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Sa démission avait suscité un tollé tant au plan national qu’international. Aujourd’hui, après sa radiation du corps de la magistrature par un décret, le juge de Kati, Malick Coulibaly sort de sa réserve.

C’est un décret du président de la République en date du 12 novembre 2008 qui met fin au suspens sur le sort réservé au jeune substitut du juge de Kati.

Le décret qui a été notifié à Malick Coulibaly, le 17 novembre, par le Directeur national de l’Administration de la justice (DNAJ), confirme la démission du magistrat dans son article 1, et le radie du corps de la magistrature, dans l’article 2.

On se rappelle, que le 29 Septembre 2008, Malick Coulibaly avait officiellement démissionné de sa fonction de substitut du procureur de la République de Kati, avec un coup d’éclat, et sur fond de dénonciation des pratiques malsaines au sein de la justice : l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire. Mais, il ne démissionnait pas du corps de la magistrature, car dans sa première lettre de démission, il se mettait « à la disposition de son pays … ».

Mais l’autorité lui demandera de « préciser davantage les termes de la démission ». Il y avait manifestement une volonté d’éjecter le jeune magistrat qui devenait embarrassant pour la justice malienne, en affichant une volonté de faire le méchage de ce corps professionnel. Le jeune juge s’est exécuté en précisant les termes de sa démission. Le faisant, il démissionnait purement et simplement du corps de la magistrature.

Depuis, des personnes de bonne volonté, de hauts magistrats se sont investis pour qu’il reste. On lui a souvent demandé d’écrire à l’autorité pour revenir sur sa décision de démission. S’il n’a pas opposé un refus de rester dans le corps, le magistrat n’a jamais accepté d’écrire pour se dédire. « Aujourd’hui, je ne regrette absolument rien. Je n’en veux à personne et je ne me suis jamais culpabilisé », dit-il.

Il s’est dit reconnaissant à ses collègues et amis qui se sont investis à fond pour le retenir dans le corps de la magistrature, ainsi qu’à des centaines de Maliens anonymes qui lui ont témoigné leur soutien.

« Ma démission n’est contre personne, elle est pour le Mali, parce que j’aime ce pays plus que tout. Je précise que je n’ai aucune promesse d’embauche et que je n’ai pas agi ainsi, parce que je suis docteur en droit. Mais tout simplement, parce que j’aime mon pays », a déclaré Malick Coulibaly.

Quand on l’interroge sur son avenir, ses inquiétudes, le magistrat démissionnaire ne cherche pas loin : « ma mère avait coutume de me dire que le serpent n’a pas de mamelle, mais ses petits survivent par la grâce infinie de Dieu. Il n’y a rien de dramatique pour un fils de pauvre de retourner à la pauvreté, pour le fils du paysan de retourner à la terre »
Boukary Daou

Malick Coulibaly est renté au Mali le 12 Octobre 2004, avec un doctorat en Droit privé et en Sciences criminelles, obtenu à l’université de Montpellier. C’est un 12 octobre 1998 qu’il avait quitté Bamako pour la France avec un diplôme de l’Ecole nationale d’Administration (ENA).

A son retour au Mali, il a été recruté dans la magistrature, sur titre en 2005. A partir de février 2008, à 36 ans, il occupe son premier poste à Kati où il était substitut du juge, jusqu’à ce jeudi 25 Septembre, date de sa dernière audience. « Si les gens veulent faire croire que dans la justice malienne, tout va bien, je leur souhaite du plaisir », dit-il après le décret de confirmation de sa démission. Qu’est ce qu’il projette après cette démission ? « Je fais le vide autour de moi, je prie Dieu ». Malick Coulibaly est marié.

B. D.

20 Novembre 2008