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Dans la foulée du coup de force perpétré contre les institutions élues du pays le 22 mars 2012, la junte militaire a procédé à l’arrestation des membres du gouvernement et de personnalités politiques, dont certaines ont recouvré la liberté mardi. Qu’il s’agisse de celles qui sont encore gardées ou de celles relaxées, des charges pèseraient sur elles.

L’histoire du Mali démocratique a pris une nouvelle tournure dans la nuit du 21 au 22 mars 2012 avec le renversement du régime en place, la suspension de la Constitution du 25 février 1992 et la dissolution des institutions de la République. Comme dans tout coup de force, la junte militaire qui s’est accaparée du pouvoir a procédé à des interpellations des membres du gouvernement, de personnalités politiques ou des proches du « régime défunt« .

Des personnalités politiques comme Jeamille Bittar, Nouhoum Sidibé de la Canam et Modibo Sidibé ont recouvré la liberté mardi soir. Il n’en est pas de même pour des membres de l’ex-gouvernement, du moins, au moment où nous mettions sous presse. L’une des exigences de beaucoup de formations politiques adeptes de la démocratie et des principes républicains est la libération sans délai des anciens ministres.

Alors que des ministres comme Lassine Bouaré (Economie et Finances), Sidiki N’fa Konaté (Communication), Abdoul Wahab Berthé (Travail et Fonction publique)… sont placés en garde à vue au camp Soundiata de Kati, certains de leurs anciens collègues comme Bocari Tréta (Elevage et Pêche), Pr. Salikou Sanogo (Education, Alphabétisation et Langues nationales), Abou Sow (délégué à l’Office du Niger), Daba Diawara (Réforme de l’Etat) et autres Sambou Wagué (délégué au Budget) ont été épargnés par la vague d’interpellations.

Cependant, vrai ou faux des charges pèseraient contre ceux qui sont entre les mains des putschistes de même que des libérés. De sources concordantes, l’ancien Premier ministre, Modibo Sidibé, qui a séjourné dans le camp de Kati, l’aura été parce que, général de police, il pouvait avoir des connexions dans l’armée pour riposter au coup d’Etat. Par contre, d’autres sources lient son interpellation à sa gestion de la fameuse « Initiative riz« qui aurait nécessité la mobilisation de 42 milliards de F CFA.

Ayant son nom dans les rapports des services de vérification comme la Casca, le président du Conseil économique, social et culturel (CESC), Jeamille Bittar aurait passé à la trappe en raison non seulement de son statut de président d’institution aujourd’hui mais de sa gestion peu orthodoxe à la tête de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM) comme indiquée dans le rapport de la Casca. Pour d’ex-membres du gouvernement en détention, le recrutement dans la fonction publique sans concours ces dernières années de nombre de gens serait le dossier qui plaide en défaveur de Me Abdoul Wahab Berthé et qui justifierait son arrestation.

Au ministère de la Santé, les dernières décisions de mutations initiées par l’ancienne patronne des lieux qui a suscité des grincements de dents aurait été l’acte déterminant qui a amené Mme Diallo Madeleine Ba à se rendre aux putschistes pour échapper à la vindicte populaire. Par contre, à écouter la version des militaires, c’est pour veiller à la sécurité des personnalités qu’ils ont procédé à leur interpellation.

Pourtant, d’autres sont au dehors et vaquent à leurs occupations. Apparemment, il y a deux poids deux mesures. Quoi qu’il en soit, seule la justice est habilitée à établir la culpabilité des personnalités accusées à tort ou à raison. Pour cela, ils bénéficient de la présomption d’innocence.

Mohamed Daou

Les Échos du 29 Mars 2012