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Une fiction sur un président (aux méthodes royalistes) d’une Afrique postcoloniale met en évidence une chose : la satisfaction morale est une utopie, même au sein de la garde rapprochée du chef dont on estime privilégiée.

jpg_theatre.jpgLa scène théâtrale est interprétée par huit (8) acteurs de deux nationalités (six maliens et deux français) réunis au sein d’un groupe dénommé «Destin croisé». «La chemise d’un homme heureux» est un texte écrit et mis en scène par l’écrivain et adaptateur, Sirafily Diango. Celui-ci est professeur de lettre diplômé de l’école normale supérieure (ENSUP). Après son diplôme, il entreprend un périple qui le conduit au Burkina Faso où il enseigna pendant une douzaine d’années.

A son retour au Mali en 2001, il intégra le corps professoral du lycée Mansa Makan Diabaté à Baco Djicoroni (Bamako). Il est auteur de deux ouvrages : «Le Voyageur» (2009 aux éditions Le manuscrits à Paris) et «Tiara Limardis» (2010 à Edi Livre) qui est l’histoire d’une fillette abandonnée à la poubelle.

En effet, c’est le chef de l’Etat qui est tombé malade à l’issu d’une crise brutale. La maladie devenant très critique aura un remède à priori facile à trouver. Le roi doit porter nécessairement la chemise d’un «homme heureux» pour qu’il guérisse, confesse une prédication. «Le roi est guéri» crient en chœur la population. La projection de cette scène, le 9 février dernier dans la salle de spectacle Blonba dans le cadre de la troisième édition de la rentrée littéraire, a fait jaser des dizaines de personnes.

jpg_art-3.jpgCe qu’il faut dire, c’est que toute la communauté semblait bien heureuse applaudissant et souriant aux faits et gestes, même les plus stupides, du chef. Pourvu que quelqu’un reconnaisse au sein de la communauté qu’il est un homme heureux. La recherche de cette perle fut un véritable parcours de combattant. Le chef de guerre (le général) qui a l’estime du président a par le passé perdu une bataille qui semble vouloir le hanter durant le restant de sa vie ; le «Kôrôdouga» (messager et animateur public) a des difficultés de pouvoir contrôler sa famille ; l’artiste de la communauté est affecté par un problème sentimental ; entre autres.

Mais tous ceux-ci, à la seule vue du chef, avaient le sourire aux lèvres. Il ne s’agissait pas de l’histoire d’un roi mais des méthodes (fictives) d’un président puisque la scène est adaptée pour le cinquantenaire des indépendances des pays africains francophones célébré en 2010. Le sage ou le philosophe qui s’était engagé vaillamment à la tâche de rechercher de l’homme heureux avait oublié qu’il faisait lui-même parti de la communauté. Dans cette recherche ininterrompue, seule une personne avait fini par admettre qu’il était heureux : un fou. Mais malheur pour le roi puisque celui-ci n’avait comme seul habit qu’un caleçon ; donc pas de «chemise» à offrir au chef. D’où sa résignation à attendre la mort.

Seydou Coulibaly

15 Février 2012

©AFRIBONE