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Je ne voudrais pas me lancer dans aucune polémique. Et je ne souhaite pas avoir affaire à des gens sans éducation, tant familial qu’académique. Je voudrais juste m’adresser aux personnes intéressantes, compétentes et lucides qui ont des idées sérieuses et qui peuvent répondre à cette question : Que se passe-t-il dans l’armée malienne ?

Je suis sidéré, complètement abasourdi, d’apprendre encore et encore qu’en deux jours, les hommes du mutin Ibrahim Ag Bahanga ont réussi, sans coup férir, le doigt dans l’œil, deux raids contre nos militaires ; qu’ils ont réussi à capturer presque 60 soldats sans tirer un seul coup ! Que se passe-t-il dans l’armée malienne ?

Le 26 mai 2006, une attaque qualifiée de « surprise » contre les camps militaires de Kidal et Ménaka a mis la nation sens dessous dessus. Le gouvernement s’est précipité d’absoudre les assaillants sous prétexte que la seule bonne guerre est celle du développement.

Tous ceux qui avaient mis en doute le sérieux de cette démarche ont été démonisés et traités de tous les noms d’oiseaux. Puis, une autre attaque contre Tinzawaaten, et les deux attaques de cette semaine.

Je ne comprends pas comment des militaires, formés pour défendre le pays et se défendre peuvent être attaqués par « surprise ». Je ne comprends plus le sens du mot « négociation »

quand le mutin, Ibrahim Ag Bahanga, ne veut que la confrontation. Ce Bahanga qui a clairement démontré qu’il se moquait de ses anciens amis de l’Alliance démocratique pour le changement comme de sa dernière paire de chaussures.

Je ne comprends pas cette suite de couacs dans notre armée et l’impunité totale qui s’ensuit. Je ne veux pas faire de comparaison hasardeuse, mais en 25 ans de conflit de Casamance, l’armée sénégalaise n’a jamais subi une attaque par « surprise » des rebelles casamançais.

Jusqu’à la fin de la guerre civile en Angola, les forces du MPLA n’ont jamais été attaquées par « surprise ». Même au Niger, ce vocabulaire est inconnu. Que faisaient ces militaires pour être attaqués par « surprise ».

Qui sont les responsables, dans notre armée, du renseignement et de la planification des opérations ? Est-ce qu’enfin des têtes vont rouler pour sanctionner tant de laxisme ou, plus vulgairement, de je-m’en-foutisme.

De grâce, épargnez-moi les discours décousus et triviaux sur le sens de la paix. Va-t-il falloir se mettre à genoux devant Bahanga, un homme renié même par les siens, pour avoir la paix ? Jusqu’où ira ce sentiment que nous avons peur de faire la guerre ?

Quel développement peut-on espérer avec ce genre d’instabilité permanente ? Qui investira un sou dans la région de Kidal quand l’armée se révèle incapable de mâter une simple bande de hors-la-loi ? Cherche-t-on vraiment à nous prouver que l’armée malienne est vraiment devenue un refuge de fils à papa dès que le concours d’entrée au Prytanée militaire est devenu une foire aux enchères ?

Je me pose seulement des questions. Je cherche des compétences plus informées pour m’éclairer : Y a-t-il encore des Abdoulaye Soumaré, Kélètigui Drabo, Minkoro Kané, Souleymane Daffé ou Mamadou Sissoko dans les rangs de notre armée ? Où sont les militaires maliens qui formaient les combattants du FLN en Algérie ou ceux de l’ANC en Tanzanie ?

Des officiers, militaires de corps et d’âme qui fendaient les dunes de sable au volant de leur Jeep ou Land-Rover ? J’ai vraiment besoin d’avoir des réponses rassurantes et non complaisantes : avons-nous, aujourd’hui, une armée opérationnelle ?

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

31 août 2007.