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Aujourd’hui, Aqmi est faible, appauvri. Alors, il amplifie les gesticulations afin d’obtenir des rançons pour ses otages français, notamment, ceux détenus au Nord-Mali.

S’il y a une science contemporaine la mieux partagée, c’est bien la diplomatie. Même les terroristes les plus empotés en font. En effet, l’ambassadeur plénipotentiaire le plus chevronné d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le terrible Abou Zeid – de son vrai nom Mohamed Ghadir (version algérienne) ou Abid Hamadou (version Interpol)ou encore Abdelhamid Zeid, a déclaré dans une vidéo, mardi, que : « L’arrêt des négociations et leur blocage total relèvent de la responsabilité de la France, quant à nous, nous sommes pour les négociations et nous l’avons dit aux Français voici un an déjà…La France n’a pas daigné répondre jusqu’à présent à notre offre de dialogue ».

De l’humour, Aqmi en a beaucoup. Il kidnappe des ressortissants de la France, puis se plaint que cette dernière bloque les négociations. Une chose est claire, Aqmi fait de la diplomatie à contre-sens, il a besoin d’argent pour enlever d’autres occidentaux, afin de pérenniser son business. D’où une pression accentuée de la part du groupe terroriste sur les autorités françaises pour qu’elles négocient la libération de leurs otages en échange d’une rançon. Aqmi, faut-il le rappeler, était d’abord une organisation islamiste armée d’origine algérienne du nom de Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) avant de devenir la filiale africaine d’Al-Qaida. Cette dernière, depuis l’extinction de Ben Laden, se trouve affaiblit financièrement et ne peut plus financer les opérations d’Aqmi. !il y a quelques années, Aqmi puise 90% de ses ressources dans les rançons obtenues contre libération d’otages. Aqmi aurait récupéré 50 millions de dollars de rançons et plus de 100 millions en ajoutant les divers autres trafics illicites (armes, drogue, …).

Le reste proviendrait des pays comme le Qatar et les Emirats Arabes Unis (on ne sait pas si c’est pour acheter la quiétude ou pour soutenir le terrorisme). Aqmi se sert de tout cet argent pour acheter des armes -parce que son arsenal s’est affaibli avec le bouillonnement du Nord-Mali- et pour payer ses combattants. Il faut rappeler aussi que les dernières libérations d’otages, guidées par le Burkina Faso, n’ont pas été très rentables, puisqu’il a dû payer l’intermédiaire, le Mujao. En ressources humaines aussi Aqmi n’est plus ce qu’il était, le 29 juin dernier, Mokhtar Belmokhtar, le coordinateur des enlèvements, s’évapore dans la nature lors du combat avec le Mnla ; le 9 septembre, Nabil Abou Alqama, son émir, trouve la mort dans un accident de voiture dans la région de Gao.

Et Abou Zeid a un énorme déficit de charisme. Les défections de certains de ses membres influents qui ont rejoint les rangs d’Iyad Ag Ghaly, chef d’Ansar Dine, ont beaucoup affecté l’organisation terroriste. En somme, Aqmi n’a plus de cerveau et le vaste territoire du Sahel où se trouvent ses sanctuaires, il doit le partager avec ses cooccupants (Mnla, Ansar Dine, Mujao et autres groupuscules).

Rokia Diabaté

Le Prétoire du 27 Décembre 2012