Partager

Le Président français est venu. Il a parlé et a séduit. Après les mots donc, on attend les actes pour que le discours de Dakar 2012 ne soit pas seulement des vœux pieux. Il a vraiment fait fort François Hollande. Dès son entame, son discours a mis tous les Africains à l’aise. En déclarant, dans son adresse à l’Assemblée nationale du Sénégal, que «par deux fois au cours du siècle dernier, le sang africain a été versé pour la liberté du monde», le Président français ne pouvait pas mieux articuler le rôle joué par les valeureux fils de cette terre africaine dans l’évolution du monde.

Et vlan pour Sarkozy ! Quant au débat sémantique entre «un discours qui efface un précédent» et «écrire une nouvelle page avec l’Afrique», il pourra toujours attendre car dans le contenu, l’allocution de François Hollande prend tout simplement le contrepied du discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Dakar en juillet 2007. L’Afrique attendait cela depuis longtemps. Une attente comblée et bien au-delà des espérances, avec le ton de circonstance qui sied. Il suffisait de faire un tour sur la toile mondiale et de suivre certaines radios étrangères pour entendre les différentes réactions d’approbation. Pour peu, tout ce beau monde aurait scandé « Hollande l’Afri¬cain».

Pourtant, il n’y a rien d’étonnant à ce discours. Ce que le Président français a soutenu devant l’Assemblée nationale du Sénégal est tout ce qu’il y a de plus vrai. Pour un Président normal, il n’était nullement question de faire preuve de mauvaise foi. Cependant, tout cela reste au stade de discours ; même si les mots ont été bien choisis, les phrases bien agencées et les idées bien articulées. Un beau discours, certes, mais un discours quand même. Aussi, ce qui est important, c’est de le traduire en actes car le Sénégal et l’Afrique en général n’ont eu de cesse d’entendre bien des déclarations de bonnes intentions. Les années passent et les mêmes rengaines sont toujours de mise. Mais dans la pratique, la realpolitik et les intérêts géostratégiques reprennent vite le dessus, reléguant les grands principes au second plan.

Si la France, dans tout ce qu’il y a de plus officiel, avait offensé l’Afrique, François Hollande a réparé ce tort et a fait plus en réhabilitant le rôle historique des Africains. Pour le reste, les Africains attendent à présent de voir s’il y a plus de respect et plus de considération, surtout concernant l’octroi des visas, si la Françafrique n’aura vraiment plus sa raison d’être et si vraiment la France va traiter les pays d’Afrique en Etats souverains. Pour cela, il faut aussi que les différents responsables africains évitent de se laisser écraser, de se dicter une conduite ou une politique. Mais ça, c’est une autre paire de manches.

Le Fouineur

Le Combat du 15 Octobre 2012