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Après la destruction de sa base de Tin Assalek, Ibrahim Ag Bahanga est plus que jamais acculé. Il vient, en compagnie d’autres bandits armés, de donner son accord au médiateur algérien pour une rencontre avec les représentants de l’Etat malien à Alger.

La crise sécuritaire au nord du Mali pourrait bientôt connaître un grand tournant, pourquoi pas son épilogue ? Dénouement heureux que présage la rencontre en cours de préparation entre l’Etat malien et divers groupes de bandits armés.

Le gouvernement algérien, en effet, a décidé de réunir différents protagonistes de la crise du nord, pour relancer le processus de dialogue devant aboutir au retour de la paix dans la bande sahélo saharienne. Cette rencontre pourrait avoir lieu dans les tout prochains jours en territoire algérien.

En prélude à ce grand rendez-vous, les différents groupes armés se sont rencontrés la semaine dernière pour se concerter et déterminer leur participation. Il s’agissait surtout, pour chaque groupe armé, d’identifier les différents points de revendication à soumettre à l’appréciation des autorités légales du Mali afin d’accorder les violons.

Cette concertation était d’autant plus nécessaire que de sérieuses divergences existent depuis quelques temps entre, d’une part, les différents groupes armés, et, d’autre part, au sein des groupes, notamment l’Alliance. Selon certaines sources, le torchon brûle entre les deux principaux responsables de la crise au nord : Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga.

Le second se serait démarqué depuis des mois du premier en raison de certaines divergences nées de la nature des revendications et des méthodes employées par les insurgés. En outre, plusieurs groupes armés dénient à Bahanga la paternité et l’exclusivité des revendications. Eux également entendent engranger des dividendes d’une situation qu’ils ont contribué à aggraver.

Par ailleurs, nombreux sont aujourd’hui les soldats déserteurs qui souhaitent rompre avec les groupes de bandits armés et revenir dans les rangs de l’Armée loyaliste. Ils ont multiplié des contacts dans ce sens. Ces différentes divergences ont fait que Bahanga est de plus en plus isolé.

D’où son empressement à répondre à l’invitation du médiateur algérien. Certains le soupçonnent même d’avoir susciter cette rencontre à un moment où il pourrait encore passer pour le principal interlocuteur des autorités légales. Mais, aussi bien Bahanga que les responsables des autres groupes armés pourraient vite déchanter.

D’abord parce que le médiateur algérien est exigeant sur un point. Alger aurait, en effet, averti les bandits que tous ceux qui refuseraient de participer à la prochaine rencontre seraient désormais considérés comme de véritables bandits et ne pourraient plus solliciter son intervention ou sa médiation auprès des autorités maliennes.

En outre, ils seraient poursuivis et traqués partout où ils se réfugieront. Ensuite, parce que le gouvernement malien est clair : toutes les revendications et négociations devraient se faire dans le seul et unique cadre de l’Accord d’Alger. Du reste, la volonté des autorités maliennes est de ramener tout le monde dans le cadre de cet accord, seul et incontournable cadre de dialogue et de négociation.

En revanche, plusieurs personnalités touarègues auraient donné leur accord pour aller à Alger. Il s’agirait, entre autres, de Ag Bibi, Iyad Ag Ghali, Bahanga et Fagaga.
Cette nouvelle rencontre à Alger sera sans doute déterminante pour l’avenir immédiat.

Elle est appelée à clarifier une chose à savoir connaître tous ceux parmi les groupuscules armés, les déserteurs de l’Alliance et les bandits armés, qui sont désormais dans des dispositions à rejoindre la légalité à travers l’Accord d’Alger.

En même temps, elle doit permettre d’identifier ceux là qui ont des intentions inavouées et non d’autres activités que le banditisme et le trafic. Ceux-ci seront considérés dorénavant comme des malfrats et traités comme tels par l’Etat malien.

Les bandits acculés demandent le retrait de Gamou
Concernant la situation militaire sur le terrain, elle ne plaide pas non plus pour une tergiversation des bandits armés. La multiplication des opérations de patrouilles et de ratissages, et l’offensive de l’Armée contre la base terroriste de Tin Assalek, toutes dirigées par le colonel Gamou, ont contribué à créer la panique et le doute au sein des bandits armés qui perdent de plus en plus leur liberté de mouvements.

En effet, une grande partie du nord, notamment les secteurs d’Aguel Hoc, Tessalit et Tinzawatène, est sous le contrôle de l’Armée qui la quadrille régulièrement.

Les bandits, qui désormais redoutent les affrontements directs avec les militaires loyalistes, sont repoussés aux confins du Septentrion. D’ailleurs, dans un premier temps, ils avaient conditionné leur participation à la rencontre d’Alger au retrait de Gamou des zones d’opérations. Ce que les autorités maliennes ont bien entendu refusé. Les bandits sont donc obligés d’avoir le colonel à leurs trousses.

L’avantage stratégique et militaire acquis par ce dernier a été rendu possible grâce à l’implication des soldats touaregs intégrés qui, eux, ont choisi de rester dans le camp de la loyauté. Leur apport est d’autant plus déterminant pour le colonel Gamou qu’ils connaissent aussi bien le terrain et les méthodes des bandits, qu’ils savent les poursuivre ou les dénicher dans leurs moindres cachettes.


CH. Sylla

16 Juin 2008