Partager

C’est à minuit 45 minutes exactement que le vol spécial transportant des Maliens refoulés d’Espagne a atterri à l’aéroport de Bamako cette nuit-là.

Les 62 passagers « extraordinaires » sont tranquillement descendus de l’avion pour regagner, tout aussi paisiblement, le hall de l’arrivée B situé à l’Est du grand bâtiment de l’aéroport.

Comme d’habitude, la police et les agents du département des Maliens de l’extérieur ont entamé la procédure d’identification des passagers, sans heurts.

Mais à un certain moment, quelques-uns des expulsés ont commencé à hausser le ton, la tension monte, culmine et explose. Les passagers saccagent tout sur leur passage.

Le bilan matériel est lourd : les vitres de la devanture du hall côté piste brisées, le bureau de visas de la police et le bureau de santé bousillés, le carrelage endommagé, le panneau de publicité de l’hôtel Azalaï cassé etc.

Les forces de sécurité (40 éléments du GMS, plus les policiers de l’aéroport) ont dû user des moyens forts pour maîtriser la furie des vandales et les « expulser » du hall.

Au dehors, les manifestants ont continué à troubler l’ordre au sein de l’aéroport en criant et en scandant des slogans hostiles au pouvoir et aux occidentaux.

Quand ils sont revenus à de meilleurs sentiments, soulagés d’avoir vidé leur colère, les refoulés prennent place dans les cars pour regagner la ville.

Pour élucider le problème, nous avons rencontré deux cadres des aéroports du Mali : le directeur financier Lassina Diarra qui était de permanence cette nuit-là et le chef du service juridique Cheick Oumar Tall.

Le premier a assisté comme beaucoup de personnes à la scène de casses, mais ils ne connaît pas les motivations des casseurs. Il n’était même pas informé de l’arrivée des expulsés car, dit-il, les vols spéciaux ne sont pas programmés mais annoncés.

En dehors du ministère des Maliens de l’Extérieur et de celui de la Sécurité intérieur qui organisent l’accueil des refoulés, seule l’ASECNA est informée de l’arrivée des vols spéciaux car, l’agence détient la carte d’identité des avions.

L’autorité aéroportuaire gère les expulsés comme les passagers ordinaires. Ils remplissent tous normalement les formalités d’usage et quittent le domaine aéroportuaire.

Alors, après les casses, quel sort la direction des aéroports réserve-t-elle aux casseurs du 8 août?

Selon Cheick Oumar Tall, dès qu’il s’agit de refoulés, l’affaire devient hautement politique et dans le cas présent, la direction n’attaque pas directement les casseurs.

A chaud donc, elle a fait une déclaration de sinistre à son assurance et tous les constats requis. Toutes ces données sont transmises à l’Assureur des aéroports qui pourrait ou non se retourner contre les casseurs.

En attendant, la direction est obligée de réparer les dégâts car l’aéroport est un bâtiment sensible et les halls d’arrivée sont la vitrine du pays.

D’ici dimanche, l’Arrivée B retrouvera tout son lustre, ont promis nos interlocuteurs.

Sékou Tamboura

09 août 2006.