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La 11e édition du Fesmamas a eu lieu au prix de mille sacrifices. Le problème de financement a occupé une place de choix. Selon Pr. Diop, le suspens a été au rendez-vous encore cette année. Nous vous livrons sa réaction.

« Le suspens aura été au rendez-vous une fois de plus : le Fesmamas aura-t-il lieu cette année ? Etrange qu’après 10 éditions et 13 ans d’existence, les organisateurs du plus vieux festival du Mali en soient encore à se demander chaque année comment boucler leur budget. Et pourtant tout ou presque aura été mis en œuvre pour éviter les affres de l’incertitude cette année.

Tout d’abord, le dépôt du dossier du festival auprès du ministre de la Culture du Mali : suite aux promesses tenues par ce dernier aux Markalais le 3 mars 2006, les organisateurs ont remis le dossier du 11e Fesmamas au ministre en fin avril 2006. Déjà. Mieux, ils ont élaboré un deuxième dossier pour le Psic (dépendant du même ministère de la Culture) : les « experts » dudit Psic ont trouvé un argument béton pour déclarer le 11e Fesmamas inéligible au fonds du Psic. Cet argument ? Je vous le donne en mille : parce qu’il est dédié à la lutte contre l’excision, le 11e Fesmamas ne serait pas un projet culturel, mais un projet socio sanitaire.

Oh sancta simplicitas ! Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon d’innombrables personnes à l’incompétence avérée deviendraient charognes à longueur de journée !

Et le ministre de la Culture dans tout ça ? Il est, et nous le croyons, plein de bonne volonté pour le Fesmamas ! Mais est-ce un engagement qui ne serait pas partagé par certains de ses collaborateurs et qui joueraient dans l’ombre… des masques ! Malgré l’inéligibilité du Fesmamas aux fonds européens du Psic, le ministère de la Culture nous a soutenu comme par le passé. Mais s’agit-il là d’une réelle solution de financement pour le premier né des festivals du Mali ? Né avant le Psic, ce dernier n’a jamais su prendre la mesure du Fesmamas et encore moins en saisir l’orientation et la philosophie qui sont pourtant bien dégagées dans tous les documents depuis ces nombreuses années.

A en croire que personne là-bas ne lit réellement les dossiers qui seraient financés à la tête du client ou à la longueur de son carnet d’adresses. Il n’empêche ! Le Fesmamas se tiendra quand même, comme les autres années ! Avec un engouement qui déborde largement les capacités financières du Club de Markala, tant sont nombreuses, d’année en année, les communautés qui se battent pour être présentes à Markala.

Les choix, les sélections deviennent de plus en plus ardus. Pour une raison bien simple : le Fesmamas n’est ni un show-biz, ni une rencontre de vedettes de variétés, ni de stars (pour lesquelles nous avons un profond respect par ailleurs).

Le Fesmamas, c’est un festival à forte identité populaire, un lieu de rencontre où cette population rurale qu’on instrumentalise en maintes autres occasions devient une actrice majeure de la scène artistique et culturelle. Il est forgé par les communautés, pour les communautés ? Et c’est bien pourquoi il résiste à tous les écueils !

Merci à nos partenaires, qui ont décidé de nous accompagner dans cette fabuleuse galère. On ne regrette jamais de faire le voyage de Markala !

Oui, le Fesmamas, quand même ! »

Pr. Abdou Traore dit Diop

06 mars 2007.