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Le 3 novembre 2012 vers 8 heures, au cours d’un contrôle de routine, les gendarmes de la Brigade mixte de Sévaré interceptent trois suspects dont certains sont détenteurs de faux documents de voyage. Il s’agit de : Ibrahim Ouattara, né le 15 janvier 1988 à Aubervilliers (France), d’un père inconnu et d’une mère malienne répondant au nom de Assanatou Ouattara, sans profession, de nationalité française, marié, résidant à l’adresse permanente : 151 rue du chemin vert, 75011 Paris. Moise Diarra, né le 5 mai 1984 à Dobo, dans le cercle de Tominian, région de Ségou, employé de commerce domicilié à Koutiala, fils de feux Bernard et de Wobayé Diarra. Il est malien, marié. Mohamed Taleb dit Mohamed Lemine, né le 1er janvier 1958 à Kifa, République islamique de Mauritanie, des feux Mohamed Lemine et Fatima Sidi Ahmed, professeur d’arabe domicilié à Nouackchott, rue Arafat, sans autres précisions, ethnie Jakamie, également musulman.

A l’issue d’une première vérification faite par cette unité de Gendarmerie et à cause de la forte présomption d’activité douteuse qui pèse sur ces personnes comprenant un Malien, un Mauritanien et un Français d’origine malienne, elles furent interpellées. Par la suite, elles ont été « mises en route » et conduites à la Direction générale de la Gendarmerie nationale à Bamako aux fins d’enquête.

Dans le cadre d’une enquête plus approfondie, les trois hommes ont été mis à la disposition du service d’investigation judiciaire de la Gendarmerie, le 8 novembre 2012. Au terme des investigations, des renseignements plus détaillés ont été recueillis sur ces terroristes présumés. Le nommé Ibrahim Ouattara est un jeune musulman en rupture familiale à cause de sa position radicale par rapport à la religion. Il a basculé très vite dans la tentative de violence gratuite et a opté pour un islam radical. Il a forgé sa personnalité dans les activités djihadistes et décide de pénétrer dans le cercle très restreint des intégristes musulmans. Il fait plusieurs séjours au mois d’avril 2007 au Caire en Egypte pour l’apprentissage de la langue arabe et le Coran. La même année, il émigre au Yémen dans le cadre de l’apprentissage des hadiths et du Coran. Deux autres terroristes l’accompagnent dans son voyage : Arnaud Baroteaux et Hakim Soukni. Les trois activistes seront refoulés à leur arrivée à l’aéroport de ce pays et éconduits en France. Frustré par son refoulement, il opte désormais pour l’islam radical courant l’année 2010 et se rend à Peshawar au Pakistan en vue d’apprendre le maniement des armes et des explosifs.

Le jeune Ibrahim Ouattara, dans le but d’honorer une des conditions édictées par les islamistes, fomente le projet d’assassinat de l’imam et recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Il est alors interpellé le 9 novembre 2010 avec trois autres camarades pour association de malfaiteurs et tentative d’assassinat. Il sera mis en examen et écroué, puis condamné à 20 mois de prison ferme, avec ses trois complices présumés : le Franco-Tunisien Hakim Soukni, le Franco-Algérien Bilal Ben Ouahab et le Français reconverti à l’islam, Arnaud Baroteaux. Ibrahim Ouattara sera libéré le 12 juillet 2012 avant d’être placé sous contrôle judiciaire. Le jeune activiste profite de ce répit et déjoue la vigilance des autorités judiciaires, quitte la France à l’aide d’un faux document. Il s’agit d’une carte d’identité sénégalaise. Ce document est au nom d’un certain Moussa Dramé, élève demeurant en France, 76 rue de Meaux 75019 Paris.

De la France, le jeune djihadiste fuit pour l’Espagne où il embarque à bord d’un vol d’Air Portugal et arrive à Bamako le 31 octobre 2012 à 23 heures. Durant son séjour de 24heures, il réside à l’Hôtel Résidence Bouna. Il y remplit les formalités administratives en s’abstenant de montrer le seul passeport qu’il détient, document établi au nom de Khalifa Dramé, islamiste de son état, qui fréquente les milieux terroriste. Peu avant son départ pour le Nord du Mali, Ibrahim Ouattara se débarrasse du passeport compromettant à Bamako. Il décide, selon ses aveux, de rejoindre les islamistes dans les régions occupées au Nord en vue de leur prêter main forte. Il est interpellé le 3 novembre 2012 vers 8 heures par la Gendarmerie de Mopti.

Le second suspect, Moise Diarra, interpellé le 16 octobre 2012 sur dénonciation pour sa participation présumée à la police islamique de Tombouctou, est un employé de commerce, résidant à Koutiala, spécialisé dans la vente d’alcool frelaté entre les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou. Très engagé sur le terrain de la recherche du gain facile, il n’a pas hésité à se faire enrôler dans la police islamiste. A l’issue de cette reconversion, il reçoit comme nom de baptême le pseudonyme « Abdrahamane « , sous la contrainte islamiste, explique-t-il.

Quant au ressortissant mauritanien Mohamed Taleb, professeur d’arabe de son état ayant résidé quatorze ans durant au Qatar via l’Arabie Saoudite et le Gabon, avant de se retrouver sur le territoire malien à la recherche de sa nièce qu’il aurait perdue de vue depuis trente ans. Il fut interpellé à la même date que le ressortissant français à Mopti pour son comportement suspect.

Bruno D SEGBEDJI

djitosegbedji@yahoo.fr

L’Indépendant du 13 Novembre 2012