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La levée, in extremis, du mot de grève des comités syndicaux des hôpitaux Gabriel Touré, Point G, Kati, IOTA et des centres de santé de référence des communes de Bamako, grâce à la médiation de l’association des griots du Mali et de l’UNTM, a épargné au Mali un drame social certain.

Le pire a été effectivement frôlé, si l’on sait que le mouvement s’était étendu, deux jours après son déclenchement, le mercredi 8 août, à l’ensemble du pays.


L’on a quand même comptabilisé, au bas mot, six morts liés au débrayage. Il s’agit des cinq morts enregistrés le premier jour de l’arrêt de travail à l’hôpital Gabriel Touré par manque de soins, sur la foi même de son désormais ex-directeur général, Pr Siné Bayo, et de l’accidenté qui a fini par rendre l’âme dans l’ambulance des sapeurs-pompiers.

Des sapeurs-pompiers qui avaient fait le tour des hôpitaux Gabriel Touré, du Point G et de Kati et qui ne savaient plus à quels anges en blouse blanche se confier.
Les six morts ne représentent, en réalité, que la face visible de l’iceberg. Dieu seul sait le prix qu’ont payé les pauvres populations du Mali en termes de morts, de souffrances et de difficultés rencontrées dans la prise en charge de leurs diverses affections, à ces trois jours de grève partie, au départ, pour être illimitée. Le scénario-catastrophe fut donc évité. Restent maintenant les leçons.

En attendant, avec le recul, de tirer tous les enseignements de ces événements regrettables, l’on ne peut que déplorer la manière dont l’Etat a géré ce dossier.
Ni le fait que les hommes en blouse blanche n’aient pas observé les règles de l’art en déclenchant la grève sans préavis, ni le constat selon lequel le corps médical recèle en son sein des brebis galeuses, ne sauraient occulter les maladresses dont les pouvoirs publics ont fait montre dans la gestion de ce dossier.

Laissons même de côté le débat sur la notion d’obligation de moyens et de résultat. « Au lieu d’en vouloir au lieu où l’on est tombé, il faut plutôt maudire l’endroit où l’on a trébuché » dit la sagesse africaine. C’est normal d’enclencher une procédure judiciaire contre Dr Mohamed Kéïta après la mort Mme Touré Aïda Niaré (paix à son âme). Mais fallait-il, pour autant, mettre au gnouf un praticien notoirement connu qui, plus est, offre toutes les garanties de représentation, comme un vulgaire malfrat ? C’est, malheureusement, de cette arrestation que tout est parti.

Par ailleurs, au regard des circonstances pas très claires dans lesquelles Mme Touré Aïda Niaré est décédée – est-ce dans l’avion qui la transportait vers la France, est-ce dans la clinique parisienne où elle avait été admise ? – la responsabilité de Dr Kéïta est-elle patente ? Tout s’est passé dans ce dossier comme si l’Etat a sorti le muscle pour montrer qu’il en a. Un bras de fer aussi inutile que dangereux. L’on brandira, sans doute, le principe la séparation des pouvoirs.

Cette thèse est réservée aux non initiés. Sinon, dans la pratique la primauté de l’exécutif sur le législatif et le judiciaire crève les yeux. Après sa réélection pour son second et ultime mandat, ATT, qui ne craint plus une sanction électorale- encore que la plus grave des sanction reste celle de l’histoire- n’a pas hésité à prendre le bâton.

Après les journalistes et les blouses blanches, à qui le tour ?

Yaya SIDIBE

13 août 2007.