté “Gorgui” pour éviter le gouffre qui se dessinait à l’horizon, et cela du fait de responsables accusés (à tort) de gestion opaque.

Si tous les observateurs sportifs avaient donné le Réal favori pour la Coupe du Mali 2008, force est de reconnaître qu’à l’allure où vont les choses, l’équipe risque de s’effacer complètement tant l’engouement et la motivation y font défaut. D’ailleurs, selon le capitaine de l’équipe, Harouna Diarra, même pour boire de l’eau, il fallait que l’entraîneur paie de sa poche.

“Les responsables du club ne sont jamais présents à côté de nous, chaque fois que la nécessité s’impose. Même pour boire de l’eau, c’est l’entraîneur qui paye pour nous. Ils sont là seulement à nous critiquer inutilement. Surtout quand le Réal subit une défaite, on voit la main d’autres personnes qui sont accusées d’avoir donné de l’argent aux joueurs pour qu’ils ne jouent pas.

Ils ne font que s’occuper des autres personnes, en oubliant complètement le club qui est laissé à son propre sort. Ne parlons pas des supporters qui ne font qu’insulter sans donner un rond de centime“, avait-il déclaré, il y a quelques semaines.

Ce qui explique que certains ténors tels que Harouna Diarra, Jacques Koffi Guessan, Momo Wandel Soumah, et plus particulièrement la “légion étrangère” n’aient pas encore renouvelé leurs licences.

Au lieu de chercher à se renforcer par des joueurs talentueux et confirmés -ne serait-ce que dans le Championnat malien, vu le rang du Réal au Mali et en Afrique-, les responsables actuels se contentent de louer les services de joueurs dits “en retraite”, et qui ont fait toute leur carrière au Stade ou au Djoliba. Et le paradoxe, c’est que l’équipe veut prétendre au titre de Champion ou à une Coupe du Mali, pendant que les responsables recrutent des joueurs à… Ké-Macina, Kolokani…

C’est ainsi que cette année, on a constaté l’arrivée, au Réal, de joueurs dits “presque finis”, tels que Alfousseyni Kouma, Daouda Diakité, Abdoul Karim Traoré, ainsi que des joueurs de 3è et 4è division. A l’exception du gardien de but Almamy Sogoba (transfuge du Djoliba) et de Mohamed Traoré, on ne peut compter sur l’équipe.

Aussi craint-on aujourd’hui que le Réal ne disparaisse de la scène sportive, c’est-à-dire, que l’équipe ne soit reléguée en seconde zone. Et comme pour ne rien arranger, des rumeurs font état du limogeage de l’entraîneur “Gorgui”, qui sera remplacé par Moussa Keïta “Dougoutigui”.

On comprend maintenant. Ces responsables qui sont arrivés luttent uniquement pour leurs intérêts personnels et non au profit du Réal. Ils sont venus au Conseil d’Administration uniquement pour accéder aux instances sportives du pays ; et le reste ne les intéresse pas. Si jamais le Réal disparaît, ils vont disparaître eux aussi“, a déclaré un supporter, très énervé.

Rappelons que deux responsables du Real sont membres du bureau fédéral (Mamadou Bouaré et Aliou Aya) ; et qu’un autre est membre de la Ligue de Bamako (le Docteur Seydou Sow). Malgré tout, le Réal continue de traîner dans la boue. Il est donc temps que tous les Réalistes se ressaisissent avant l’importante échéance, c’est-à-dire le Championnat national et la Coupe du Mali.

Il s’agira de créer des conditions de motivation, mais cela passe par le renouvellement des licences des ténors et ensuite, il faudra faire appel à toute la famille des Noir et Blanc, en vue de s’unir pour le bonheur de l’équipe d’abord, ensuite pour celui du football malien. Il ne sert à rien de vouloir faire du Réal un héritage “paternel” et de prouver qu’on a joué pour l’équipe par le passé.

En tout cas, ce n’est pas parce qu’on a joué pour le club, qu’on doit forcément diriger le club. Que chacun accepte seulement de jouer son rôle, pour l’avancée du club. Donc une prise de conscience des responsables, supporters et sympathisants du Réal est nécessaire, pour sortir le club de cette torpeur qui n’a que trop duré.

Sadou BOCOUM

20 Novembre 2008