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Le 18è anniversaire des tragiques évènements de Mars 1991 aura permis à chacun de faire la fête à sa manière. Une interview pour marquer sa présence (une présence inaperçue sur l’échiquier politique malien), c’est le meilleur créneau trouvé par le Secrétaire politique fraîchement élu de l’ADEMA-PASJ, M. Ousmane Sy.

Des péripéties du 26 Mars 1991 à la marche titubante de notre démocratie, en passant par les communales, et incontournablement, par la révision de l’Article 30 de la Constitution, M. Ousmane Sy aura touché à tout pour finalement… ne rien dire. Ce qui paraît étonnant, venant d’un homme qui, déjà en 1968, faisait partie du groupe de lycéens qui a organisé la première grève, qui fut le compagnon des pionniers de la lutte pour la démocratie, et un fervent acteur du mouvement démocratique.

Dans l’interview qu’il a accordée au confrère “Le Matin” du 25 Mars 2009, M. Ousmane Sy a préféré se muer en historien plutôt que de poser les vrais débats autour des impairs et autres manquements et fuites en avant qui minent notre jeune démocratie. Pire, l’homme tombe souvent dans la délation, tout simplement. C’est le cas, lorsque le Secrétaire politique de l’ADEMA affirme que le suffrage universel a cédé le pas au suffrage censitaire, ou encore Lorsqu’il déclare qu’il situe le problème de l’école au coup d’Etat militaire de 1968.

Que ce soit l’un ou l’autre cas, M. Ousmane Sy passe tout simplement “à côté de la plaque”, dans la mesure où il oublie (peut-être) que l’ADEMA est en partie responsable des tares qui gangrènent notre démocratie. L’achat de consciences et de votes, la fraude, la mauvaise gestion, les Maliens ne les ont-ils pas hérités des dix ans de l’ADEMA au pouvoir?

Par ailleurs, vouloir chercher les coupables de l’échec de l’Ecole malienne dans les rangs des pustchistes de 1968 relève d’une gabegie ou d’une inconsistance politique. Sinon, pourquoi les Maliens ont-ils combattu le régime Moussa Traoré? L’école n’était-elle pas en tête de peloton des préoccupations des tombeurs de Moussa? Il est très facile de dire que les militaires étaient réticents face à l’Ecole, et oublier d’ajouter que c’était ainsi parce que des politiciens sans scrupules manipulaient les élèves et étudiants.

Il en a été ainsi, et il en est encore ainsi de nos jours ! Puisqu’il a été dit qu’après Moussa Traoré, tout ira mieux, y compris l’Ecole, comment l’ADEMA, en dix ans de règne sans partage, n’est-il pas parvenu à mettre l’Ecole malienne sur les rails? De nos jours encore, cette Ecole souffre parce qu’il n’y a aucune volonté réelle d’attaquer son problème à la source : la dépolitisation de l’école.

Lorsque M. Ousmane Sy déclare “qu’on refuse de sanctionner ceux qui sont reconnus coupables de corruption”, on se demande de qui il veut réellement parler. En dix ans de règne, combien de délinquants financiers et de corrompus l’ADEMA a-t-il envoyés en taule? N’avait-on pas recensé 18 nouveaux milliardaires surgis de nulle part, durant la décennie du pouvoir adémiste?

En plus, on ne voit vraiment pas comment M. Ousmane Sy peut jeter l’opprobre sur le régime ATT (si c’est bien de lui qu’il veut parler), dans la mesure où il reconnaît que l’ADEMA est associé à la gestion du pouvoir parce que , dit-il, “toutes les décisions qui sont prises au niveau de l’Assemblée et au niveau du gouvernement nous engagent, à travers la présence de nos députés et ministres” .

Là où le Secrétaire politique de l’ADEMA se fourvoie vraiment, c’est lorsqu’il soutient : “Aucun militant de l’ADEMAn’ose adhérer à la révision de l’Article 30 de la Constitution ” . Parle-t-il d’un autre ADEMA ou de celui qui a sacrifié son candidat investi en 2002 au profit du candidat indépendant ATT? Sûr qu’il ne s’agit ps de l’ADEMA qui, en 2007 également, a renoncé à conquérir le pouvoir au nom du soutien au même ATT.

Par ailleurs, M. Ousmane Sy sait bien que si la volonté du Président ATT est de s’adjuger un troisième mandat, il y aura toujours une frange importante de l’ADEMA- PASJ qui sera prête à le soutenir dans ce sens. Et il y a des signes qui ne trompent pas : la renaissance de l’ADEMA-association, par quelques caciques du parti de la Ruche, vise à constituer un rampart contre une telle éventualité.

Enfin, M. Ousmane Sy semble incarner la contradiction lorsqu’en donnant les raisons qui l’ont amené à se porter candidat aux communales à Bandiagara, il affirme : “…Nous, de la manière dont on a appris la politqiue, on ne se propose pas, mais ce sont les autres qui te proposent…”. Et, expliquant cette fois-ci les raisons de son entrée dans l’instance dirigeante du parti, il indique encore : “Les camarades l’ont estimé, et moi-même, vu le niveau de mon parti, il fallait que je me propose comme Secrétaire politique ; et les camarades l’ont accepté ”.

C’est encore le Secrétaire politique même de l’ADEMA qui reconnait que ce parti…est aux antipodes de la démocratie, et qu’il reste avant tout un parti confronté à une crise de confiance à l’interne, lorsqu’il dit : “Pour moi, le grand défi, c’est la refondation du parti, comme le dit le président. Nous avons un parti qui est en train d’atteindre, comme la démocratie, l’âge de la majorité. Je dis enfin que ce qu’on peut faire dans ce parti, c’est de faire revenir le débat démocratique, rétablir la confiance entre les militants et les cadres et instaurer une véritable politique des jeunes et des femmes”.

Adama S. DIALLO

31 Mars 2009