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Le conseil des ministres du jeudi 5 juin 2008, a procédé à d’importants changements au sein du commandement des Forces de défense et de sécurité. Quelle signification faut-il donner à ces changements ? Qui sont les promus ? Réponses.

Attendue depuis des semaines, cette vague de changement a concerné l’Etat-major général des Armées, l’Etat-major de l’armée de terre, celui de l’armée de l’air, la direction générale de la gendarmerie, celle de la police nationale.

A l’Etat-major général des Armées, c’est désormais le colonel Gabriel Poudiougou, précédemment chef d’Etat- major de l’armée de terre, qui prend le commandement. Il remplace le général Seydou Traoré.

A son ancien poste, lui succède le colonel Mamadou Adama Diallo, précédemment gouverneur de la région de Kayes.

Un autre gouverneur qui revient dans la chaîne de commandement, c’est le colonel Mamadou Togola. Jusqu’ici chef de l’exécutif régional de Tombouctou, cet aviateur devient chef d’Etat major de l’armée de l’air, en remplacement du général Yousouf Bamba, nommé secrétaire général du ministère de la défense et des anciens combattants. Il remplace un autre général, Salif Traoré, admis à la retraite.

A la gendarmerie, le colonel Sambala Ilo Diallo cède son fauteuil au colonel Tièfing Konaté, précédemment conseiller technique au ministère de la sécurité intérieure et de la protection civile. En fait, le colonel Konaté signe son retour dans son corps d’origine, après une longue absence.

La police nationale, quant à elle, est désormais dirigée par un homme connu du public, le contrôleur général Niamé Keïta, précédemment directeur général adjoint de la police. Il remplace le contrôleur général Yacouba Diallo.

Le sens d’un changement

Ces nouvelles nominations traduisent en fait la volonté des autorités, particulièrement celle du chef de l’Etat, chef suprême des armées, d’insuffler une dynamique nouvelle à la chaîne de commandement tant au niveau de la défense que des services de sécurité, à un moment où les questions sécuritaires sont en passe de devenir préoccupantes, au nord du pays où l’intégrité territoriale est menacée par des bandits armés mais également dans les autres régions où se multiplient les actes d’insécurité.


Avec ces nominations, on assiste à l’arrivée d’hommes connus pour leur rigueur et surtout leur sens élevé du devoir.

C’est le cas du colonel Poudiougou ou encore de Niamé Keïta et de Tièfing Konaté.
Ils symbolisent la nouvelle impulsion qu’entend donner le chef de l’Etat à la gestion de tous les dossiers sécuritaires. Désormais, la rigueur, la fermeté et la reprise en main au sein des rangs seront de mise.

Qui sont-ils ?

Colonel Gabriel Poudiougou, chef d’Etat-major général des Armées
Le colonel Gabriel Poudiougou n’est pas un inconnu et, de fait, vient d’être confirmé à un poste dont il a assuré l’intérim pendant de longues années. En effet, il fut chef d’Etat-major général des Armées par intérim à partir de 2004 jusqu’à la nomination de Seydou Traoré.

Gabriel Poudiougou, muni d’un baccalauréat en sciences biologiques obtenu à Tombouctou, a été incorporé dans l’armée le 1er novembre 1975, date à laquelle il entreprit une formation d’officier à l’Ecole Militaire Inter Armes (EMIA) de Kati. Il en sortit en 1978 avec le grade de sous-lieutenant qu’il troquera moins de deux ans plus tard pour celui de Lieutenant. Les grades se succéderont alors : capitaine en 1986, commandant en 1991, lieutenant-colonel en 1994 et colonel depuis 1998.

Parallèlement, au cours de sa carrière militaire, Poudiougou a occupé de nombreuses fonctions à travers le pays. Notamment dans les régions administratives et militaires de Ségou, Kidal, Koulikoro, Tombouctou. Le colonel, en plus d’une grande expérience sur le terrain, s’est essayé à l’administration civile, comme chef d’arrondissement de Tessalit de 1986 à 1988. De plus, il fut également adjoint au chef d’Etat-major de la garde nationale en 1994 avant d’être titularisé à ce poste la même année pour 7 ans.

Le colonel Poudiougou a été décoré à plusieurs reprises. De la croix de la valeur militaire en 1991, de la médaille des Blessés, la même année, de la médaille de Sauvetage en 1994, et de la médaille du mérite militaire en 2002. En 1995, il a été distingué Chevalier de l’Ordre national du Mali.

Marié et père de 5 enfants, il parle français, dogon et bambara ; pratique la lecture et l’athlétisme.


Colonel Mamadou Adama Diallo, chef d’Etat-major de l’Armée de terre :

Le colonel d’infanterie Mamadou Adama Diallo était, jusqu’ à cette nomination, gouverneur de la région de Kayes, depuis 2005. Auparavant, il a occupé plusieurs postes de responsabilités. Notamment, il fut commandant de compagnie (1980), directeur adjoint du Prytanée militaire (1982-1990), commandant de zones de défense (1995-1997), commandant de région militaire (2000), et chef d’Etat-major de la garde nationale (2003).

C’est l’Ecole normale supérieure de Bamako, où il suivait des études en Math-Physique, que le colonel Diallo a abandonnée pour intégrer l’Armée. Il gravira rapidement les échelons : sous-lieutenant en 1978, lieutenant en 1980, capitaine en 1985, lieutenant-colonel en 1993, et colonel en 1999.

Parallèlement, il obtint divers diplômes : cours des chefs de Bataillon de l’infanterie motorisée (1981), cours d’application des officiers de l’infanterie (1984), cours de perfectionnement des officiers d’infanterie (1985), école d’Etat-major et de commandement (1990-1991), et école de guerre (1998-1999).

Le colonel Diallo a été distingué de la médaille commémorative de campagne en 1995, de la médaille du mérite militaire en 2001, de la croix de la valeur militaire en 2002, de la médaille d’Or de la défense nationale française en 1995, par lettre de félicitation de l’Ecole de guerre du Nigeria, et Chevalier de l’Ordre national du Mali en 1999.

Il pratique la marche et le volley-ball.

Il est Chevalier de l’ordre national et a été décoré de l’Etoile d’argent du Mérite national avec effigie Abeille, de la médaille du mérite militaire, et de la médaille de Secrétariat général de l’ONU.


Contrôleur général de police Niamé Keïta, directeur général de la police nationale :

A 24 ans déjà, Niamé Keïta était un responsable de la police nationale. En effet, dès 1973 et jusqu’en 1975, il a été le chef de la police judiciaire du 1er arrondissement de Kayes. Cela en dit long sur la personnalité de cet homme qui entra très tôt dans la police pour ne plus en sortir. En tout cas pas pour l’instant puisqu’il vient d’accéder à la plus haute marche de l’institution. Si Niamé Keïta a fait ses débuts à Kayes, sa carrière se déroulera essentiellement à Bamako.

Après un court passage à Sikasso, de 1975 à 1978, où il fut successivement chef de la voie publique, responsable des patrouilles lors du conflit Mali-Haute Volta (actuel Burkina Faso), chef de la section domaniale de la ville, commissaire adjoint puis commissaire par intérim.

En 1978, il rejoint la Compagnie de circulation routière (CCR) de Bamako avant d’être affecté, en 1982, à l’Ecole nationale de police comme chef de section motocycliste du Groupement mobile de sécurité (GMS).

De 1984 à 1988, il est commandant de la CCR avant de prendre le commandement du GMS. En 1991, il est chef des opérations et de renseignements généraux à l’Etat-major général des Armées pendant le conflit du nord. C’est donc tout naturellement que lui fut confiée, en 1994, la gestion des problèmes de sécurité et de renseignements généraux dans le cabinet du ministère des forces armées et des anciens combattants.

Six ans plus tard, en 2000, il est nommé Haut fonctionnaire de défense au ministère de l’industrie, du commerce et des transports.
En 2003, il renoue avec la police et devient directeur régional des services de police du District, puis, en 2005, directeur général adjoint de la police nationale.

Niamé Keïta est titulaire des diplômes de l’Ecole nationale d’administration du Mali et de l’Ecole centrale pour l’industrie, le commerce et l’administration (1971), de l’Ecole nationale de police (1972, 1976,1979).

En outre, il a effectué plusieurs stages de formation et de perfectionnement, notamment en France, aux Etats-Unis, et en Algérie.

Il est Chevalier de la Légion d’honneur française.

Ch. Tandina

C H Sylla

09 Juin 2008