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L’annonce de la candidature de Me Mountaga Tall à la présidence de l’Assemblée nationale avait résonné comme un coup de tonnerre tant à l’ADP qu’au sein de la classe politique. Les uns croyaient à une farce du président du CNID, et les autres pensaient que c’est une manière pour lui de faire monter la pression en vue de décrocher quelques postes enviables au sein du futur bureau parlementaire.

Par contre, certains ont vite pris la candidature de Me Tall au sérieux lorsqu’il a déclaré avoir obtenu le soutien et l’aval de 80 députés. Surtout que, jusqu’au 1er septembre, les contestations étaient très agitées au sein de l’ADEMA, de l’URD et bon nombre d’indépendants.

Du coup, la bataille de positionnement était engagée, surtout avec le point de presse tenu par Mountaga Tall. Toute chose qui n’était pas étrangère à la tenue des journées parlementaires des partis Adéma, URD, MPR et des Indépendants en vue d’assurer les derniers réglages pour des soutiens éventuels.

Finalement, la vérité a fini par éclater le 3 septembre, avec l’élection de Dioncounda Traoré à la tête du perchoir de l’Assemblée nationale avec 111 voix contre 31 pour Mountaga Tall.Dès lors, les observateurs s’interrogent. Pourquoi Me Tall a-t-il cru à ces prétendus soutiens, sachant que son parti n’a pu obtenir que 7 élus ?

Aussi, cette défaite risque une fois de plus de discréditer “l’enfant de Ségou”. Celui que d’aucuns qualifient d’inconstant et d’opportuniste a pourtant été l’un des premiers combattants de l’avènement de la démocratie malienne, en 1991.

De 1992 à 2002, cet avocat a toujours défendu, bec et ongles, ses valeurs et principes démocratiques, et n’a cessé de dénoncer les dérives du régime de l’époque. Ce qui lui a valu d’être arrêté et emprisonné en 1997. Bien avant, l’homme était contraint à la clandestinité, sous le régime dictatorial de Moussa Traoré, lors des repressions de 1991.

C’est dire que Me Tall est censé connaître les caractères et sensibilités des hommes politiques. En témoignent, entre autres cas, les alliances politiques contre-nature qui se sont créés de 1992 à nos jours.

Selon les observateurs politiques, Mountaga Tall n’est pas homme à se laisser piéger, quand on sait que les hommes politiques sont plus animés par l’intérêt alimentaire que par l’idéal. Me Tall est reconnu pourtant pour son franc-parler et ses principes qui font qu’il semble frappé par le mauvais sort. Ce qui, d’ailleurs, pourrait expliquer que son parti puisse briller à peine.

En effet, après des débuts prometteurs, lors de la législation 1992-1997, le parti du “Soleil levant” avait décroché 16 élus. Mais avec les évènements malheureux de 1997, le CNID n’a pu participer aux élections législatives. En 2002-2007, le parti est retombé à 13 élus, et à 7, pour la législation en cours (2007-2012).

Autant dire que durant tout ce temps, le CNID a souffert de bien de désertions de ses élus et militants. Entre autres, Tiébilé Dramé, et Me Hamidou Diabaté qui ont créé leur PARENA, Oumar Mariko, son parti SADI, Yoro Diakité, son BARA, et tout récemment, l’ex-député de la Commune VI, Me Demba Traoré.

En acceptant de se présenter à la présidence à l’Assemblée nationale contre Dioncounda Traoré, Me Tall a confondu vitesse et précipitation, selon certains. Mais d’autres pensent qu’il a respecté l’esprit de compétition démocratique.

Toujours est-il que Me Tall ne semble pas avoir compté sur ces élus qui ont prétendu soutenir sa candidature. De toute façon, la partie était d’avance inégale entre Dioncounda, et celui qui entendait changer le visage de l’Assemblée nationale avec de nouvelles méthodes… s’il était élu.

Depuis la création du CNID, Me Mountaga Tall devrait pouvoir tirer les leçons des échecs passés et des trahisons subies par ses soi-disants alliés. Mais il ne l’a pas fait et c’est lui qui en récolte les conséquences”, a déclaré un membre du groupe parlementaire du CNID. Mais le moins que l’on puisse constater, c’est que l’avocat, depuis les évènements de Mars 91, est toujours allé jusqu’au bout de sa logique politique.

En 1992, Me Tall a voulu se présenter contre Ali Nouhoum Diallo, pour le perchoir, mais il a été dissuadé par ses propres collaborateurs. Même scenario, en 2002 contre IBK, où il a été mis en minorité par Espoirs 2002.

Lors de l’élection présidentielle de 2007, il aurait nourri l’intention de présenter sa candidature. Là également, il aurait été dissuadé par les 2/3 du comité directeur de son parti, à la faveur d’une rencontre secrète tenue, dit-on, hors de Bamako.

Pour la présidence de cette législature 2007-2012, il se serait présensté avec l’idée du soutien des Indépendants, de l’ACC et de ses 7 élus. Mais il semblerait qu’au bout des manoeuvres de ses prétendus supporters et alliés, il y a eu la trahison, source de la défaite de l’adversaire de Dioncounda.

On retiendra alors que pour prétendre à une promotion politique, il faut d’abord compter sur ses propres forces, avant de miser sur les autres. Ce qu’IBK a peut-être compris, pour ne s’être pas présenté, malgré des pressions extérieures. “On a l’impression que Me Tall est un débutant politique. On se demande comment il est tombé dans les mailles de ces élus véreux”, dira un militant, très énervé.

Selon nos sources, Me Tall a déclaré qu’il n’est pas intéressé par la 1ère vice-présidence. Si jamais le CNID venait donc à tout perdre à l’Assemblée nationale, Me Tall va-t-il quitter l’ADP dont il se réclame jusqu’ici ? Ou guignera-il un poste ministériel ?

Sadou BOCOUM

05 septembre 2007.