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Pour éviter tout boycott de la part de ses adversaires politiques regroupés au sein du FDR, le président sortant avait fabriqué de toutes pièces deux «Maribatrou Diaby» dont il n’aurait fait qu’une bouchée. Il s’agit de Madiassa Maguiraga et de Mme Sidibé Aminata Diallo dont il a vraisemblablement payé la caution pour servir de lièvres de la course. Avait-il besoin d’une telle comédie si l’on sait qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

Assis tranquillement dans les locaux de l’ex-base aérienne, entouré de quelques membres de sa famille et de quelques intimes pendant qu’une meute de supporters attendait au dehors, le président sortant Amadou Toumani Touré attendait impatiemment le verdict de la Cour constitutionnelle.

Il n’avait pas à s’inquiéter puisque les jeux étaient déjà faits et qu’il était sûr de son fait. Tellement sûr de lui qu’il avait déjà préparé le petit discours de circonstance qui sied en pareille matière pour remercier tous ceux qui ont contribué à lui donner une seconde chance à commencer par l’ADP et ses amis du mouvement citoyen. Au passage mais sans être vraiment convaincu, il a salué tous les candidats qui ont contribué au renforcement du processus démocratique.

Que tout cela est fort beau mais là où le bas blesse c’est quand il se bombe la poitrine en disant haut et fort qu’il est le président de tous les Maliens. Euphorie de la victoire ou pure exercice de style ? L’affirmation relève pour le moins de l’abus de langage mais entendons-nous bien : nul doute qu’il va régner sur tous les Maliens mais dire avec un score de 1, 6 million de voix sur plus de 12 millions de Maliens, un taux de participation de 36%, un score nord coréen de plus de 71% obtenu avec une armada de 43 partis politiques, qu’on est Zeus à Olympie, relève d’une simple prétention.

Le Mali se trouve dans les bas fonds de la démocratie mais les Maliens n’ont pas boudé les urnes, ils ont boudé les hommes à commencer par les responsables politiques dont le comportement peu honorable a engendré chez eux amertume et frustration. Où sont les militants de l’Adema, du MPR, de l’URD, du Miria. ATT avait tellement compris que ce sont des coquilles vides qu’il a suivi à la lettre dès le départ la directive maoïste selon laquelle il ne faut compter d’abord que sur ses propres forces. Et malgré tous les efforts fournis la légitimité populaire n’est guère au rendez-vous. A la place du général, j’aurais fêté une telle victoire en catimini, pour ne pas être la risée publique. On se rappelle la guéguerre entre Alpha Oumar Konaré et le président ivoirien Laurent Gbagbo.

Querelle de légitimité dans laquelle Gbagbo disait qu’il n’a pas de leçon à recevoir d’un président élu avec seulement 20% des voix. L’opinion nationale a été choquée à l’époque par l’impertinence de Laurent Gbagbo mais nous continuons toujours de vivre le même drame. Sans compter que le deal entre ATT et l’ADP cache un piège pour le président. D’un côté Dioncounda et les siens vont se livrer à une véritable imposture en réclamant la paternité de la victoire (ce que démentent tous les chiffres) et par conséquent réclamer des prébendes au prorata du mérite de chacun. C’est-à-dire du poids politique de chaque formation.

Puis ils vont chercher vaille que vaille à dégager une majorité à l’Assemblée au motif, diront-ils, de soutenir l’action du président. Encore que c’est pour mieux le contrôler.

Ainsi pris en otage, le piège va se refermer sur ATT qui n’en peut mais et au point de lui faire regretter le temps du consensus. Dans un marché de dupes personne ne sait de quoi demain sera fait.

Mamadou Lamine DOUMBIA

Madiassa Maguiraga : un candidat flottant non identifié

Pour qui roule le docteur Madiassa Maguiraga ? Question pertinente si l’on sait que cet extra-terrestre venu d’on ne sait quelle planète ne rate aucune occasion pour dire que les élections du 29 avril ont été propres et sans bavures et que les organisateurs sont des saints qui entreront en paradis.

Il n’a jamais cessé de faucher l’herbe sous le pied du FDR qui conteste les résultats. Samedi dernier encore il est revenu sur les mêmes litanies après le verdict de la Cour constitutionnelle. Mieux, devant les journalistes il a jeté le masque : « je soutiens ATT« , a-t-il déclaré et ce, après l’avoir combattu. D’aucuns susurrent, en tout cas, que le leader du PPP lorgne du côté d’un fauteuil ministériel relatif à l’enseignement supérieur. C’est fort logiquement donc que « monsieur salaire » n’ait pas déposé de requêtes auprès de la Cour.

A chacun ses oignons, soit, mais le comble est que le spationaute se dit satisfait de son score alors qu’il clamait haut et fort auparavant qu’il compétissait pour la troisième place. Après avoir mordu la poussière, il a révisé ses prétentions à la baisse. Mais parler à la télé et communiquer ses idées, comme il l’a dit lui-même, cela est-il vraiment satisfaisant pour un homme qui a jeté dix millions par la fenêtre et qui risque de s’en sortir les mains vides ?

Mme Sidibé Aminata Diallo : une candidature parachutée

Etes-vous prête à redescendre dans l’arène en 2012 ? A cette question bien journalistique, Mme Sidibé Aminata Diallo s’est contentée de dire : « le combat continue« . Interrogée aussi sur le fait de savoir pourquoi sa candidature n’a pas été parrainée par les femmes, elle a été tout aussi catégorique : « j’ai pris le train en marche, elles avaient déjà leur candidat« . Une candidature parachutée ?

Absolument. Bizarre tout de même qu’au cours de sa campagne et même à la fin, elle n’ait pas eu de position partisane, pas de flagornerie à l’égard du pouvoir, pas de déclarations démagogiques, à équidistance entre les hommes et les femmes, bref Mme Sidibé Aminata Diallo est restée digne et toujours égale à elle-même.

Mais à voir la précipitation avec laquelle elle s’est jetée dans les bras du monarque pour le féliciter de sa victoire, on sent qu’elle aussi, elle cherche quelque chose à se mettre sous la dent.


L’armada des flagorneurs au grand complet

Ils étaient tous là, les responsables de l’ADP, assis sagement comme une image et muets comme une carpe. Pendant que Younoussi Touré était engoncé dans son fauteuil, le pythagoricien Dioncounda Traoré, la main sous le menton, méditait comme un moine hindou, le communiste repenti Choguel Maïga ne daignait même pas jeter un coup d’œil à sa célèbre voisine (Mme Sidibé Aminata Diallo) tandis que Me Mountaga Tall en tenue de Casanova semblait sombrer dans les bras de Morphée.

A quoi pouvait penser tout ce bel aréopage qui pendant plus de deux heures a fait le pied de grue en attendant le verdict des sages ? Tout, en tout cas, sauf l’échec de son candidat. Ils étaient là seulement par pure formalité puisque eux-mêmes l’avaient proclamé roi bien avant la lettre avec un score nord coréen. Pour autant l’atmosphère était très lourde et pendant que certains d’entre eux avaient l’air de revenir de Pontoise, d’autres avaient une mine d’enterrement.

La raison est tout simple : même si les jeux sont déjà faits, chacun a besoin de l’onction du juge constitutionnel pour se mettre définitivement à l’abri. Grand ouf de soulagement donc dans le camp de l’ADP après le verdict libérateur et dont les principaux responsables se sont précipités chez ATT pour dire : « mission accomplie, mon général, maintenant la balle est dans votre camp« .

15 mai 2007.