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Des officiers supérieurs de l’armée malienne ont été coffrés, il y a trois semaines. La disparition de certains matériels militaires en est la raison. Il s’agit de vente illicite d’engins roulants et de pièces de matériels de guerre, selon nos sources. Les enquêtes sont en cours et d’autres interpellations pourraient s’en suivre.

La grande muette (l’armée) reste “silencieuse” quant au nombre d’officiers supérieurs concernés dans cette affaire, leur lieu de détention et la nature des matériels qui sont l’objet de ces arrestations. De même, le montant sur lequel portent les transactions reste sous silence. Certaines sources parlent de véhicules 4×4 appartenant à l’armée, de pièces détachées de matériels de guerre. Ces mêmes sources laissent entendre que de précédentes ventes ont porté sur du «matériel militaire lourd ».

Cette affaire fera certainement des vagues, car on peut aisément imaginer que les officiers supérieurs en cause n’ont probablement pas opéré en vase clos, et qu’il pourrait y avoir, de gros capitaines d’eau douce, qui peuvent magiquement passer entre les mailles du filet de la discipline militaire. Ceux qui sont aujourd’hui entre les quatre murs ne manqueraient pas de soutiens de taille au niveau de l’armée. Pour certains, des proches du président ATT seraient dans le lot.

Mais, qui est proche d’ATT et qui ne l’est pas ? A moins que les informations ultérieures ne le précisent, cela ne change rien lorsque, c’est la nation et sa défense qui sont en cause. En entendant l’aboutissement des enquêtes qui ont été ouvertes, nos sources nous édifient sur quelques certitudes.

D’un, des matériels militaires ont été enlevés et vendus suivant des procédures peu orthodoxes. De deux, des officiers supérieurs en cause sont connus par la hiérarchie, et comme tels, ils ont été écroués. De trois, ces officiers en cause ont été transférés en d’autres lieux maintenus secrets et les enquêtes suivent leur cours. Précédemment détenus à Kati, selon certaines sources, ils ont été transférés au nord du pays, comme au bon vieux temps des bagnes du désert.

A l’état actuel des choses, la grande muette qui ne veut pas trop de bruit autour de ses affaires, montre sa détermination à aller jusqu’au bout des enquêtes déjà entreprises. Raison pour laquelle les différents porte-paroles de l’armée, à la DIRPA et au ministère de la Défense et des Anciens Combattants, sont prudents et assez réservés sur la question.

« Pour le moment, il s’agit d’une sanction disciplinaire », selon le Directeur Général adjoint de la DIRPA (Direction de l’Information et des Relations Publiques de l’Armée), le Colonel Idrissa Traoré.

Le Colonel ne précise pas les faits et la nature des matériels, mais pour lui, « il y a un problème en cours ». Il serait d’ordre administratif et disciplinaire et les enquêtes détermineront ce qu’il en est. C’est pourquoi, le Colonel invite à la prudence pour ne pas « s’embourber ».

Selon lui, les sanctions disciplinaires qui sont courantes dans l’armée peuvent conduire les intéressés dans d’autres régions. « Pour le moment, il s’agit de sanctions disciplinaires, mais les gens essaient de faire la sensation et les rapprochements. On ne peut pas, pour le moment, parler d’armements lourds. Certains font de l’amalgame quand ils parlent de coalition entre ces éléments et la rébellion », explique le Directeur adjoint de la DIRPA.

Au ministère de la Défense et des Anciens Combattants, c’est la même retenue : « les gens sont entrain de polémiquer pour rien », nous dit-on. En fait de matériels, il ne s’agit que de vieilles voitures de l’armée qui doivent être reformées, explique notre interlocuteur. Tout en précisant qu’il n’y a pas eu vente d’armes; il a seulement laissé entendre que des camions militaires très âgés figurent dans le lot de matériels vendus.

« Sur certains véhicules, la réglementation n’a pas été respectée, c’est suite à un système de contrôle interne plus rigoureux que la hiérarchie a procédé à des arrestations et a sanctionné les responsables en cause. Un officier supérieur n’est pas au-dessus de la loi, la réglementation doit être respectée », souligne notre source. C’est un problème interne de l’armée qui a des crises à gérer, sans avoir besoin de bruit, avise-t-il.


B. Daou

11 Décembre 2008