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La récente visite de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton dans trois pays du Maghreb atteste de la détermination des États-Unis à clarifier les jeux avec leurs partenaires arabes dans un nouvel environnement qui pourrait compromettre les résultats du Printemps arabe.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Rodham Clinton était en visite en Afrique du Nord en fin de semaine dernière. Mme Clinton avait jeté son dévolu sur la Tunisie, l’Algérie et le Maroc pour encore lancer des messages forts aux dirigeants arabes. La visite est intervenue dans un contexte où le Printemps arabe marque encore les esprits.

Le « tsunami » de l’année dernière a secoué tous ces trois pays même si chacun d’eux a eu ses propres ébranlements. Cette révolution des masses opprimées qui avait commencé par la Tunisie et la fuite du président Ben Ali, a contraint les Etats-Unis à revoir leurs relations avec les pays arabes.

L’avocate réputée a entamé donc son périple en Afrique du Nord avec des données et des directives bien claires. C’est d’ailleurs une Hillary Clinton des grands jours comme ceux de la campagne à l’investiture démocrate en 2008 que les observateurs américains et internationaux ont pu voir lors de sa tournée.

L’actualité l’y contraignant, Hillary Clinton s’est longtemps appesantie sur la situation en Syrie. La secrétaire d’Etat américaine croît que la communauté internationale doit jouer son rôle dans ce pays comme elle l’a fait avec les autres lors des mouvements populaires des derniers mois.

A défaut d’un accord définitif entre les géants du monde sur la Syrie, l’ancienne sénatrice de New York pense que les Syriens eux-mêmes et les dirigeants arabes peuvent sauver ce pays à travers leur attitude vis-à-vis du régime Assad.

« Je voudrais réitérer mon message aux Syriens qui supportent encore le régime Assad, particulièrement l’armée et les hommes d’affaires : plus vous supportez la campagne de violence du régime contre vos frères et sœurs, plus vous ternissez votre réputation. Si vous refusez, cependant, de prendre part aux attaques contre vos concitoyens, vous serez des héros pour vos compatriotes », a-t-elle averti.

L’allusion était de taille puisque le message était non seulement destiné aux Syriens, mais à ses hôtes maghrébins dont certains ont jusque-là adopté un comportement ambigu sur le sort de la Syrie. Comme quoi pour être avec Washington, il faudrait se plier aux diktats des Etats-Unis dans leur positionnement pour la défense infaillible de leurs intérêts.

La transition démocratique dans les pays affectés par le Printemps arabe se passe plus ou moins bien. Et Mme Clinton n’a pas été un partisan de la langue de bois face à ses interlocuteurs. Après avoir souligné la lutte héroïque qui a conduit à la chute du despote Moubarak, elle s’est indignée des risques d’islamisation de l’Egypte et les menaces que constitue le Conseil transitoire en place.

L’Algérie rappelée à l’ordre

Un exemple qu’elle a utilisé pour inviter notamment les nouveaux dirigeants tunisiens à plus de vigilance et de clairvoyance. « Il y a des gens qui se demandent si les politiques islamistes sont vraiment compatibles avec la démocratie. La Tunisie a la chance de répondre positivement à cette question et de prouver qu’il n’y a pas de contradiction. Cela ne signifie pas seulement parler de la tolérance et du pluralisme mais plutôt vivre ces deux ingrédients nécessaires. C’est à vous de créer une concordance entre vos principes politiques », a-t-elle conseillé aux islamistes modérés qui sont sortis vainqueurs des récentes consultations électorales en Tunisie.

D’un islamisme à un autre, c’est comme cela qu’on pourrait schématiser les échanges entre l’ancienne sénatrice de New York et les nouveaux dirigeants marocains après sa visite en Tunisie. Le roi Mohammed VI demeure certes l’autorité suprême du royaume chérifien, mais ce sont les islamistes modérés du Parti justice et développement (PJD) qui gouvernent le pays depuis leur victoire aux législatives du 25 novembre 2011.

Hillary Clinton a bien apprécié le sens d’ouverture et d’écoute dont font preuve Sa Majesté le roi ainsi que le PJD dans la gouvernance du Maroc. En témoigne la main tendue à l’Algérie à travers la visite récente du chef de la diplomatie marocaine dans ce pays. Toutefois, la secrétaire d’Etat américaine a déclaré attendre du gouvernement marocain plus de « progrès démocratiques ».

Si au Maroc Hillary Clinton a beaucoup loué les qualités des dirigeants, en Algérie, elle a eu la main un peu lourde. Mme Clinton veut que les responsables locaux assument bien le rôle qui est le leur, particulièrement en matière de sécurité. Et cela plus d’un demi-siècle après l’indépendance du pays. Une invite qui sous-entend aussi la situation sécuritaire dans la bande sahélo-saharienne où l’Algérie, vu ses moyens colossaux, doit être un maillon clé dans la lutte contre Aqmi et les narcotrafiquants.

Cependant, à l’autre bout de la table, le président Bouteflika était plus préoccupé par sa réélection en mai prochain. Il promet que les islamistes ne gagneront pas en Algérie comme ils l’ont fait en Tunisie, en Egypte et au Maroc. Le défi est donc lancé.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

02 Mars 2012