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BAMAKO – Des militaires français sont arrivés samedi à Bamako en provenance de Côte d’Ivoire et du Tchad, a affirmé à l’AFP un responsable militaire malien, alors que les forces maliennes sont engagées contre les groupes islamistes tentant de progresser du nord du pays vers le Sud.

jpg_une-1339.jpgNous avons accueilli ce (samedi) après-midi des militaires français venus de Côte d’Ivoire et du Tchad, a dit à l’AFP ce responsable de l’armée malienne, indiquant que d’autres arrivées étaient prévues, sans préciser de calendrier.

Ces hommes appartiennent au groupement tactique interarmes (GTIA), comprenant des éléments des forces françaises prépositionnées en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire et au Tchad, a-t-il dit, refusant de s’exprimer sur les effectifs arrivés ou attendus au total, leurs missions et les lieux où ils seront déployés.

Samedi soir, la télévision publique ORTM a montré les images de l’arrivée des militaires français, qui ont été accueillis à l’aéroport militaire de Bamako-Sénou (périphérie sud-est de la capitale) par plusieurs autorités militaires maliennes dont le chef d’état-major adjoint des armées, le colonel-major Adama Dembélé, et l’ambassadeur de France au Mali, Christian Rouyer.

Ces soldats français seront rejoints par d’autres qui arriveront directement de la France dans les heures qui suivent. D’ici à lundi prochain, le groupe sera au complet et opérationnel aux côtés de leurs frères maliens au front, a rapporté l’ORTM, sans fournir de nombre.

Interrogé par la télévision, le commandant du détachement français au Mali, le colonel Paul Gèze, a déclaré: Mes souhaits, quant à la mission assignée, c’est de la réussir le plus rapidement possible, dans les meilleures conditions possibles, avec toujours le souci de la sécurité des personnes – que ce soit de la population malienne, de mes hommes ou de l’armée malienne.

Des affrontements, notamment à l’arme lourde, ont opposé ces derniers jours à Konna (centre) les forces gouvernementales maliennes et des jihadistes alliés à Al-Qaïda, qui ont affirmé vouloir progresser du nord du pays, qu’ils occupent, vers le Sud, sous contrôle de Bamako.

Les militaires maliens ont reçu vendredi l’appui de forces françaises avec des moyens aériens et ils ont repris Konna, qui était tombée la veille entre les mains des islamistes.

Bilan: 11 morts et une soixantaine de blessés dans les rangs de l’armée malienne, un militaire français blessé lors des opérations et décédé des suites de ses blessures, selon la présidence malienne. Une source militaire malienne a fait état d’une centaine d’islamistes tués. Selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), dix civils, dont trois enfants, ont été tués lors des combats.

Depuis jeudi après-midi et jusqu’à dimanche matin, aucun responsable n’avait être joint par l’AFP dans le camp des islamistes.

©AFP – le 13 Janvier 2013 – 03h44

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Offensive franco-malienne : une centaine de djihadistes tués, selon Bamako

Vingt-quatre heures après le lancement de l’assaut par les troupes franco-maliennes contre le repaire terroriste dans la ville de Konna (centre du pays), les résultats comptables sont plutôt bons.

Une «centaine de morts» seraient enregistrés dans les rangs des combattants islamistes issus des différents groupes armés qui occupent le Nord, selon le décompte de l’état-major malien. De fait, l’armée malienne, bien appuyée par des forces françaises, a repris totalement le contrôle de Konna au terme de «violents affrontements». «Nous avons fait des dizaines de morts, même une centaine de morts parmi les islamistes à Konna. Nous contrôlons la ville totalement», a déclaré à l’AFP le lieutenant Ousmane Fané, à Mopti (centre), région marquant la limite entre le nord et le sud du pays.

Mais ce «trophée de guerre» a été quelque peu éclaboussé par la mort d’un officier français ; un pilote du 4e Régiment d’hélicoptères des forces spéciales de Pau qui a été mortellement blessé lors d’un raid «contre une colonne terroriste». L’appareil du lieutenant Damien Boiteux a été abattu par les terroristes, faisant de lui la première victime de l’opération Serval. Un tragique événement qui a quelque peu émoussé l’euphorie de la France et son Président qui ont reçu les compliments de tous les pays occidentaux et évidemment de la part des Maliens eux-mêmes. Et Paris ne compte pas ranger son attirail de guerre au Mali. Son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a ainsi déclaré hier que les forces françaises sont «dans une phase de montée en puissance».

Troupes au sol : la preuve «terre à terre»…

Le soutien français passe en particulier par un appui aérien aux troupes maliennes et des frappes aériennes ont été conduites vendredi et samedi pour bloquer l’avancée des colonnes de pick-up armés des islamistes, selon la même source.
Les avions de combat – Mirage 2000 et Mirage F1 – basés à N’Djamena ont, dans un premier temps, été engagés. Le dispositif français au Tchad est renforcé et les Rafale, qui peuvent intervenir depuis la métropole, sont «en alerte», a encore précisé M. Le Drian.

Une preuve que l’opération Sevral est loin d’être une simple attaque ponctuelle destinée à repousser l’incursion des groupes armés vers le Sud. La France, qui aura beaucoup bataillé pour avoir enfin «sa» guerre, ne compte pas lever le camp aussi longtemps qu’elle n’aura pas fait le ménage dans cette région. «Notre engagement contre les groupes terroristes qui menacent de s’installer au Mali va se poursuivre, a prévenu M. Le Drian. Nos moyens aériens sont engagés. Des unités convergent vers ce théâtre. Nous poursuivrons aussi longtemps que nécessaire.» C’est désormais certain, cette guerre tant attendue au Mali sera longue.

Cela dit, faut-il souligner aussi que ce mythe de la non-intervention des troupes au sol est tombé dès le premier jour de l’offensive. En effet dès vendredi, les premiers soldats français ont fait leur apparition à Sévaré, à la limite entre le Nord et le Sud, et des unités françaises ont également été déployées à Bamako pour assurer, notamment, la protection des quelque 6000 ressortissants français. Paris tente de justifier cette entrée en guerre par l’avancée «surprise» des groupes armés vers le Sud en faisant valoir le fait qu’il fallait sauver un «pays ami». Mais, abstraction faite de l’attaque odieuse des islamistes, la France se retrouve en porte-à-faux avec sa propre ligne de conduite dans ce dossier. Comme de Gaulle en son temps, Hollande a fait comme si l’ONU était encore un «grand machin» dont il serait inutile d’obtenir un mandat. Les Russes n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner ce vice de forme, suggérant que cela constitue un précédent qui en appellera forcément d’autres.

La France croit avoir trouvé l’argutie juridique en faisant valoir le fameux article 51 de la Charte de l’ONU qui mentionne «le droit de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un membre des Nations unies est l’objet d’une agression armée». Mais cet article paraît extensible à souhait. Même Bachar Al Assad pourrait le mettre en avant pour justifier sa boucherie contre son peuple, qu’il présentera sous la forme d’une «menace terroriste» comme il le fait d’ailleurs. Et dire que les membres du Conseil de sécurité se seraient fait un malin plaisir de donner un mandat à la France pour aller faire sa guerre avec la casquette bleue de l’ONU. De la sorte, Paris et sans doute Washington et Londres pourraient avoir grillé leur joker contre la Russie et la Chine qui bloquent systématiquement toute résolution contre la Syrie et l’Iran.

En tout état de cause, si l’objectif assigné à cette offensive (mettre hors d’état de nuire les islamistes radicaux) est en soi louable, la démarche pour ce faire l’est moins. –

Hassan Moali

Source : Elwatan.com, le 13 Janvier 2013